Le CEB, c'était mieux avant? On a retrouvé des vieux examens de fin de primaire

Le CEB plus facile qu’avant? On a retrouvé des vieux examens de primaire
Le CEB plus facile qu’avant? On a retrouvé des vieux examens de primaire - © Belga - D.R.

La fin de l'année scolaire approche et les examens se profilent à l'horizon. Quand les élèves des écoles secondaires seront confrontés au CE1D (le certificat d'étude du premier degré de l'enseignement secondaire, en 2e année) ou au CESS (le certificat d'enseignement secondaire supérieur, en 6e année), ceux de primaire passeront le Certificat d'Etudes de Base (CEB).

Fondé en 2006 et rendu obligatoire en 2009, ce CEB commun à toutes les écoles primaires n'en finit plus d'alimenter les conversations à l'approche du mois de juin. Certains estiment que cette évaluation externe - c'est-à-dire organisée pour tous les réseaux d'enseignement - est trop facile. D'autres s'inquiètent de la pression qui pèse sur les épaules des élèves. Pendant ce temps, des entreprises en profitent pour proposer des cours de remédiation supplémentaires aux parents inquiets. Il suffit en effet de taper les lettres "CEB" dans Google pour voir que des écoles privées achètent les bons mots clés pour apparaître en tête des résultats de recherche.

Un examen devenu phénomène médiatique

Le CEB est-il trop facile ? Assiste-t-on à une sorte de nivellement par le bas pour atteindre les quelque 90% de réussite chaque année ? Est-ce que, finalement, c'était vraiment "mieux avant" ? Ce qui est sûr, c'est qu'en moins de dix ans, cet examen est devenu une sorte de phénomène médiatique qui donne lieu à des suppléments dans les journaux façon "cahiers de vacances avant les vacances".

"Avant, avec les examens interdiocésains et cantonaux, personne n'était vraiment au courant des contenus, ça se réglait à l'intérieur des écoles", observe Michel Dechamps, psychopédagogue et professeur à la Haute Ecole Léonard de Vinci. Pour lui, "on est passé à un système de bachotage" qui met "une pression sur les enfants à force d'en parler". Et Michel Dechamps de dénoncer cette dérive consistant à confronter des élèves de primaire à "des systèmes presque universitaires". Avec des entrées solennelles dans des salles d'examens et un cérémonial digne du baccalauréat à la française.

Il n'empêche, pour ce psychopédagogue, le CEB portait à l'origine un projet positif, à savoir "avoir un même système d'évaluation pour tous les élèves". "C'est une des qualités du CEB. Il vise à vérifier les compétences de base minimales pour avancer dans la scolarité."

Le taux de réussite global aux épreuves du CEB entre 2009 et 2016. On note une évolution significative des résultats entre 2009 et 2010. Un signe que les enseignants ont adaptés leurs apprentissages aux formats bien spécifiques des épreuves ?

Une épreuve ultra-préparée qui formate les apprentissages

La mise en place du CEB a modifié le rythme de travail des professeurs... et de leurs élèves. "Quand on envoie des étudiants en stage en 6e primaire après Pâques, la plupart du temps ils ne peuvent pas faire un projet parce que c'est l'heure de préparer le CEB", rapporte Michel Dechamps. Les enseignants se basent aussi sur les épreuves précédentes pour orienter leurs apprentissages. Si un sujet "tombe" une année, peut-être qu'il ne sera plus évoqué l'année suivante ou en tout cas pas sous cette forme-là. Et un certain formatage des questions d'une année sur l'autre permet d'éviter à chaque fois un peu plus les surprises.

Dans le même temps, on délaisse d'autres compétences jugées moins essentielles comme l'expression orale ou les capacités artistiques. "On a choisi des compétences dans certaines disciplines alors que le rôle de l'école primaire c'est de travailler sur l'ensemble des disciplines scolaires existantes", regrette Michel Dechamps pour qui "on reproduit ce qui se fait dans la société en matière de valorisation".

A quoi ressemblait un examen de fin de primaire en 1990 ?

Mais comment cela se passait-il avant le CEB ? Le SeGEC, le Secrétariat Général de l'Enseignement catholique, a plongé pour nous dans ses archives. Jusqu'en 2008, il organisait pour les écoles appartenant à son réseau une série d'"évaluations interdiocésaines". L'enseignement officiel proposait lui des examens cantonaux différents.

"Pour que les épreuves externes soient organisées en inter-réseau, il a fallu que les différents réseaux aient des objectifs en partie commun", rappelle Marc Romainville, responsable du service de pédagogie universitaire à l'UNamur et professeur de didactique générale à l'UCL. Une harmonisation qui commencera en 1997 avec la mise en place du Décret Missions "définissant les missions prioritaires de l'enseignement fondamental et de l'enseignement secondaire et organisant les structures propres à les atteindre".

Les copies qui nous ont été fournies par le Secrétariat Général de l'Enseignement catholique remontent à 1989 et 1990. Soit il y a un peu moins de 30 ans. Ceux qui ont passé ces examens à l'époque sont nés à la fin des années septante. Ils ont aujourd'hui autour de 40 ans.

Premier constat : on imprimait moins de papier en 1990. Dans les documents que nous avons reçus, l'ensemble des questions s'étale sur quelques dizaines de feuillets. A titre de comparaison, les questionnaires du CEB édition 2016 tiennent dans un fichier de 160 pages (versos blancs compris) mis en ligne sur le site officiel de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

La dictée, cette oubliée

Une autre différence marquante apparaît dans l'épreuve de français (à découvrir à la fin de cet article). Le questionnaire d'orthographe comprend... une dictée. En l’occurrence, il s'agit d'une version simplifiée d'un texte d'Alphonse Daudet où se mélangent imparfait, passé simple et présent. Aujourd'hui, les amateurs de dictées à l'école doivent se contenter de celle du Balfroid qui a fêté cette année sa 30e édition.

Dans le CEB actuel, l'évaluation de l'orthographe et de la syntaxe sont strictement encadrées. L'usage de la langue n'est pas sanctionné dans les questionnaires de mathématiques, d'éveil ou d'initiation scientifique. Dans le test de français, les correcteurs de français ne doivent pas prendre en compte les noms propres ou les chiffres. De manière générale, les élèves ont le choix entre l'ancienne et la "nouvelle" orthographe (qui, rappelons-le, est aussi vieille que les examens interdiocésains ci-dessous).

L’école ne reflète jamais que ce qui compte aux yeux d’une société donnée

Pour Marc Romainville, "le respect de la norme linguistique est moins présent à l’heure actuelle". Le professeur poursuit : "L’école ne reflète jamais que ce qui compte aux yeux d’une société donnée. Je me souviens toujours que mon grand-père disait qu’il était entré dans la fonction publique en réussissant une épreuve de français."

En ce qui concerne la grammaire et l'analyse de phrase, l'examen de 1989 (voir ci-dessous) était pour le moins piégeux. Mots mélangés à remettre dans l'ordre, différence entre pronom et déterminant, conjugaison au passé antérieur... On est ici dans l'application pure, sans contexte.

Le CEB, lui, mise davantage sur la mise en situation et part de textes ou de situations concrètes pour poser des questions de grammaire ou de conjugaison. "Le savoir pour le savoir ne mène pas à grand chose, note Marc Romainville. Il faut que les élèves soient capables d’en faire quelque chose. C’est un peu ça l’idée de la compétence. C’est bien d’accumuler des connaissances, mais c'est mieux de savoir les utiliser pour lire un texte par exemple."

La calculatrice parfois autorisée depuis 2013

Et l'usage de la calculatrice dans tout ça ? En 2013, petit séisme dans le monde de l'éducation : les élèves sont autorisés à l'utiliser dans certaines épreuves. "Il y aura deux parties : avec et sans", précisait à l'époque Marie-Dominique Simonet. Une analyse des "consignes officielles de passation et de correction" montre que la calculette n'était pas nécessaire en 2014 et 2016. En 1990, seuls "un crayon, une règle graduée, un rapporteur, un compas et une équerre" étaient autorisés pour la partie mathématique.

Quant à savoir si, d'examen en examen, les exigences des professeurs et le niveau des élèves baissent, c'est difficile de répondre objectivement à la question. "C’est une question qui enflamme les foules, sourit Marc Romainville. Très honnêtement on ne peut pas parler du niveau. On peut éventuellement parler des niveaux au pluriel. Le niveau de culture scientifique monte par exemple. A l'inverse, le niveau de maîtrise de l’orthographe et de la syntaxe baisse. C’est logique par rapport aux évolutions de la société."

Sans oublier que les nouvelles technologies modifient le rapport au savoir pur. Ce qui n'a pas que des côtés négatifs pour Marc Romainville. "Les jeunes ne connaissent plus les numéros de téléphone de leur contacts. Ils n’en ont pas besoin. Ils appuient sur une touche et ils y accèdent. Leur esprit se libère pour d'autres tâches que juste celle qui consiste à se souvenir."

Examen interdiocésain 1990 - Consignes

null

null

Examen interdiocésain 1990 - Français et Religion

null

null

Examen interdiocésain 1990 - Calcul, Géométrie et Formation générale

null

null

Examen interdiocésain 1989 - Problèmes, Grammaire et Analyse

null

null

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK