Le bruit cause 12.000 morts prématurées par an, en Europe : "Les oreilles n’ont pas de paupières"

Vous vous souvenez du silence du confinement en ville ?

Cette sensation de repos des oreilles ? Cette conscience soudaine du fond sonore qu’on absorbe au quotidien sans s’en rendre compte ?

Des chiffres récents permettent de jauger l’impact de la pollution sonore en ville. Ils sont issus de l’étude sur l’environnement et la santé de l’Agence européenne pour l’environnement, publiée en ce mois de septembre.

D’après l’Agence, le bruit cause près de 12.000 morts prématurées par an dans l’Union européenne, derrière la pollution de l’air.

Le trafic routier, première source de bruit

Aujourd’hui, 22 millions d’Européens souffrent de gêne chronique élevée face au bruit. Et 6,5 millions d’Européens souffrent de perturbations importantes et chroniques du sommeil à cause du bruit.

Le trafic routier est la source première de cette pollution sonore : 20% de la population de l’Union européenne est exposée à des niveaux de bruit pouvant porter atteinte à la santé. Ce nombre ne diminue pas, dit l’étude… Malgré les réglementations émises notamment par l’Union européenne.

Une pollution insidieuse

Il faut dire que cette pollution est insidieuse.

"On ne s’en rend pas compte, on vit avec et pourtant notre corps y réagit au niveau de la tension artérielle" explique Marie Poupé, experte sur les questions de bruit à Bruxelles Environnement. "On dit souvent que les oreilles n’ont pas de paupières : elles sont toujours actives, elles analysent en permanence le moindre bruit. C’est notre organe d’alerte depuis la nuit des temps".

Marie Poupé prend l’exemple d’une sirène en pleine nuit : "On ne se souviendra pas forcément d’avoir entendu cette sirène et pourtant on l’a entendue, notre cerveau l’a analysée et notre corps a réagi en conséquence, notamment en sécrétant différentes hormones, des hormones de stress, de l’adrénaline."

Ces perturbations du sommeil liées au bruit peuvent provoquer des difficultés de concentration, de la fatigue, de l’irritabilité, de l’hypertension artérielle.

Une cartographie pour regarder le bruit en face

Face à cette pollution sonore, l’Union européenne a émis une directive en 2002.

Elle se limite au bruit routier et industriel, alors que de nombreuses autres sources de bruit contribuent au brouhaha de la ville. Mais elle a le mérite de forcer les Etats de l’Union ou leurs régions à regarder cette pollution en face : ils doivent dresser une cartographie complète du bruit sur leur territoire. Une cartographie à actualiser et publier.

Pour Bruxelles, ces cartes du bruit, sur lesquelles vous pouvez repérer votre quartier, sont publiées sur le site de Bruxelles Environnement. Pour la Wallonie, les cartes du bruit sont à voir sur ce site et pour la Flandre sur ce portail-ci.

La législation européenne impose aussi aux Etats membres de faire respecter une plage de 8 heures de calme la nuit. Mais l’Europe ne précise pas ce qu’est le "calme": les Etats sont libres de déterminer leurs propres seuils de bruits maximums à viser, proches ou non des recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

Les Etats sont aussi invités à établir leurs plans pour réduire cette pollution sonore et y sensibiliser la population.

En Belgique, ce sont les régions qui sont compétentes en matière d’environnement et donc de surveillance du bruit, mais des décisions à tous niveaux de pouvoir peuvent avoir un effet sur cette pollution, impact positif ou négatif.

Bruxelles, ce vaste chantier

Le bruit, Bruxelles connaît bien. Avec ses embouteillages, son aéroport en périphérie, ses travaux. Ses poids lourds en ville, qui produisent six fois plus de bruit que les voitures. La Région bruxelloise a publié l’an dernier un nouveau plan au titre ambitieux, Quiet Brussels (Bruxelles calme). Il complète une série de réglementations ciblées, comme l'ordonnance sur le bruit amplifié

Elle ambitionne notamment de réduire la charge sonore en 30 "points noirs" du territoire régional, des lieux où le bruit est particulièrement problématique.

Certaines mesures auront un impact plus général, partout à Bruxelles, comme la réduction de la vitesse à 30 km/h sur de nombreuses voiries. Outre les effets attendus de cette mesure sur la sécurité routière, elle devrait diminuer la pollution sonore : "Réduire la vitesse réduit le bruit", explique Marie Poupé, de Bruxelles Environnement. "Quand on diminue par exemple la vitesse de 70 km/h à 50 km/h, on réduit le bruit de 3 décibels. Ce qui équivaudrait à réduire le trafic de moitié."

Une réduction du bruit… Pour autant que les ralentisseurs soient bien conçus, bien disposés et bien entretenus. Un frottement régulier de voitures sur un dos-d'âne et des accélérations après le ralentisseur font au contraire monter les décibels. Une voirie mal entretenue aussi.

Dans l’arsenal des Etats, régions, villes, communes contre le bruit, il y a aussi, en vrac, une augmentation de la part de véhicules électriques, une réduction du transport motorisé, un choix attentif des revêtements de voiries et des réaménagements routiers au moment de la conception du projet, une sensibilisation à une conduite calme lors du passage du permis de conduire… Parmi d’autres idées qui peuvent aussi être soufflées par les expériences d’autres villes européennes.

Quelles que soient les recettes choisies, les chiffres de ce mois de septembre devraient inciter à intensifier l’action politique.

D’autant que cette pollution pourrait croître encore parce que la population des villes tend à augmenter. Et parce que l’activité diurne colonise toujours plus le temps calme de la nuit.


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