Le burn-out guette un travailleur sur cinq, mais il peut être salutaire

Un salarié sur cinq est proche du burn-out : c’est le constat alarmant d’une enquête que la société Bright link, spécialisée dans la prévention d’une telle maladie, a menée sur base volontaire auprès de cinq mille travailleurs, dans les secteurs de la finance, du commerce, des technologies, des services aux entreprises et de la construction, anonymat respecté. Une étude citée par l'Echo.

Mais quelles sont les causes du burn-out précisément ? Dans plus ou près de deux cas sur trois il est provoqué par des directives de travail contradictoires (65% des répondants), par la charge de travail (62%), par ses propres traits de personnalité (59%), par l’hyperconnectivité (58%) et par la quantité de courriels (54%).

Ordres contradictoires

Le principal facteur identifié, ce sont les ordres contradictoires. Psychothérapeute, Joëlle Rousseau a participé à l’enquête : "Ça devient régulier. On va dire au personnel que l’équilibre vie familiale-vie professionnelle est important. Aménagez votre temps de travail ! Mais derrière ça, il y a des messages qui montrent que si on favorise cet équilibre… ce n’est pas bien vu dans l’entreprise."

Face à l’innovation technologique et à la numérisation, face à la charge qu’impose le boulot, des travailleurs perdent leurs repères. "J’ai toujours voulu plaire aux uns et autres", témoigne une ancienne professeure d’équitation, qui vit un troisième burn-out. "Je suis perfectionniste et je me suis oubliée moi-même. En tant qu’indépendant, il faut pouvoir suivre au plan financier et en tant que femme seule, on n’a pas trop le choix : il faut tenir le coup. On en fait de plus en plus, même si la fatigue s’accumule."

Les signes qu’envoie le corps sont de plus en plus douloureux. Son mari est alors intervenu. "Arrête maintenant, prends le temps qu’il faut pour te reconstruire et puis… on verra."

Le corps est épuisé

Selon Françoise, le burn-out est pourtant une phase d’apprentissage : "Il nous apprend à vivre autrement. On ne peut que suivre notre corps qui est épuisé. Je sais que ça mène à une sorte de métamorphose. On se remet en question pour prendre les bonnes décisions et ne plus commettre les mêmes erreurs."

Cette professeure ne se sent pas coupable de son état. Cette fois, elle est suivie par une psychothérapeute, de même que Françoise, consciencieuse employée dans une grande entreprise qui a craqué devant une charge de travail "trop importante, sans aide quelconque". "Ça durait depuis longtemps. Je voulais continuer et à un moment donné, je suis tombée malade", explique-t-elle.

Aujourd’hui, Françoise fait partie des 10% de travailleurs qui sont retournés à leur poste. Elle a repris le travail à mi-temps, en éliminant les sources de la maladie.

Former les managers

Parce qu’elles y sont confrontées régulièrement, les entreprises semblent conscientes du phénomène. "Mais c’est lent et ça leur coûte énormément", observe Patricia Nkita, de l’ASBL "be Sense" qui œuvre pour la prévention du burn-out et du stress au travail. "Aujourd’hui, on n’a pas encore identifié les moyens idéaux de lutte et d’accompagnement des personnes au sein des entreprises".

A l’indispensable prévention, Patricia Nkita ajoute la nécessité de voir quel est le fonctionnement de la gouvernance de l’entreprise. "On peut très bien former les managers à détecter les symptômes. Mais par la suite, il faut les accompagner. On leur demande au fond de changer de comportement, mais ce changement est long, il prend du temps. Et donc, c’est toute la gouvernance de l’entreprise qui doit définir sa politique et ce qu’elle entend mettre en œuvre au sein de l’organisation."

Le burn-out touche plus de 150.000 travailleurs. Il est devenu un enjeu économique pour les entreprises qui commencent à réagir devant ce qui est avant tout un énorme gâchis humain.

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