Le cannabis, une solution pour décontaminer les sols

Le chanvre, cette plante aux multiples facettes. Bien au-delà de son usage, disons, récréatif et controversé, on l’utilise déjà dans la construction, dans le textile, dans les cosmétiques ou encore à des fins thérapeutiques. Voilà qu’il pourrait aussi servir à dépolluer nos sols.

C’est la conclusion d’une étude menée par l’UCLouvain. Plantée sur des sols contaminés par des métaux lourds, cette plante pourrait les capter, et ainsi assainir la terre. Ses racines étant assez profondes, elle ne se contenterait pas d’agir en surface.

Marie Luyckx, doctorante en physiologie végétale, a pris sa pelle et son râteau pour faire des tests dans une serre de UCLouvain. Les résultats sont prometteurs : “La concentration en cadmium dans la plante était 90 fois plus élevée que dans la solution de culture. C’est très positif par rapport à d’autres espèces testées.”

La concentration de métaux lourds dans la plante était 90 fois plus élevée que dans la solution de culture. C’est très positif par rapport à d’autres espèces testées.

Jusqu’à présent, pour traiter les terres, on recourt notamment à l'excavation. “C’est coûteux, et ça ne plaît pas toujours au voisinage. D’où l’intérêt de trouver une alternative."

137.000 km2 de terres européennes contaminées aux métaux lourds

En Europe, 137.000 km2 seraient contaminés par des métaux lourds. La Wallonie est aussi concernée, rappelle la chercheuse : “Le passé industriel wallon a engendré une contamination en métaux lourds dans l’environnement, notamment via les fumées des hauts fourneaux sidérurgiques et des fonderies. Or, ces métaux lourds sont des éléments chimiques non biodégradables, ils persistent dans l’environnement. A partir de certaines concentrations, ils peuvent être toxiques pour l’homme. Le cadmium, par exemple, peut se substituer au calcium dans les os et engendrer une porosité osseuse.”


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Le chanvre permettrait donc d’absorber ces substances toxiques, sans devoir consentir à de gros investissements. Il permettrait aussi, en occupant ces terres, d’éviter l’érosion des sols par l’eau ou le vent, et donc la pollution des cours d’eau et des terres voisins. Et en même temps, vu ses multiples usages, il rendrait une valeur économique aux terrains contaminés, qui ne peuvent plus être exploités à des fins alimentaires.

Des résultats différents selon les types de sol

En conditions réelles (les tests ont eu lieu sur un terrain contaminé près de Lille), les résultats sont moins satisfaisants : les quantités de métaux lourds absorbées sont beaucoup plus limitées. "Ça dépend en fait du type de sol, précise Marie Luyckx, s’il est sablonneux ou argileux par exemple. Certaines particules de sol retiennent fortement les métaux lourds et rendent donc le travail du chanvre plus difficile.”

Mais pour la doctorante, ces résultats peuvent même être vus comme positifs : “La décontamination du terrain prend plus de temps (10 voire 20 ans), mais du coup le matériel végétal produit est moins dangereux pour la santé, et on peut le valoriser plus facilement, et donc rendre de la valeur économique au terrain.

Rendre au terrain sa valeur économique

Les graines, dans lesquelles la chercheuse n’a retrouvé que de très faibles teneurs en métaux lourds, pourraient être utilisées pour faire du biocarburant.

Les tiges et les feuilles, où on retrouve plus de métaux lourds, pourraient être utilisées comme combustible pour générer de la chaleur. “A condition de mettre des filtres, comme on en utilise dans l’industrie aujourd’hui.” L’idée étant évidemment d’éviter une nouvelle pollution.


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Le centre de la tige pourrait aussi être exploité dans le secteur de la construction, pour faire des briques de chanvre (mélange de chaux et de chanvre). L’écorce des tiges contenant des fibres pourrait quant à elle être utilisée pour la papeterie ou le textile. Tout cela, à condition que les concentrations en métaux lourds dans la plante ne soient pas trop élevées (elles le sont moins dans le centre que dans la tige) et qu'elles respectent les normes fixées.

Quant à la fleur, on pourrait en tirer des cannabinoïdes à usage thérapeutique. Pour qu’elle puisse soigner, il faut évidemment qu’elle soit saine. Marie Luyckx envisage de prolonger l’étude pour le vérifier.

Archives JT du 05/05/2019:

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