Le 27 septembre : une fête nationale avant d’être celle de la Communauté française ?

Il y a 190 ans, le 27 septembre 1830, la révolution belge s’enclencha. Et c’est sur un son d’opéra que la ville de Bruxelles s’empara. Pourtant si aujourd’hui on célèbre l’union des Bruxellois et des Wallons, donc de la communauté française face à l’armée hollandaise, le 27 septembre est avant tout la fête d’une nation, celle de la Belgique indépendante.

Un opéra sur des charbons ardents

La révolution belge éclate à Bruxelles le 25 août 1830. Guillaume d’Orange, le roi hollandais règne sur la Belgique depuis 15 ans.

Le souverain célèbre son anniversaire. Et ce jour-là, à la Monnaie il y a foule. Une foule mécontente de ne pouvoir entrer mais trop de monde, on ne sait où mettre les gens.

Ce soir-là, on y joue un opéra, "la muette de la portici", du français Auber. Cet opéra raconte le soulèvement d’un peuple face à son oppresseur.

Au moment du refrain dont les paroles résonnent d’un "amour sacré de la patrie", la foule se soulève.

A l’extérieur, les gens entonnent le refrain d’Auber de plus belle et demandent l’indépendance de la Belgique.

A Bruxelles, il règne depuis quelque temps un climat d’insurrection. La "muette de la portici" met le feu aux poudres.

Une situation sociale délétère

Cette année-là, les récoltes de l’été n’ont pas été bonnes, le peuple craint d’avoir faim.

De l’autre côté, la bourgeoisie libérale ne supporte plus ce roi oppresseur qu’est Guillaume 1er. Par ailleurs, ce roi hollandais dérange tant les différences sont nombreuses, aussi bien au plan culturel, linguistique ou encore religieux.

L’heure des émeutes

"Tout cela a pour effet un grand mécontentement à l’égard du souverain hollandais. Un mécontentement qui vire à l’affrontement. Une garde révolutionnaire se met alors à affronter l’armée du souverain qui se regroupe dans le parc de Bruxelles", raconte Serge Jaumin, professeur à l’ULB. Et d’ajouter, "on parle de 14.000 soldats qui sont censés ramener le calme dans une ville en pleines émeutes".

Le professeur explique que les soldats du roi "se retrouvent face à des Bruxellois qui vont mener en quelque sorte des combats de rue. Ils vont organiser des barricades, jeter tout ce qu’ils leur passent sous la main. Certains soldats diront, on se fait tuer sans savoir qui nous tire dessus".

Le problème c’est que ces soldats sont plus habitués à des combats plus rangés. Elle ne fait pas le poids "face aux combats de rue menés par les révolutionnaires bruxellois rejoints ensuite par des Wallons".

L’armée hollandaise est mise en déroute le 27 septembre 1830.

La révolution belge n’est pas un événement uniquement francophone

"Le 27 septembre c’est un soulèvement populaire mené par des Bruxellois rejoints par des Wallons et quelques Flamands mais il faut savoir qu’à cette époque, le gros de la troupe ce sont des Bruxellois et à l’époque Bruxelles est d’abord une ville néerlandophone", détaille Serge Jaumin.

Herman Van Goethem, historien et recteur de l’université d’Anvers raconte que "les troupes hollandaises vont se barricader dans la citadelle d’Anvers. Elle bordait presque l’Escaut. Ils vont se barricader avec des canons et de la poudre. Une trêve est décidée mais les Belges vont rompre la trêve. En réponse le général enverra ses canons sur la ville d’Anvers qui sera mise à feu".

Ainsi les événements du 27 septembre ont une portée nationale. Cette révolution n’est pas uniquement francophone.

Appropriation historique ?

Pourtant, le 27 septembre, aujourd’hui, on célèbre bien la fête de la communauté francophone.

Pourtant c’est assez récent. Ce n’est qu’à la fin des années 1970 que l’on décide que la date du 27 septembre sera la célébration de l’union entre les Wallons et les Francophones face aux troupes hollandaises. "Mais c’est un choix historique contestable", pointe Serge Jaumin.

Pour le professeur de l’ULB, "c’est une curiosité de choisir le 27 septembre comme fête de la communauté française. C’est une sorte d’appropriation historique un peu bizarre dans le sens ou globalement le 27 septembre n’a rien à voir avec la Communauté française et ce n’est certainement pas une victoire des francophones contre les Hollandais c’est une victoire belge ou une victoire bruxelloise contre les troupes hollandaises.

D’ailleurs, après l’indépendance de la Belgique, on célébrait la fête nationale le 27 septembre. Et ce n’est qu'en 1890 qu’on lui a préféré le 21 juillet.

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