Le Belge avale trop de pilules: marketing des firmes et automédication

Une majorité de Belges estime que l'industrie pharmaceutique pousse à la consommation
Une majorité de Belges estime que l'industrie pharmaceutique pousse à la consommation - © Archive RTBF

"Comment vivons-nous avec les médicaments?" C’est le thème abordé par le cinquième Thermomètre des Belges Solidaris/RTBF/Le Soir. Pour cette enquête, 1000 personnes, 120 médecins généralistes et 120 pharmaciens ont été interrogés via internet en avril et mai dernier. En voici les principaux enseignements.

Les Belges sont "surmédiqués", c’est-à-dire qu’ils utilisent trop de médicaments. C’est du moins le sentiment que partagent 67% des patients interrogés, 70% des médecins et 36 % des pharmaciens. Alors peut-on objectiver ce sentiment ? Oui, selon des statistiques de 2013 : la Belgique arrive en septième position en ce qui concerne la consommation de médicaments. C’est bien au-dessus de la moyenne de l’OCDE.

Qu’est ce qui provoquerait cet usage excessif de médicaments ?

Selon le sondage, on peut dégager plusieurs raisons. Tout d’abord, le marché des médicaments serait d’avantage piloté par l’offre que par la demande. On crée de nouvelles pathologies - type lourdeur d’estomac - et ensuite, on crée une pilule qui va remédier à ces pathologies. Patients (54%), médecins (74%) et pharmaciens (46%) ont majoritairement l’impression que l’industrie pharmaceutique (avec sa puissance marketing) pousse à la consommation, notamment, via un véritable matraquage publicitaire.

Un médecin sur trois (36%) considère d’ailleurs que les entreprises pharmaceutiques ne respectent pas leur indépendance. Un sur cinq (21%) considère qu’il est trop influencé par celles-ci. L’industrie pharmaceutique ne sort clairement pas grandie de cette étude.

Peut-on aussi parler d’un phénomène de société ?

En effet, on vit dans une société de l’immédiateté, on ne prend plus le temps de guérir. On veut une pilule qui nous soigne tout de suite ! 46% des médecins estiment que leurs patients attendent d’eux une obligation de résultats rapides.

67% des médecins pensent même que, pour leurs patients, prendre un médicament est une réponse facile à un problème qui relève d’avantage de leur hygiène de vie.

Autre constat de ce thermomètre : une hausse de l’automédication

Avec internet, les patients prennent leurs propres renseignements. 60% d’entre eux confient qu’ils regardent ce qui leur reste dans leur pharmacie avant d’aller chez le médecin. Par ailleurs, deux tiers (60%) des pharmaciens constatent qu’ils sont de plus en plus sollicités directement par les patients sans que ceux-ci passent par une visite chez le généraliste. Une situation qui inquiète 37% des pharmaciens et 51% des médecins.

F. Baré

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