Le Carlton de Lille, une affaire mêlant prostitution et hautes personnalités

Le Carlton de Lille
Le Carlton de Lille - © Sylvain Lefevre- EPA

L'affaire de proxénétisme à l'hôtel Carlton de Lille a éclaté au grand jour début octobre. Jusqu'ici, huit personnes ont été mises en examen par les trois juges lillois chargés de l'instruction et au moins six écrouées. Le nom de Dominique Strauss-Kahn est régulièrement cité. Retour sur cette affaire à scandales au caractère très explosif.

Si l'on en croit Le Nouvel Observateur, c'est un informateur anonyme qui aurait attiré l'attention de la police judiciaire de Lille sur cette affaire. Il leur aurait fait remarquer, en février dernier, qu'une prostituée travaillait dans deux hôtels de la ville, "avec la possible complicité de certains de ses dirigeants". Trois portables sont alors mis sur écoute dont celui du directeur des relations publiques du Carlton de Lille, René Kojfer. 

Des inculpations en série 

Début du mois d'octobre, Dominique Alderweireld, surnommé "Dodo la Saumure", un proxénète de nationalité française installé en Belgique, est arrêté à Courtrai. Soupçonné d'avoir fait travailler des mineures dans des maisons closes, il est appréhendé avec trois autres personnes, mis en examen et écroué pour faits de proxénétisme. 

Trois jours plus tard, le directeur de l'hôtel Carlton de Lille, Francis Henrion, et le directeur des relations publiques, René Kojfer, sont placés en garde à vue. Soupçonnés d'avoir proposé les services de prostituées au sein de leur hôtel, ils sont mis en examen pour "proxénétisme aggravé commis en bande organisée" et écroués. Le propriétaire de l'établissement, Hervé Franchois, suivra le même sort quelques jours plus tard. "Des liens avec des personnes gérant plusieurs établissements de prostitution et bars en Belgique ont également été mis en évidence", avait alors indiqué le parquet de Lille. 

Dans la foulée, une figure du barreau de Lille, l'avocat Emmanuel Riglaire, est mis en examen pour "proxénétisme aggravé en bande organisée" et "association de malfaiteurs". Il est remis en liberté sous contrôle judiciaire. D'autres inculpations suivent : celle de David Roquet, patron d'une filiale d'Eiffage (groupe de construction et de concessions à qui l'on doit le pont de Millau), de Fabrice Paskowski, entrepreneur et de son ex-compagne, Virginie Dufour. 

Un commissaire inculpé et DSK cité

L'affaire ne s'arrête pas là, le commissaire Jean-Christophe Lagarde fait à son tour l'objet de poursuites pour "proxénétisme aggravé en bande organisée" et "recel d'abus de biens sociaux". Le chef de la police du Nord, Jean-Claude Menault, est également entendu mais aucune charge n'a été retenue contre lui.

Selon des sources policières, Jean-Claude Menault était allé à Washington pour conseiller sur les questions de sécurité Dominique Strauss-Kahn, alors directeur général du Fonds monétaire international (FMI) et favori de la présidentielle de 2012 en France. Le commissaire Lagarde, deux chefs d'entreprise du Nord de la France et deux jeunes femmes étaient également de ce voyage. Jean-Claude Menault s'était "senti un peu piégé" lorsque, à l'occasion d'un dîner avec l'ancien patron du FMI, la soirée s'était débridée, selon une source proche du dossier. Il avait alors regagné sa chambre d'hôtel et écourté son séjour. 

Dominique Strauss-Kahn (DSK) apparaît ainsi dans ce dossier comme un participant à des parties fines avec des prostituées, organisées et payées par des entrepreneurs du secteur de la construction. Ce policier n'est pas le seul à évoquer la présence de DSK lors de ces soirées. Des prostituées ont témoigné avoir eu des relations sexuelles avec lui lors de soirées organisées par les inculpés en 2009, 2010 et 2011 en France et aux Etats-Unis. David Roquet, patron d'une filiale d'Eiffage, l'a également fait lorsqu'il a détaillé ces soirées à Paris en présence de l'homme politique. 

Dans un article du Nouvel Observateur de la semaine dernière, on affirme que DSK s’inquiéterait d'une écoute téléphonique jointe au dossier du Carlton. Une conversation entre "Dodo la Saumure" et le directeur des relations publiques du Carlton de Lille, René Kojfer évoquant un "incident" : dans les toilettes d'un restaurant parisien, DSK aurait "sodomisé à la hussarde" la propre compagne du proxénète. Ce dont elle ce serait plainte par la suite. 

Pour l'instant, aucune charge n'a été retenue contre l'ancien patron du FMI qui a demandé a être entendu rapidement par les enquêteurs pour mettre fin a des "insinuations malveillantes". 

Eiffage confirme le paiement de parties fines

De son côté, le patron d'Eiffage estime, dans le Journal du Dimanche, être "victime du réseau que David Roquet entretenait avec l’argent de l’entreprise". Pour prouver sa bonne foi, il a demandé un audit interne qui devait être remis aux enquêteurs en ce début de semaine. Dans ce rapport, on apprend que ces pratiques ont coûté 50 000 euros au groupe depuis 2009. Les initiales de DSK apparaissent même sur certaines factures, peut-on lire dans Le Figaro

"Il y a eu défaillance dans le contrôle de ses notes de frais et de ses dépenses", accuse Pierre Berger. David Roquet a déjà été mis à pied de même que son supérieur hiérarchique à la direction régionale du groupe. Eiffage s'est porté partie civile dans l'enquête.

Pierre Berger affirme que le réseau entretenu par David Roquet dans la région n'a pas aidé l'entreprise à décrocher des marchés, notamment celui du futur stade de Lille.

Des juges lillois pas assez intègres ?

Craignant que "l'impartialité et la sérénité de la justice" soient mises en cause, le procureur général de Douai, à la demande du parquet de Lille, a demandé le dessaisissement des deux juges lillois enquêtant sur l'affaire. Une requête qui sera examinée ce mercredi à 14h par la Cour de cassation. 

C. Biourge avec AFP et Belga

 




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