Le Centre Antipoisons reçoit beaucoup plus d’appels avec la crise du coronavirus : "Il y en a même certains qui prennent des bains de javel"

Depuis le début de la crise du coronavirus, le Centre Antipoisons a reçu 15% d’appels en plus. En avril, il y en a eu ainsi environ 1000 de plus que l’année dernière, rapportent ce mardi les journaux flamands De Standaard et Het Nieuwsblad. Ces appels concernaient toutes sortes d’empoisonnements et d’incidents.

Le Centre a notamment connu une forte augmentation des intoxications aux drogues et à l’alcool et le nombre d’incidents liés à l’eau de javel a même été multiplié par 12, certains ayant expérimenté son utilisation pour tenter de se désinfecter le corps. La javel était ainsi utilisée comme gel pour les mains ou versée dans le bain, ce qui provoque des brûlures et des irritations.


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Les accidents liés à l’alcool à brûler ou aux spiritueux ont également augmenté ces dernières semaines.

Forte augmentation du nombre d’appels

Le numéro d’urgence du Centre Antipoisons, accessible 24 heures sur 24, a donc reçu près de 800 appels de plus en mars (+ 15%) qu’au cours du même mois l’année dernière. Et en avril, il y avait déjà 20% d’appels en plus, une augmentation sans précédent.

Par crainte du virus, de nombreuses personnes expérimentent apparemment des produits dangereux. Et cela peut être très risqué.

"Nous n’avons jamais vu une telle augmentation dans l’histoire du Centre Antipoisons", déclare Dominique Vandijck, directeur adjoint du Centre à la VRT. "Quoi qu’il en soit, nous constatons une augmentation du nombre d’appels pendant les périodes de vacances. Mais pendant cette période de coronavirus, il y a 15 à 20% d’appels en plus, ce qui est très significatif".

Une volonté, voire parfois une obsession, d’avoir un environnement "propre" en pleine crise sanitaire

Le fait que les gens sont plus susceptibles d’entrer en contact avec des substances dangereuses parce qu’ils sont plus souvent chez eux explique en partie la situation.

Mais ce n’est pas tout, la crise du coronavirus joue également un rôle actif dans cette augmentation du volume d’appels : "Les gens sont beaucoup plus concernés par le nettoyage et l’hygiène. Ils nettoient plus souvent, avec des produits plus forts ou des combinaisons de ceux-ci. Et ce n’est pas toujours une bonne idée, car il peut alors se produire des vapeurs chimiques qui peuvent être très irritantes".

Le Centre Antipoisons conseille par ailleurs de ne jamais mélanger les produits de nettoyage et de ne pas verser de l’eau de javel dans d’autres récipients. Il met également en garde contre les fausses "solutions" contre le coronavirus vendues en ligne, comme celles à base d’huiles essentielles, qui peuvent être toxiques à fortes doses.

L’effet "Trump" et l’impact des déclarations douteuses

Et selon M. Vandijck, cela va encore plus loin en ce qui concerne l’hygiène personnelle. Certaines personnes adoptent des comportements dangereux par peur d'être infectées par le Covid-19 : " Elle se désinfectent les mains avec de l’alcool à brûler ou se lavent avec des huiles essentielles. Ce sont tous des produits très dangereux, qui peuvent provoquer de graves brûlures ou des empoisonnements". Dans certains cas, le Centre Antipoisons doit orienter directement les appelants vers un médecin ou un hôpital.

On apprend aussi que certaines personnes prennent des bains avec de l'eau de javel. "Les gens nous appellent parce qu’ils vont se désinfecter les mains avec de l’eau de Javel. Ils vont également prendre une douche ou un bain avec de l’eau de javel", explique également le directeur du centre.


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Une pratique que Dominique Vandijck lie à des déclarations douteuses du président américain. Il y a quelques semaines, Donald Trump a suggéré l'idée de s’injecter de l’eau de Javel comme protection contre le coronavirus.

"Nous l’avons tout de suite remarqué", dit Vandijck. "Non pas que les gens s’injectent de l’eau de Javel, mais ils ont commencé à en utiliser de plus en plus souvent. Cela montre les conséquences considérables que cela peut avoir si ces personnes font de telles déclarations".

Que faire en cas d’intoxication ?

Petit rappel, en cas d’intoxication, contactez le Centre Antipoisons au 070 245 245

  • Appelez le Centre Antipoisons (070 245 245 – c’est un numéro gratuit), si ce numéro n’est pas accessible, contactez le 02 264 96 30 (tarif normal) ou votre médecin. En cas d’urgence vitale, composez le numéro unique d’urgence européen 112.
  • N’attendez pas que les symptômes de l’intoxication apparaissent pour téléphoner.
  • Ne faites pas boire de lait : le lait n’est pas un antidote.
  • Ne faites pas vomir ! C’est rarement indiqué. Demandez d’abord l’avis du Centre Antipoisons ou celui de votre médecin.
  • En cas de projection d’un produit dangereux dans les yeux ou sur la peau, rincez abondamment à l’eau claire.
  • En cas d’émanation de gaz irritant ou toxique, évacuez toute personne présente et aérez bien les locaux.

Quelles questions seront posées pendant l’appel ?

Gardez l’emballage du produit à portée de main.

  • L’âge de la victime : s’agit-il d’un enfant ou d’un adulte ?
  • Le nom du produit à l’origine de l’intoxication (gardez l’emballage, le mode d’emploi, la notice à portée de main).
  • En quelle quantité (nombre de comprimés, cuillères à soupe ou à café…) le produit a-t-il été ingéré ?
  • Que s’est-il exactement passé (accident, tentative de suicide…) ?
  • Y a-t-il des symptômes de malaise ? Dans l’affirmative, lesquels ?

Journal télévisé du 24/04/2020