Le burn-out parental : comment le reconnaître ? Comment y faire face ?

Le Comité de concertation a décidé de fermer à nouveau les écoles. Cette décision "vient ajouter une quantité de stress très importante dans les familles, avec pas de solution par ailleurs, pour gérer ce stress", selon Isabelle Roskam, professeure de psychologie à l’UCLouvain, interrogée sur La Première. "Ce qu’on entend dans les témoignages, c’est qu’on vient déséquilibrer gravement l’équilibre de la balance des parents en leur mettant sur les épaules un stress immense, mais sans solution pour compenser. C’est le règne de la débrouille et, dans certaines familles, il n’y a plus de ressources pour ce règne de la débrouille. Et donc, on va probablement être encore devant des situations qui vont poser de gros soucis".

Isabelle Roskam décrit le burn-out parental : "Ce n’est pas juste se sentir épuisé, c’est un épuisement qui vous empêche de sortir de votre lit le matin quand il s’agit de s’occuper de vos enfants. C’est un trouble qui est contextualisé qui va s’exprimer dans le cadre de la famille avec les enfants. On garde de l’énergie pour faire autre chose ailleurs. Ce n’est pas comme une dépression qui va gagner toutes les sphères de votre vie. Et c’est comme le burn-out professionnel. Quand vous êtes en burn-out professionnel, votre famille, c’est souvent un havre de paix et c’est pour ça qu’on dit que c’est un trouble contextualisé. Alors cet épuisement va amener ce qu’on appelle la distance émotionnelle avec les enfants et une perte de plaisir. Donc, il n’y a plus cette énergie qui vous permet d’être connecté émotionnellement à vos enfants et de prendre du plaisir pour interagir avec eux, pour manger avec eux, pour jouer avec eux. C’est un détachement qui, évidemment, est très douloureux pour le parent, mais pour les enfants aussi, évidemment".

Isabelle Roskam a coordonné une étude menée sur le burn-out parental par une centaine de scientifiques dans 42 pays : "Le résultat, c’est que la culture joue un rôle important. Et donc l’environnement dans lequel on élève ses enfants joue un rôle important et la prévalence varie d’un pays à l’autre. Et ce que l’on a constaté, c’est que là où elle est plus élevée, c’est dans les pays individualistes. Donc l’individualisme, c’est ce qui va expliquer le plus la présence du burn-out parental. Et si je voulais résumer les choses, je dirais que dans les pays individualistes, la parentalité, c’est devenu une activité solitaire où chacun doit se débrouiller avec ses enfants. Chacun doit se débrouiller avec ses enfants, avec le stress que ça représente et les responsabilités que ça représente. Et on est bien loin de cette conception plus communautaire, comme on a dans les pays africains, par exemple, où ils disent que pour élever un enfant, il faut tout un village. Cet aspect communautaire et collectif de l’éducation, on l’a perdu. Et là, on voit encore cette détresse de ramener les parents à cette solitude, chacun avec ses difficultés, génère beaucoup de souffrance puisqu’on sait que pendant la crise du Covid, pendant le confinement, l’épuisement des familles augmente".

Violence à l’égard des enfants

Cette étude montre que la Belgique se classe dans le top 3 des pays les plus concernés, poursuit-elle : "On a refait une prise de données dans plus de 20 pays pendant le premier confinement. On a analysé les résultats et ça montre que dans tous ces pays, le burn-out parental augmente et donc la prévalence augmente pendant le confinement. Parce que toutes ces mesures viennent enfermer les familles et les ramener à cet isolement. Et surtout, elles viennent ajouter un stress considérable, mais sans apporter les ressources supplémentaires aux familles pour faire face à ce stress. Comme le burn-out, c’est le résultat de trop de stress, trop longtemps, avec pas assez de ressources pour y faire face, nécessairement, ça vient générer ça dans les familles. Et on sait que le burn-out, ça amène notamment des comportements de négligence et de violence à l’égard des enfants. Donc ça nous préoccupe évidemment beaucoup".

"Il n'y a pas de population à risque"

Comment reconnaître le burn-out parental ? "Tous les symptômes n’arrivent pas tous en même temps. Le premier signal d’alerte, c’est quand on se sent avec zéro énergie pour s’occuper de ses enfants et qu’on a l’impression d’avoir ses batteries à plat quand on est en interaction avec eux. Ça doit évidemment nous alerter et il faut pouvoir demander du soutien pour éviter que le processus aille plus loin. Quant aux facteurs qui contribuent, outre les facteurs culturels, il y a aussi toute une série de facteurs individuels. On n’est pas tous à risques de la même façon. Et dans ces facteurs individuels, je voudrais d’abord casser une fausse croyance. C’est qu’il n’y a pas de population à risque. Donc on ne peut pas dire que c’est quelque chose qui est exclusivement pour les mères ou pour les mères célibataires, ou pour les familles recomposées ou pour les familles qui ont un enfant avec handicap. En fait, on est tous exposés à ce risque. Ce qui va être déterminant, ce sont des aspects de votre personnalité et de votre histoire personnelle, de votre résistance au stress, mais aussi des aspects qui sont liés au fonctionnement de la famille. Par exemple, est-ce qu’on peut compter sur l’aide d’un partenaire, d’un conjoint qui s’investit ? Est-ce qu’effectivement, la relation qu’on a avec les enfants n’est que teintée de stress ou est-ce qu’elle est aussi teintée d’épanouissement ? Il y a toute une série de facteurs dans la balance de chacun, c’est très propre à l’histoire de chacun, mais c’est toujours ce même mécanisme d’avoir accumulé trop de stress et de ne pas avoir les ressources pour les gérer. Et c’est ce qui fait que dans le contexte de la pandémie, on a une augmentation générale des problèmes de burn-out, pas seulement chez certaines personnes'.

Le burn-out parental "touche plus les mères. Mais parce que les mères sont plus exposées au stress lié à l’éducation et le soin des enfants. Parce que même dans une société qui se veut égalitaire comme la nôtre, on sait que 70% de la charge des soins de l’éducation est encore portée par les femmes. Donc, de ce point de vue-là, on va trouver plus de burn-out chez les mères, mais ça touche aussi les pères. Et si un père s’investit à la même hauteur qu’une mère, il est tout aussi à risque de tomber en burn-out qu’une maman donc les pères sont aussi concernés. Et ce qu’on a vu dans nos données pendant le confinement, c’est que beaucoup d’hommes ont été amenés à rester à la maison, ce qui est pour eux beaucoup moins habituel que pour les femmes, et donc aussi à prendre leur part et être confronté au stress des enfants, à leur éducation, à la scolarité plus qu’ils ne le sont que d’habitude. Les pères ont été relativement durement touchés par les problèmes de burn-out parental pendant le confinement".

Parents à bout

Actuellement le burn-out parental n’est pas considéré comme une maladie, explique-t-elle encore : "Un jour, ça viendra parce que c’est tellement un problème de santé publique que je pense qu’on ne pourra pas y échapper. Ça permettrait aussi de normaliser les choses et de faire en sorte que les gens osent dire quand ça ne va pas. Mais il a fallu des décennies pour que le burn-out professionnel soit considéré comme une maladie. On en parle depuis les années 70, mais c’est tout récemment que c’est reconnu comme une maladie professionnelle. Donc il faudra le temps que ça fasse son chemin, non seulement auprès des autorités, mais aussi je pense auprès de la population. Parce que quand on en a soi-même vécu un, ça paraît évident que la détresse est immense. Mais je sais que sur les réseaux sociaux, par exemple, quand il est, quand on parle de ce sujet, on ne peut pas faire l’économie d’avoir des commentaires désobligeants. Certaines personnes pensent que c’est une blague, que les gens se plaignent pour rien, mais il faut ne jamais avoir vu un parent en burn-out pour écrire des choses comme ça".

Où en est la prévention ? "Je pense qu’on est un des premiers pays à avoir mis en place des actions. Une première action, c’était il y a deux ans. Il y a une campagne qui s’appelait Parents à bout, qui est toujours accessible sur Internet. Ça a été initié par la Région bruxelloise et je pense qu’on est vraiment un des premiers pays à avoir lancé ça. Je pense que ça devrait être relancé de façon plus habituelle pour que ça ne soit plus un sujet tabou et que les gens s’autorisent à dire quand ça ne va pas pour demander de l’aide et pour éviter d’attendre que ça aille trop loin. Parce que là, on sait qu’en général, les gens finissent par appeler à l’aide quand il y a eu des passages à l’acte violents, par exemple, ou des tentatives de suicide. Et donc ça, c’est évidemment dommage. Donc, il faut sortir du tabou. Mais on a aussi eu d’autres initiatives en Belgique qui n’existent pas ailleurs. C’est grâce à la coopération avec de grandes mutuelles en Belgique qu’on a pu mettre en place des prises en charge qui montrent qu’elles sont efficaces. Et pourquoi les mutuelles ont travaillé avec nous ? Parce qu’elles se rendent compte que c’est un problème de santé publique avec 8% de parents en burn-out en Belgique, en sachant que ces parents ont par exemple beaucoup de troubles psychosomatiques puisque l’organisme sous stress et réellement sous stress. On a pu le mesurer biologiquement et donc ce stress va engendrer tous les petits maux du quotidien : migraines, troubles digestifs, etc. qui amènent ces gens à consulter et donc qui coûtent à la santé publique".

"On a mis en place des traitements dont on a testé l’efficacité et on montre qu’en huit semaines, on peut ramener les symptômes et le stress de l’organisme à un niveau tout à fait normal. Donc, nous, on s’en sort sans devoir investir trois ans de thérapie. Maintenant, on a besoin de professionnels qui sont formés et qui sont correctement formés, et donc on a développé des formations en ligne qui permettent aux professionnels d’acquérir les compétences nécessaires pour donner ce traitement, pour faire de la prévention chez les professionnels de première ligne, par exemple. Ces formations sont accessibles et notre objectif, c’est à terme d’arriver à ce qu’aucun parent en burn-out ne doive faire plus de 30 minutes de route pour trouver un professionnel formé à proximité de chez lui", conclut la psychologue.

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