Laurent Fabius : "Le réchauffement climatique est encore plus destructeur que la Covid"

Il y a tout juste cinq ans, le 12 décembre 2015, les délégations de 195 pays signaient l’Accord de Paris. Ce texte prévoyait de contenir, d’ici à 2100, le réchauffement climatique "nettement en dessous de °C par rapport aux niveaux préindustriels et de poursuivre l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5 °C".

Où en est-on cinq ans après ? Laurent Fabius, président de la conférence internationale de Paris en 2015, était ce vendredi l’invité de Matin Première pour faire le point.

Les 27 pays européens ont d’ailleurs conclu ce vendredi, à l’issue d’une nuit de négociations, un accord pour réduire d'"au moins 55%" leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport au niveau de 1990, contre un objectif précédent de 40%.

"Pas de vaccin"

Tous les membres de l’Union européenne ne voient pas cet accord d’un même œil, à commencer par la Pologne. "Ils ne sont pas dans la même situation vis-à-vis de la lutte contre le réchauffement climatique, observe Laurent Fabius. La Pologne utilise beaucoup de charbon alors qu’il faut aller vers une énergie décarbonée. On comprend qu’il y ait des difficultés."

Reste que la volonté de rester sous les deux degrés d’ici à la fin du siècle n’est pas encore acquise. "L’accord de Paris a été très positif. C’est maintenant la référence mondiale […] Cet accord est extrêmement utile, mais maintenant il faut l’appliquer, souligne l’ancien ministre des Affaires étrangères français. On agit contre la Covid, mais le réchauffement climatique, d’une certaine manière, est encore plus destructeur que la Covid. Et là il n’y a pas de vaccin."

Relance brune vs. relance verte

Dès lors, insiste Laurent Fabius, "il faut qu’on agisse avec autant de force contre le réchauffement climatique qu’on le fait contre la Covid et ses conséquences. En termes de décès, ce qui vient du réchauffement climatique et de la pollution occasionne plus de décès que la Covid". Même si, précise-t-il, le but de son propos ne vise pas du tout à diminuer l’importance de l’épidémie de Covid-19.

Il poursuit : "Les mesures qu’on prend pour lutter contre les conséquences de la Covid sont utiles aussi pour lutter contre le réchauffement climatique. C’est tout le débat entre la relance brune et la relance verte. Il faut que les plans de relance soient verts."

Laurent Fabius rappelle que "les banques et toutes une série de fonds ne vont pas soutenir des secteurs ou des énergies du passé. Il devient heureusement de plus en plus difficile de financer le charbon ou d’investir dans le pétrole. Il y a une évolution. On peut dire qu’elle n’est pas assez rapide, mais en tout cas [il] la ressen[t]".

Il y a un vent nouveau positif.

Le respect de l’accord de Paris par les différents signataires est malgré tout parfois chaotique. "Il y a deux tendances, analyse l’actuel président du Conseil constitutionnel français. Malheureusement entre 2015 et jusqu’il y a quelques semaines, un certain nombre de pays – et la responsabilité du président Donald Trump a été très lourde – ont dit qu’ils n’allaient pas faire d’efforts à partir du moment où les Etats-Unis n’en faisaient pas. Mais, depuis quelques semaines, il y a un vent nouveau positif."

Laurent Fabius cite alors l’exemple de la Chine qui vise la neutralité carbone en 2060. Du côté des Etats-Unis, il voit l’élection de Joe Biden comme "un élément très positif" dans la lutte contre le réchauffement climatique. "Il veut développer une série de programmes pour lutter contre les énergies fossiles et augmenter les énergies vertes."

Et de conclure : "Des choses se mettent en route pour qu’à partir d’une conscience climatique qui naît, on arrive à des mesures et on y arrive très vite."

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