Le 9 novembre 1918, le jour où Guillaume II a été forcé d'abdiquer à Spa

Guillaume II, empereur d'Allemagne
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Le 9 novembre 1918, l’un des actes les plus importants de la fin de permière guerre mondiale a pour théâtre la ville de Spa. Dès septembre 1914, l’armée allemande occupe la ville d’eau. En mars 1918, Guillaume II, chef des armées, y installe son quartier général. Il veut se rapprocher du front ouest et se préparer à une intervention militaire en Allemagne, où la révolution gronde. Jusqu’au bout, il veut croire qu’il peut sauver son empire. Il sera forcé d’abdiquer, au terme d’une journée d’intenses négociations.

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9 heures du matin, les officiers allemands à l’hôtel Britannique

Au matin du 9 novembre, convaincu que l’Empereur n’arrivera pas à reconquérir l’Allemagne, le Feld-Maréchal Paul von Hidenburg, commandant en chef des armées, rassemble une trentaine d’officiers venus du front à l’hôtel Britannique, le QG des officiers. Il s’adresse à eux et leur demande de débattre sur une question : les troupes sont-elles encore fidèles à Guillaume II ? A 12 heures 30, le verdict tombe. Il n’est pas très favorable.

David Houbrechts, historien, précise : "La réponse est négative pour l’intérieur du pays, puisqu’à l’époque c’est la révolution, et donc les troupes n’étaient plus fidèles et au front, elles étaient partagées. Certains estimaient que les troupes étaient toujours fidèles à l’Empereur, et d’autres pas".

Les généraux l’épargnaient

Pendant ce temps, une seconde réunion est convoquée au château de la Fraineuse, la résidence de l’Empereur, qui se trouve à un jet de pierre du centre de Spa. Hindenburg expose la situation à Guillaume II et lui conseille d’abdiquer immédiatement. Les proches généraux du Kaiser sont présents. Les discussions sont très vives.

"Ce que personne n’ose dire, mais que tout le monde pense, c’est que l’Empereur doit accepter l’idée d’abdiquer et de partir aux Pays-Bas", raconte David Houbrechts.

Mais Guillaume II ne veut pas renoncer. Il croit, à tort, qu’il peut encore rentrer à la tête de ses troupes pour mater la révolution de novembre 1918 en Allemagne.

David Houbrechts explique: "Les généraux les plus haut gradés l’ont tenu à l’écart de certaines nouvelles. L’empereur n’était pas au courant de ce qui se passait sur le terrain, et encore moins dans les rues. Les informations lui arrivaient au compte-goutte. Les généraux l’épargnaient. Il était émotionnellement fragile et était affecté quand une nouvelle venant du front ou de l’intérieur du pays était négative".

Pourtant les télégrammes de Berlin se font de plus en plus pressants. Les comités de soldats et les ouvriers occupent les grandes villes. Les sociaux-démocrates ne contrôlent plus leur base. Le chancelier Max de Bade prie instamment "sa majesté de sauver par l’abdication une situation désespérée". Un émissaire de la réunion du Britannique annonce les résultats de la réunion : les troupes ne sont plus fidèles.

14 heures, Guillaume II se résigne

A reculons, vers 14 heures, Guillaume II signe le message d’abdication. Comme Empereur, mais il reste, écrit-il, Roi de Prusse. C’est peine perdue, vers midi, le chancelier du Reich a annoncé son abdication totale, comme Empereur et comme Roi de Prusse, et la renonciation au trône du prince héritier.

"C’est une sorte de scoop. Le chancelier est un aristocrate, et pour un aristocrate, démissionner l’Empereur, est inimaginable, mais le seul moyen de contrecarrer la révolution, c’est de le forcer à abdiquer, donc il prend cette décision".

18 heures, Guillaume II doit quitter Spa

A Spa, la situation est extrêmement tendue. Des conseils de soldats de sont formés. La vie de l’Empereur est en danger. Il faut partir, vite. A 19h30, la voiture de Guillaume II est amenée, direction la gare.

Dans son train spécial, Guillaume II ne se rend toujours pas à l’évidence, il dîne longuement avec son chef de cabinet. L’annonce de nouvelles mutineries finira par le convaincre. Le train quittera la gare à 4h30 du matin, le 10 novembre.

Il part pour les Pays-Bas, choisis comme terre d’exil. C’est la fin d’un monde. La République allemande est proclamée. Le lendemain, 11 novembre, l’armistice sera signé dans la forêt de Compiègne.

Reportage dans notre JT de 19h30

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