Le bitcoin, c’est quoi exactement ? Est-ce une monnaie ? Est-ce intéressant comme investissement ?

Voilà des années que l’on entend parler du bitcoin (BTC), une monnaie virtuelle. L’actualité est d’ailleurs très riche sur ce sujet. On y reviendra… Soyons honnêtes, l’auteur de ces lignes est un parfait novice en la matière. L’idée de cet article est donc de tenter de comprendre, ensemble, ce phénomène.

Tentons d’abord d’expliquer comment cette cryptomonnaie est née et comment elle fonctionne.

Naissance

Entre 2007 et 2008, le monde va connaître l’une de ses pires crises financières. Les conséquences de celle-ci dureront bien plus longtemps. À la même époque, un certain Satoshi Nakamoto publie un document dans lequel il décrit le fonctionnement d’une monnaie électronique qui pourrait servir de moyen de paiement en ligne et qui ne serait pas contrôlé par des institutions financières. Le bitcoin verra le jour dans la foulée de cet évènement. Mais qui est Satoshi Nakamoto ? Un pseudonyme probablement. Est-ce réellement une personne ou un groupe de personnes ? Les hypothèses sont nombreuses sur la toile, mais à ce jour rien n’est encore confirmé. Toujours à propos de Satoshi, c’est aussi le nom de la plus petite unité du bitcoin (1 bitcoin = 0,00000001 bitcoin : ndlr)

Au moment de sa création, le bitcoin était assez populaire dans tout le segment activiste, hackers : "Et notamment le mouvement des cyberpunks qui sont des gens qui revendiquent un contrôle minimum de l’Etat et qui veulent créer une sorte de monde numérique ou parallèle au monde traditionnel. Dans ce monde, il y aurait une cryptomonnaie qui serait détenue par ses utilisateurs et ce serait le bitcoin", nous explique Gilles Quoistiaux, journaliste à Trends Tendances et chroniqueur à la RTBF.

Pour Mathieu Jamar, spécialiste des cryptomonnaies et fondateur de la société DCY, un fonds d’investissement spécialisé en cryptomonnaies, si effectivement il y a toujours une frange de personnes convaincues, pour ne pas dire activistes, le projet est aussi devenu "une expérience scientifique / informatique et il a attiré de nombreuses universités. Des facultés de technique informatique, sociologie, politique".

Aujourd’hui le bitcoin n’est plus la seule cryptomonnaie, mais elle reste la plus célèbre.

Fonctionnement

Le bitcoin est basé sur la technologie Blockchain, un réseau pair à pair et donc décentralisé. Décentralisé, cela veut dire "qu’il s’agit d’une monnaie que l’on va s’échanger de pair à pair entre particuliers, mais sans avoir besoin de passer par une banque et sans que cette monnaie ne soit contrôlée par des États ou une banque centrale", précise Gilles Quoistiaux, voire plus largement par une autorité centrale.

Chaque transaction réalisée en bitcoin est enregistrée dans un registre lui-même stocké sur des blocs qui se trouvent sur des ordinateurs (les nœuds) du réseau (le tout forme la blockchain).

Ce registre est public et permet dès lors d’accéder à toutes les transactions depuis la création de la monnaie virtuelle. Le système est transparent, sans pour autant dévoiler l’identité des utilisateurs. L’enregistrement et la vérification des transactions rendent, théoriquement, impossible la double dépense, à savoir l’utilisation d’un même bitcoin pour plusieurs achats.

"Si tous les nœuds sont au courant de toutes les transactions présentes sur la blockchain, ça devient facile d’identifier les tentatives de double dépense", nous explique Sarah Bouraga, chargée de cours à l’UNamur dans le département de gestion.

Ces écritures sont, par ailleurs, protégées par un système cryptographique et empêchent leur éventuelle modification. Au moment de l’enregistrement des transactions dans les blocs (de la Blockchain), celles-ci sont vérifiées par les ordinateurs du réseau.

Le minage

La particularité du Bitcoin est d’être défini par un modèle mathématique. Miner le Bitcoin correspond à essayer de résoudre une équation mathématique en essayant successivement différentes valeurs. Le problème mathématique étant très complexe, il n’est pas possible de trouver les solutions de façon analytique. Le minage consiste donc à essayer par essai erreur toutes les valeurs pour trouver la solution. Cela permet finalement de compléter l’en-tête du Bloc et de l’ajouter à la chaîne. Ce travail de certification ou de minage permet à ceux qui s’y adonnent d’être payés en bitcoin.

"Le nœud qui valide le bloc a une récompense en échange. Et cette récompense se traduit par de nouveaux bitcoins émis, plus les frais de transaction", nous explique toujours Sarah Bouraga. Ce fonctionnement crée une forme de compétition au sein du réseau.

Le système de validation des blocs rend la falsification pratiquement impossible, nous explique toujours Sarah Bouraga. Car, imaginons, si l’on doit modifier une transaction dans l’un des blocs, il faut à nouveau résoudre les problèmes (qui se complexifient de plus en plus) des blocs de la chaîne qui le précèdent, cela demanderait une puissance de calcul phénoménal et du temps, beaucoup de temps.

Au départ miner un Bitcoin était à la portée de tout le monde, parce que la complexité de l’algorithme était facilement résolue par un simple ordinateur. Aujourd’hui, la complexité du problème à résoudre allant crescendo, il est statistiquement peu probable pour un ordinateur de résoudre à lui seul l’équation permettant de trouver la solution. Actuellement des organisations disposent de rangées d’ordinateurs avec des puissances de calcul importantes dédiés au minage de la cryptomonnaie. Quant au particulier, il peut encore miner, en mutualisant l’effort au sein de groupes de personnes qui se répartissent le travail de tester les solutions du problème. Chaque individu sera rétribué au prorata du nombre de solutions testées, un peu comme les cagnottes au lotto.

►►► Miner du bitcoin est donc une opération complexe actuellement qui demande une puissance de calcul importante (et donc une consommation importante d’énergie : ndlr).

Notons que le ou les concepteurs de cette monnaie virtuelle ont limité le nombre de bitcoins en circulation à 21 millions. Cette quantité n’a pas encore été produite à ce jour. A l’heure d’écrire ces lignes plus 18.600.000 bitcoins sont en circulation. Quant à la limite de 21 millions de BTC, sachant que sa production prend de plus en plus de temps, elle devrait être atteinte en 2140.

Investir dans les bitcoins

Le bitcoin et les autres cryptomonnaies semblent intéresser de plus en plus de curieux. Pour Gilles Quoistiaux, ce que cherchent les particuliers lorsqu’ils en achètent ce n’est pas une monnaie d’échange, mais bien un placement spéculatif.


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Témoignages

Il n’y a pas très longtemps, Arnaud était encore à la tête d’une start-up dans les nouvelles technologies, mais il est actuellement demandeur d’emploi. Au mois de janvier dernier, un ami aborde la question des cryptomonnaies. Au départ un peu sceptique, ce trentenaire décide de s’informer. Peu après, nous sommes à la mi-janvier, il décide d’investir une petite somme 250 euros (non pas en bitcoin, mais dans une autre monnaie virtuelle), et puis encore un peu. Au total 650 euros. Après quelques mois, il a gagné un peu plus de 200 euros. Petite précision, Arnaud n’avait jamais investi son argent auparavant.

Autre témoignage, celui de Sylvain 32 ans, développeur, un ami du premier témoin. Il se rappelle qu’en 2017 le bitcoin était sur toutes les lèvres et avait investi un premier montant qu’il a perdu à 90%. Pas découragé, il tente à nouveau l’expérience. Il s’intéresse plus sérieusement à la technologie des cryptomonnaies, mais aussi à la finance afin de protéger un minimum son portefeuille. Et donc depuis quelques mois il investit dans les monnaies virtuelles. Pas un mot sur les montants, mais si l’on suit un minimum le cours du bitcoin, par exemple, en vérifiant sa progression sur un an, on comprend que les gains peuvent être importants, sans pour autant négliger sa volatilité sur plusieurs années.

Le bitcoin fait souvent l’objet d’articles dans la presse. Ces derniers temps, au-delà des records de valeurs en permanence dépassés : 15.000 $ / 20.000 $ / 30.000 $ / 40.000 $ / 50.000 $, la valeur de l’ensemble des bitcoins créés depuis 2009 dépasserait les 1000 milliards de dollars, il y a aussi eu des annonces d’investissements importants. La plus célèbre étant probablement celle de l’entreprise Tesla et de son patron Elon Musk qui a investi 1,5 milliard $ dans le bitcoin.

Dans le secteur du paiement, Paypal propose l’utilisation de la cryptomonnaie. Mastercard a également proposé d’intégrer la monnaie virtuelle. Sans oublier des fonds d’investissement ou des banques qui s’y intéressent aussi. Tout cela augmente la notoriété du bitcoin.

Comment cela se passe-t-il dans les banques ? Bernard Keppen chef économiste à la CBC Banque nous explique que le Bitcoin attire beaucoup les jeunes, "mais pas les tranches d’âges plus âgées qui ont des portefeuilles d’investissements et qui ne sont pas du tout sensible à ça". Selon cet expert, actuellement les possibilités d’investir dans le Bitcoin sont très compliquées. "Elles sont même interdites par la FSMA (l’Autorité des Services et Marchés Financiers) pour un certain nombre de raisons. Il y a toute la question du blanchiment et du contrôle […] On a eu pas mal de scandales où on a des fonds qui ont été piratés et où les gens ont perdu tous leurs bitcoins". Pour cet expert, il reste encore beaucoup d’inconnues aujourd’hui ce qui rendrait l’accès à cette monnaie virtuelle compliqué pour un investisseur lambda. Même s’il reconnaît qu’en regard de la valeur de la cryptomonnaie, cela change un peu donne : "Et c’est pour ça qu’on voit des acteurs un peu plus importants en taille qui commence à intervenir".

Au final, si un investisseur venait lui demander un avis sur le bitcoin, Bernard Keppen resterait très prudent pour toutes les raisons invoquées au paragraphe précédent et parce qu’il n’y a pas encore, à ses yeux, de balises suffisantes. Si cela devait changer : "pourquoi pas avoir dans un portefeuille un peu de bitcoins…".

Pour Mathieu Jamar, son usage est devenu plus commun. Quant aux activités illicites, dont l’une des affaires les plus connues est certainement celle du site Silk Road, "elles sont devenues anecdotiques", dit-il. Selon le spécialiste, il y a des rapports indépendants de sociétés dont le travail est d’analyser ce qui se passe sur la Blockchain. Le rapport le plus connu étant celui de chain analysis. "Il y a de manière générale de moins en moins d’utilisations occultes, c’est une tendance qui est à la baisse. Et de plus en plus d’utilisations du type économique […] et de spéculation". La spéculation et l’investissement représentent la majorité des activités liées au Bitcoin actuellement, précise-t-il.

Ajoutons à cela que Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne a récemment qualifié le bitcoin d'"actif hautement spéculatif" ou encore que Janet Yellen, la nouvelle secrétaire au Trésor de Joe Biden, a ainsi averti que les cryptomonnaies étaient "principalement utilisées" pour le financement d’activités illicites et que le gouvernement devait s’assurer qu’elles ne deviennent pas un moyen de blanchir l’argent sale.


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Acheter / revendre du bitcoin

Acheter ou revendre des bitcoins n’a jamais été aussi simple. Que ce soit sur internet ou via des applications sur votre ordinateur ou téléphone. Pour le journaliste Gilles Quoistiaux, cette opération peut tout de même s’avérer risquée selon le moment auquel vous souhaiterez récupérer votre investissement. Pour Gilles Quoistiaux : "Il y a des hauts et des bas. Il y a des cycles qui oscillent très fort […] On est arrivé à des records qui ont dépassé les 50.000 $. La dernière grosse phase d’augmentation c’était fin 2017 / début 2018 où on avait franchi les 20.000 $. Mais après, il faut savoir que le bitcoin était fortement redescendu jusqu’à atteindre 3000 $ avant de remonter deux-trois ans après […] C’est pour ça que l’on peut dire que c’est extrêmement volatil". En précisant que sur la durée on voit tout de même une importante augmentation de la valeur.

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Close-Up Of Bitcoin © Tous droits réservés

Monnaie d’échange ou investissement ?

Pour Gilles Quoistiaux voilà probablement le plus grand échec de cette cryptomonnaie. Elle n’est pas encore une véritable monnaie d’échange et cela même si des initiatives existent. Il ne s’agit donc pas encore d’une monnaie officielle. La preuve, les marchands n’ont pas l’obligation d’accepter cette monnaie virtuelle, comme c’est le cas avec l’euro, par exemple. Le journaliste reconnaît cependant qu’il y a une acceptation toujours plus importante. Tesla qui annonce la possibilité dans le futur de pouvoir acheter une voiture en bitcoin, en est un exemple.

Mais finalement, pourra-t-on un jour utiliser des bitcoins comme on utilise des euros ? Il y a peu de chances, estime Gilles Quoistiaux : "Ce n’est pas encore le cas et ce ne sera probablement jamais le cas parce que les banques centrales et les Etats voient le bitcoin comme un concurrent des monnaies traditionnelles". Mais cela ne veut pas dire pour lui que son usage ne pourra pas progresser. Cela dépendra de son acceptation par les commerçants.

Bernard Keppen, chef économiste à la CBC Banque estime pour sa part que le bitcoin restera une cryptomonnaie. Elle n’obtiendra pas le statut de monnaie en tant que telle. "Elle a acquis des lettres de noblesse parce qu’elle a été adoubée par des gens comme Elon Musk, Paypal ou d’autres plateformes qui envisageaient de l’intégrer aussi. Donc oui, elle a acquis une certaine forme de noblesse. Noblesse que je mets entre guillemets, c’est-à-dire que c’est devenu un actif comme un autre (l’or, par exemple : ndlr) […]. Mais ça n’aura jamais le statut de monnaie".

Pour ce spécialiste toujours : "Les autorités monétaires, les banques centrales ont clairement l’intention de créer des cryptomonnaies, reconnues, officielles et contrôlées. On en parle en Chine, aux Etats-Unis et en Europe". L’homme souhaite encore apporter deux réflexions. Pour lui, le bitcoin est devenu hautement spéculatif et les réseaux sociaux ont beaucoup d’influence sur lui : "Ce qui le rend encore plus dangereux". Et enfin, il rappelle que le bitcoin a été créé pour se démarquer des autres actifs financiers : "or, aujourd’hui, il réagit comme n’importe quel autre actif financier".

Mathieu Jamar, fondateur de la société DCY, nous explique qu’une monnaie classique comme l’euro n’offre pas de rente si on la met sur un compte à vue, et il ne gagne que très peu de valeur au fil du temps. Le Bitcoin est pour lui actuellement considéré comme un actif (en espérant faire une plus-value plus tard : ndlr) et non pas comme une monnaie. Or la valeur du Bitcoin fluctue : "et principalement à la hausse". Cette fluctuation rend difficile de proposer des biens et des services en Bitcoin car "leurs prix vont varier régulièrement". Ce qui n’est pas très pratique pour une utilisation en tant que monnaie… "Par contre, à partir du moment où le prix sera plus mature, qu’il aura atteint des sommets […] je pense qu’à un moment ça va se stabiliser quand il sera correctement évalué […] ce sera beaucoup plus pratique et d’usage commun de l’utiliser comme monnaie". En résumé, le Bicoin doit encore se stabiliser et gagner en usage au sein de la population pour devenir une monnaie, mais à ce stade rien n’est moins sûr.


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