Bricolage au féminin: de plus en plus de femmes rénovent et décorent leur maison elles-mêmes

Ces dernières années, les experts s'accordent pour dire qu'on assiste à une féminisation du secteur du bricolage, même si le phénomène est difficilement quantifiable. Pour des raisons de budget, de nécessité ou encore pour le plaisir, les femmes sont de plus en plus nombreuses à prendre les outils en main pour rénover ou décorer leur maison. De nombreux cours leur permettent aussi aujourd'hui de s'initier ou de se perfectionner.

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La scie sauteuse, un outil que Céline utilise régulièrement pour ses SIY © Sarah Heinderyckx

Céline: la scie sauteuse ne lui fait pas peur

Dans les rayons d'un grand magasin spécialisé à Ottignies-Louvain-la-Neuve, nous retrouvons Céline, 30 ans. Cette jeune bricoleuse vient ici régulièrement pour trouver le matériel et les outils nécessaires à ses DIY (Do It Yourself), des tutoriels de bricolage. Alors qu'un vendeur lui propose de découper la planche qu'elle a choisie, elle lui répond avec malice "Merci, mais je vais la découper moi-même".

Dans sa maison, Céline a installé un grand atelier pour réaliser ses projets. Avec assurance, la jeune femme branche sa scie sauteuse pour découper sa planche. Un outil qui ne lui fait pas peur: "Quand il s'agit de petits morceaux de bois, j'utilise une scie à main plutôt que cet outil dangereux, mais sinon je l'utilise assez régulièrement. J'aime bien voir le résultat après et je suis contente d'expérimenter, donc c'est chouette", nous confie-t-elle.

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Céline, une bricoleuse 2.0 © Sarah Heinderyckx

Bricoleuse 2.0

Bricoler est une passion qui se transmet de génération en génération chez Céline, mais elle vit avec son temps et toutes ses réalisations terminent sur son blog. Un site de Do It Yourself suivi par des milliers d'internautes en quête d'inspiration qui interagissent beaucoup avec sa créatrice. "C'est ce que j'aime, donner envie à d'autres de bricoler comme moi", explique Céline.

Les débrouillardes

Comme Céline, de nombreuses femmes se mettent au bricolage et certaines ont parfois besoin d'un peu d'aide. Dans l'atelier des Débrouillardes à Evere, nous assistons à un cours de bases en menuiserie. À la manœuvre, Étienne, Charpentier depuis 10 ans. Dans la salle, des élèves attentifs qui ont payé chacun 64€ pour 3h30 de cours. Six participants sur huit sont des participantes... en quête de bons conseils.

"On ne bricolait pas du tout chez moi et ça me frustre beaucoup", nous confie Louise, une scie circulaire entre les mains, "j'ai envie d'apprendre à faire des choses moi-même, d'être plus autonome. Pouvoir aussi faire du sur-mesure et de concevoir mes propres meubles ou objets".

"Nous ne sommes pas bricoleurs à la base", précise Nathalie, venue avec son mari Alain, "mon père l'était fort et notre fils aussi, mais il n'habite plus à la maison alors on s'est dit pourquoi ne pas commencer un cours d'initiation?"

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Les bases de la menuiserie avec Étienne chez "Les Débrouillardes" © Sarah Heinderyckx

Croissance et succès

Carrelage, forage ou électricité, autant d'autres disciplines proposées par Les Débrouillardes. Un concept développé par Lucie Thieule il y a deux ans et demi quand elle n'avait que 26 ans.

"À l'époque je venais d’emménager seule dans un appartement et je ne savais même pas fixer un cadre au mur", nous confie-t-elle.

Avec une amie, elle se dit qu'elle n'est sans doute pas la seule dans le cas et lance alors cette petite entreprise déjà devenue grande.

"On a un partenariat avec les magasins de bricolage Gamma ce qui nous permet de faire des cours dans toute la Belgique en Flandre comme en Wallonie. On est passés d'une à cinq villes puis en six mois à 15-20 villes et aujourd'hui on donne 30 à 40 cours par mois", précise la jeune gérante.

D'après une enquête récente de Gondola, 40% des bricoleuses vivent seules et s'y mettent donc parfois par nécessité. Mais pour beaucoup, bricoler reste un plaisir qui une fois maîtrisé procure un vrai sentiment d'indépendance.

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30 à 40 cours par mois se donnent dans toute la Belgique © Sarah Heinderyckx

Créneau marketing à prendre

Pourtant, selon les experts, les grandes enseignes belges n'ont pas encore suffisamment adapté leur offre à ce public féminin. Chris Van Wesemael, consultant chez Gondola explique : "On pense encore toujours au gros œuvre, façon de parler, et trop peu aux petites choses qui mettent un peu d'ambiance dans la maison. En France, par exemple, la décoration a depuis des années une place très importante dans les magasins de bricolage, ce qu'on n'a pas encore chez nous ou vraiment beaucoup trop peu"

Certaines initiatives se mettent tout de même en place. Rudi Schautteet, directeur opérationnel de Brico précise : "Nous avons par exemple refait récemment le magasin de Zaventem en donnant plus de place à la décoration. Là-bas, on entre désormais par un énorme rayon dédié aux luminaires".

La chaîne développe aussi des cours de bricolage dans chaque province belge depuis cette année. Son directeur ajoute: "10% du total des workshops sont uniquement destinés aux femmes et on voit qu'il y a un succès énorme".

Un vrai créneau marketing qui ne demande aujourd'hui qu'à être exploité.

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