Le Bon Marché de François Vaxelaire

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Ce soir, je vous raconte comment sont nés les grands magasins. Et plus précisément l'un d'entre eux, le tout premier, qui s'appelait 'le Bon Marché'. L'enseigne a disparu depuis quelques années, mais beaucoup de gens s'en souviennent encore. Et ce premier grand magasin de Belgique, on le doit à un certain François Vaxelaire.

 

 

François Vaxelaire grandit dans un petit village de Lorraine, où son père est maréchal-ferrant. A 16 ans, il décide d'aller tenter sa chance à Paris. On est en 1856 et depuis trois ou quatre ans, les avenues parisiennes accueillent des commerces d'un tout nouveau genre: les grands magasins. Le Bon Marché s'est installé en premier, très vite imité par le Printemps, la Samaritaine, les Galeries Lafayette. Et le jeune François Vaxelaire est engagé comme commis dans l'un de ces grands magasins parisiens. Mais il est bien décidé à ne pas rester commis toute sa vie. Il a de l'ambition. Et à 20 ans, en 1860, il décide de monter sur Bruxelles en plein développement : c'est l'époque de Anspach, de Poelaert. On dessine les grands boulevards, on implante les gares.…
Bruxelles vit toujours au temps du petit commerce. Et François Vaxelaire est embauché dans    un petit magasin de tissus, dans le bas de la rue Neuve. Il est donc toujours employé mais, assez rapidement, ses patrons souhaitent quitter l'affaire. Et, comme ils apprécient Vaxelaire, ils lui proposent de devenir gérant, puis propriétaire du magasin. C'est donc au départ de ce petit commerce qu'il va créer le premier grand magasin de Belgique.

Un grand magasin vend un peu de tout. Contrairement aux petits commerçants qui, eux, ont chacun leur spécialité. La grande révolution, à l'époque, c'est aussi que le grand magasin propose l'entrée libre. On peut entrer et sortir sans rien acheter. Cela nous semble évident aujourd'hui, mais ce ne l'était pas en ce temps-là. On peut aussi approcher et même toucher la marchandise, elle n'est pas derrière un comptoir. Et puis, autre grande nouveauté: les prix sont affichés. Chez les petits commerçants, c'était un peu à la tête du client. On négociait. Ici, les prix sont fixes et ils sont très intéressants. Parce que les grands magasins réduisent leurs marges (donc ils réduisent leur bénéfice à l'unité) en se disant qu'ils vont vendre beaucoup, et qu'ils vont donc s'y retrouver sur la quantité. C'est d'ailleurs pour cette raison que le premier grand magasin bruxellois, tout comme le premier grand magasin parisien, s'appelle ‘le Bon Marché’. C'était meilleur marché que chez les petits commerçants.

François Vaxelaire rachète petit à petit tout le pâté de maisons, parce que ça marche très fort. Puis d'autres grands magasins viennent le concurrencer: les Grands Magasins de la Bourse, les Galeries Anspach et surtout l'Innovation. Même si elle arrive 30 ans après le Bon Marché, les deux enseignes seront longtemps à couteaux tirés. D'autant qu'elles s'implantent l'une et l'autre dans plusieurs villes. On raconte même que chaque matin, un employé allait voir chez le concurrent s'il y avait des promotions, des nouveautés, des changements en vitrine. Toutes choses qui ont inspiré Zola, quand il a écrit ‘Au Bonheur des Dames’. Et d'ailleurs, comme dans le roman de Zola, le patron, François Vaxelaire a épousé sa caissière…

 

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