Le blues des infirmiers : « Les équipes sont en train de craquer, les services vont finir par s’effondrer »

Le travail a repris normalement à l’hôpital CHU Brugmann. La semaine dernière, les infirmiers avaient signalé leur ras-le-bol quant à la surcharge de travail et au manque d’effectifs. Mais ces problèmes dépassent le cadre du seul hôpital Brugmann : c’est le secteur infirmier dans son ensemble qui y fait face.

Les heures s’accumulent et on ne peut pas les rendre

A la clinique anderlechtoise Sainte-Anne Saint-Rémi, il manque près d’un tiers de personnel infirmier aux urgences.

« Il y a eu des départs dans l’équipe pour réorientations de carrière, grossesses, congés maladie. A cause de la pénurie actuelle on n’arrive pas à les remplacer », explique Chantal Van Huffel, infirmière aux urgences et déléguée CSC. La charge de travail est donc répartie sur le personnel restant et en conséquence, « les heures s’accumulent et on ne peut pas les rendre », déplore l’infirmier en chef des urgences, Xavier Malfroot.

« A la fin de l’année, certains amassent plus de 100 heures supplémentaires, voire même 300 heures dans certains étages », précise-t-il. Cette surcharge de travail alimente un cercle vicieux. « Ici, la fatigue, le stress et les conflits internes augmentent. Ça mène à des burn-out et des épuisements physiques, s’alarme Xavier Malfroot. « Les gens sont en train de craquer. A un moment, les services vont s’effondrer. »

Des lits fermés

Du côté du service des soins intensifs, on craint l’été qui arrive. « Il va me manquer 50% de l’équipe à partir du mois de juillet, s’inquiète Bénédicte Nonneman, cheffe de l’unité. La direction a accepté de fermer deux lits sur six, mais ce n’est qu’une solution à court terme. »

« Ces difficultés impactent la qualité des soins, et donc la santé de chacun », ajoute-t-elle. « Nous sommes tous susceptibles de se retrouver à bénéficier de soins dans les hôpitaux, donc sommes tous concernés ».

Allongement des études et pénurie

Selon Yves Hellendorff, secrétaire national de la CNE pour le secteur non-marchand, cette situation est généralisée en Belgique. « A cause de l’allongement des études d’infirmier de trois à quatre ans, il y a un trou qui handicape le recrutement », avance-t-il. Mais ce n’est pas la seule explication : « Globalement, le métier d’infirmier n’attire plus, notamment parce qu’il n’est pas assez valorisé. Il s’agit par ailleurs d’un métier lourd et nombreux sont ceux qui terminent leur carrière en temps partiel, voire se réorientent et quittent le secteur. »

« On est sur la corde raide, déplore-t-il, je suis même étonné qu’il n’y ait pas plus de problèmes dans les institutions de soin. »

Pour tenter de résoudre ce problème, certains hôpitaux cherchent à engager des infirmiers venant de l’étranger. L’équipe de Sainte-Anne Saint-Rémi se montre toutefois sceptique : « Combien de temps cela prendra-t-il ? », demandent-ils en chœur.

Témoignage : « Il y a un soir où j’ai vraiment craqué. J’ai été absente deux ans »

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