Lancement d’une vaste campagne axée sur la sécurité : "Offrez des conditions de travail 5 étoiles à votre aide ménagère"

Une aide-ménagère sur dix ne se sent pas en sécurité quand elle travaille et cette année marquée par le Covid n’a pas amélioré ce sentiment, bien au contraire. La nature même du lieu de travail y est pour beaucoup puisqu’il s’agit du domicile privé des clients où aucun contrôle n’est autorisé. Le fond de soutenabilité des Titres-Services, qui rassemble patrons et syndicats concernés, organise une vaste campagne pour attirer l’attention des utilisateurs de titres-services sur ces travers.

3866 accidents de travail évitables

Selon les dernières statistiques disponibles publiées par Fedris, l’agence fédérale des risques professionnels, 3866 accidents du travail ont été comptabilisés en 2019 alors que quelque 150.000 personnes travaillent dans le secteur des titres-services, principalement comme aide ménager ou aide-ménagère (90% de femmes). Ces accidents pourraient être évités si certains utilisateurs de titres-services étaient plus bienveillants envers la personne qui vient nettoyer chez eux.

"Nous voulons attirer l’attention des clients car leur domicile privé est le lieu de travail des aides ménagères et la sécurité y est essentielle", soutient le directeur de Form TS, le Fonds de formation sectoriel Titres-Services, Peter Van De Veire. La campagne, diffusée sur les réseaux sociaux jusqu’à la fin juin, se concentre sur trois aspects, déclinés en trois courts spots audiovisuels : la présence d’animaux dans les maisons, le matériel défectueux et les produits de nettoyage toxiques.

Sécurité et Covid

A 29 ans, Mylène Baudry travaille comme aide-ménagère depuis 6 ans dans la région de Tournai. Elle a un peu galéré avant de trouver de "bons clients avec une maison saine" chez qui elle nettoie en toute sécurité. "J’ai désormais une clientèle plus jeune et ça change", précise-t-elle le sourire dans la voix. "J’ai travaillé chez des personnes âgées où les maisons étaient vieilles avec des prises pas vraiment aux normes. Certaines préparaient leurs produits de nettoyage elles-mêmes en faisant de drôles de mélanges dans lesquels il y avait de l’eau de javel. Je ne les utilisais pas. Aujourd’hui, certaines de mes clientes préparent elles-mêmes leur gel WC par exemple mais ce n’est pas toxique et ça ne me dérange pas. Mais je suis quelqu’un qui s’adapte facilement…". Bien sûr, il s'agit là d'une expérience particulière qui ne concerne pas toutes les personnes âgées; pas question ici de les stigmatiser. 

La Javel et le Dettol occupent encore une place de choix dans les placards des clients, même jeunes, depuis la pandémie de Covid-19...à tort pour le Dettol puisqu’il n’est pas efficace dans ce cas précis. Quant à la Javel "à petite dose, ça va mais quand on doit y avoir recours tous les jours, ça finit par nuire à la santé des aides ménagers et aide ménagères", constate Barbara Lazaridis, déléguée FGTB Verviers pour le secteur des titres-services.


►►► À lire, à voir : #Investigation – 20 ans après leur création, les titres-services sont à bout de souffle


 

Aide ménagère, un métier solitaire

Avant le coronavirus, le métier était solitaire mais les parents ont télétravaillé, les enfants sont revenus à la maison en journée… Elle enchaîne : "Certains clients ne respectent pas les gestes barrières et ne portent pas de masques, ne respectent pas la distance de sécurité, etc. Quant aux grandes entreprises, c’est la rentabilité qui prime et pas toujours la sécurité. Quand une personne me dit qu’elle travaille dans ces conditions-là, je lui conseille de quitter son lieu de travail et d’avertir l’entreprise qui l’emploie". Et la déléguée FGTB, elle aussi aide-ménagère, va dans le même sens que le fonds de formation des Titres-Services : "Le problème, c’est que les aides ménagères entrent dans la vie privée des clients et que certains se croient tout permis car ils sont dans leur lieu privé".


►►► Pour compléter : Coronavirus – les travailleuses en titres-services pourront refuser de travailler en cas de risque, une mesure vraiment efficace ?


 

D’autres clients n’ont tout simplement pas connaissance de ce qui est autorisé et interdit et l’aide ménagère n’ose pas toujours faire valoir ses droits. Il lui est par exemple interdit de monter sur une escabelle (pas plus de deux ou trois marches), d’aller promener le chien, d’aller chercher les enfants à l’école voire de rester s’occuper d’un enfant à l’intérieur pendant que le ou la client(e) sort pour effectuer un achat… Si un accident se produit à ce moment-là, ce n’est pas couvert.

Mettre en place des outils

Jacques Rorive dirige, lui, la Fédération wallonne des entreprises d’insertion qui regroupe soixante entreprises en Wallonie, soit 4500 emplois. Un poids lourd dans le secteur wallon des aides ménagères qui siège d’ailleurs dans la sous-commission paritaire 322.01 Titres-Services, à côté de Federgon, de l’équivalent flamand des ALE (Wijk-Werken) et des syndicats. Cette commission joue un rôle clé puisqu’elle est composée des interlocuteurs sociaux concernés et fixe les conditions de travail du secteur à travers des conventions collectives de travail.

Pour Jacques Rorive, vu la particularité du lieu de travail des aides ménagères, "La visite domiciliaire et la conclusion d’une convention sont deux outils utiles pour éviter les problèmes de sécurité. Nous les recommandons".

Des entreprises de titres-services organisent déjà des visites au domicile du client avant l’intervention de l’aide ménagère. Cette démarche permet de détecter les problèmes, d’en discuter et de conscientiser le client. Quant à la convention, elle permet de fixer les obligations des différentes parties (entreprise, client, aide ménagère). "Dans nos entreprises, nous faisons signer une convention qui comporte des points importants sur le bien-être au travail." Un avant-projet de décret portant sur cette convention est par ailleurs sur les rails en Région wallonne.

Ajoutons que la campagne de sensibilisation imaginée par Form TS se veut positive puisque les aides ménagères sont appelées, elles aussi, à donner des étoiles à leurs clients. Les 5 étoiles seront répertoriées sur une carte du pays.

Sur le même sujet

Journal télévisé 24/04/2021

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK