Le bouddhisme bientôt reconnu comme philosophie non confessionnelle?

Une reconnaissance permettrait par exemple aux bouddhistes d'assister plus facilement les détenus en prison, ou les patients dans les hôpitaux. Actuellement, quand l'autorisation est délivrée, c'est au cas par cas. "Nous pourrions même visiter les détenus dans leur cellule", insiste Koen Vermeulen, secrétaire national de l'Union Bouddhique Belge, alors que pour l'instant, chaque direction de prison doit nous donner son accord." L'Union Bouddhique Belge a démarché les partis politiques. "Tous les politiciens que nous avons rencontrés, tous partis confondus, sont conscients que le bouddhisme est un fait sociétal en Belgique depuis 40 ans. C'est un fait indéniable. Ce ne serait pas normal de ne pas obtenir une reconnaissance du bouddhisme."

Mais pour que le bouddhisme soit reconnu comme philosophie non confessionnelle, il faut changer la loi, ce qui se révèle complexe. Notre système de financement des cultes n'est pas des plus simples, ni des plus récents: il date de 1802, l'époque napoléonienne où l'église catholique était largement majoritaire.

Si la société a évolué entre temps, l'Eglise catholique s'octroie par ailleurs toujours 85% de l'enveloppe de financement.

L'Islam a été reconnu en 1974 et la religion orthodoxe en 1985. La laïcité l'a été en 2002, mais cela a été plus complexe, car comme il s’agissait d'une philosophie et pas d'un culte, il a fallu créer une loi sur mesure. La première évocation d'une reconnaissance date de 1981, la loi... de 2002.

Il y a donc des chances que le bouddhisme, qui demande aussi à être reconnu comme philosophie non-confessionnelle, doive attendre quelques temps. Le projet de loi qui avait été développé au cabinet de la ministre des Cultes, Annemie Turtelboom, a été rangé au placard. Raison officielle invoquée: le contexte budgétaire difficile ne permet pas de financer une communauté convictionnelle supplémentaire.

Et faire cela à enveloppe fermée signifierait retirer de l'argent à d'autres cultes, chose plutôt délicate. C'est donc l'ensemble du système de financement qu'il faudrait réformer.

Au programme, mais pas une priorité

Un rapide sondage des partis nous montre qu'il n'y pas de réelle volonté de bloquage sur le dossier, mais pas de réelle pression non plus pour avancer. Et selon un observateur éclairé, le dossier ne semble plus passionner les partis.

C'est pourtant bien inscrit au programme d'Ecolo et du PS qui veulent un système de financement plus "équitable". Il s'agit d'une évocation succincte toutefois, qui relève d'avantage de la déclaration de principe. Dans le programme du PS, on lit qu'il faut "ouvrir une large réflexion en vue de modifier le système actuel de financement de la laïcité organisée et des cultes, afin de le rendre plus transparent, plus équitable et plus en phase avec les évolutions de la société." En plus de cette volonté d'égalité de traitement des communautés confessionnelles et non confessionnelles de Belgique, on retrouve dans le programme d'Ecolo, une proposition concrète : celle d'une consultation anonyme réalisée tous les cinq ans, qui permettrait d'établir la représentativité des communautés convictionnelles. Tant le PS qu'Ecolo plaident pour une reconnaissance rapide du bouddhisme. Le sujet n'est par contre pas abordé in extenso dans le programme du MR, où Denis Ducarme (comme Zoé Genot chez Ecolo), est pourtant l'auteur d'une proposition de loi sur la réforme du système de financement des cultes. "Nous voulons relancer le dossier dans la volonté d'un large consensus. Mais ce n'est pas une réforme qui se fera en un claquement de doigts. C'est un dossier qui doit être porté par tout-le-monde." Que pense-t-il de la proposition de consultation populaire d'Ecolo? "Cela risque de braquer les gens, alors qu'il faut d'abord tout remettre à plat dans un esprit de consensus." Enfin le cdH, historiquement plus réticent, estime qu'une réforme permettra de "relever les défis du monde moderne".

Des propos qui restent assez flous. Le système vieux de deux siècles, n'est donc pas encore enterré.

Odile Leherte avec G.R.

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