Le Belge a retrouvé le goût du lait : pourquoi et cela va-t-il durer ?

C’est une conséquence inattendue de la crise sanitaire que nous connaissons depuis plus d’un an, la consommation de lait à domicile a fortement augmenté en Belgique. Le volume des ventes a bondi de 10% sur l’année 2020 et même de 13% durant le deuxième trimestre.

Les raisons de cet amour retrouvé ? Le confinement et le télétravail ont rendu le goût et surtout le temps des petits-déjeuners complets et les familles ont davantage cuisiné à la maison, notamment en s’adonnant aux plaisirs gourmands de la pâtisserie. Mais ce retour en grâce du lait va-t-il durer ou l’embellie prendra-t-elle fin avec la crise ? C’est évidemment la question que se posent les producteurs laitiers.

La consommation de lait explose en Belgique, merci le Covid !

C’est l’histoire d’un rebond qui a surpris tout le monde. Voilà dix ans que la consommation de lait était en recul permanent dans notre pays comme dans le reste de l’Europe. Pourquoi ? Les causes sont multiples. Considéré jadis comme une des bases d’une alimentation saine, le lait a vu son étoile pâlir au fil du temps. Certains l’accusent d’être indigeste, de provoquer des réactions allergiques et d’être inadapté voire nocif à l’organisme des adultes. Résultat de cette défiance croissante, une baisse continue des ventes de 2 à 3% par an depuis les années 2010.

Et puis, voilà le coronavirus ! La population se retrouve confinée et elle retrouve le temps de prendre des petits-déjeuners complets. Les jeunes qui avaient pris l’habitude de sauter le premier repas du matin pour filer à l’école sont moins pressés, et les parents qui sont contraints au télétravail retrouvent du temps également pour petit-déjeuner. C’est tout bénéfice pour les produits laitiers qui en constituent souvent la base.

Mais le repas du matin n’est pas le seul à expliquer le retournement de tendance. Le télétravail et la fermeture de l’Horeca poussent aussi les familles à cuisiner davantage à la maison, sans oublier la passion de la pâtisserie qui a permis d’occuper les temps libres. Lait, beurre, yaourt, fromage, tout le monde en a profité !

Si le lait a enregistré une hausse de 13% des ventes lors du premier confinement avec près de 45 litres consommés par habitant et par an, le fromage a carrément connu un boom de 20% avec plus de 12 kilos avalés chaque année par les Belges. Avec le déconfinement de l’été, ce surplus s’est tassé mais les ventes sont reparties à la hausse en novembre et décembre, ce qui donne une augmentation globale de 10% en 2020.

Le regain du lait va-t-il durer ou prendre fin avec la sortie de crise ?

Le secteur du lait pèse lourd en Belgique. Il représente plus de 6000 emplois et la dépense globale en produits laitiers atteint près de 5 milliards d’euros. C’est aussi un produit d’exportation puisque 2/3 des 4 milliards de litres collectés annuellement s’en vont à l’étranger. De nombreux producteurs sont donc inquiets de savoir si l’embellie des ventes attribuées au Covid va durer.

La crainte, c’est de voir les habitudes du passé reprendre le dessus quand le télétravail et les cours à domicile seront rangés au placard. Un peu comme les agriculteurs qui avaient vu les consommateurs venus se fournir dans leurs fermes avant de les déserter une fois les magasins rouverts. Tout cela pourrait faire retomber le soufflé et ramener le secteur du lait à sa morosité d’avant Covid, même si le retour à la " vie normale " n’est pas total et que le télétravail persiste après avoir séduit de nombreux employés et entreprises.

Autre crainte, celle des prix. Si la consommation laitière ralentit et reprend sa courbe vers le bas, on peut miser sur une baisse des prix, vu que l’offre n’aura pas diminué. De plus, le consommateur qui avait quelque peu oublié de regarder à la dépense pendant le confinement, ce consommateur recommence à nouveau à faire jouer la concurrence et dès lors à faire pression sur les prix, au risque de provoquer de nouvelles menaces sur la rentabilité des exploitations agricoles.

On a bu davantage de lait à la maison mais les verres sont restés secs ailleurs.

Si les ménages ont davantage acheté de lait et de produits dérivés durant les périodes de confinement, c’est l’inverse pour d’autres types d’acheteurs. Renaat De Berg est le patron de la Confédération belge du lait (CBL) : "c’est très bien que les ménages se soient rués vers les produits de base comme le lait mais notre secteur a perdu le marché de l’Horeca, des entreprises, du catering, etc. Cela représente de gros volumes et tout s’est arrêté du jour au lendemain. Certaines laiteries étaient spécialisées dans les fournitures des cafés, restaurants, hôtels et cantines d’entreprises, et elles se sont retrouvées quasi à l’arrêt. Et pas question de migrer vers les supermarchés car les conditionnements et emballages ne sont pas les mêmes. Vous ne pouvez pas vendre un bidon de lait en magasin."

L’année 2020 serait donc des plus contrastée pour l’industrie laitière. "Sur l’ensemble de 2020, nos ventes de lait aux particuliers ont progressé de 10% par rapport à 2019 et les dépenses ménagères de 12,5% mais cela ne compense pas la perte d’autres marchés, si bien que le bilan global est négatif. Pas facile de l’évaluer mais je dirais que la perte de chiffre d’affaires varie de 10 à 25% selon les laiteries. Pour les exportations, qui représentent 2/3 de notre production, il y a eu un recul mais ça reprend."

Le secteur du lait s’apprête donc à vivre de nouvelles heures mouvementées. La crise du Covid passée, l’Horeca va reprendre mais il va sans doute falloir affronter une probable diminution des ventes ménagères. Acculés par la désaffection du public avant 2020, les laitiers avaient déjà réagi à la baisse de popularité du lait en soignant le marketing et en diversifiant les débouchés, qu’il s’agisse de lait bio, équitable, sans lactose ou OGM, allégé, enrichi de vitamines ou aromatisé, sans oublier les laits de brebis ou de chèvre.

Les initiatives menées par des groupements ou des coopératives pour proposer du lait solidaire sont aussi de nature à réconcilier le consommateur avec l’or blanc. Il s’agit sans doute de produits de niche mais tout est bon pour redorer la santé d’un breuvage qui, malgré sa couleur, n’a rien d’un produit blanc !

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