Mireille-Tsheusi Robert : "La vie des noirs compte moins en Belgique"

La manifestation "Black Lives Matter" a rassemblé près de 10.000 personnes à Bruxelles ce dimanche. Une manifestation contre le racisme et les violences policières à travers le monde. Une des organisatrices de l’événement, Mireille-Tsheusi Robert, présidente de l’asbl Bamko-CRAN était l’invitée de la matinale sur La Première.

À la question de savoir si la vie des noirs compte moins en Belgique, Mireille-Tsheusi Robert n’a pas hésité : "Malheureusement la vie des noirs compte moins en Belgique, un peu comme dans d’autres pays. Le racisme contre les noirs est l’un des racismes le plus partagé dans le monde. Même dans ses formes de manifestations avec par exemple le 'blackface' partagé dans plusieurs pays".

Le racisme contre les noirs est l’un des racismes le plus partagé dans le monde

Le spectre du passé colonial

Selon notre invitée, le contexte global des discriminations en Belgique est connu. 60% des personnes d’origine africaine ont fait des études supérieures, ce qui est plus que la moyenne nationale qui est de 33%: "Ces personnes ont 3 à 4 fois plus de chances de se retrouver au chômage. On se rend bien compte que la vie des noirs compte, la vie de chair et de sang. Mais c’est la vie dans son ensemble, quand on parle de droit à un logement décent, un emploi, le droit à la dignité. C’est dans ce sens-là que la vie des noirs compte moins en Belgique, la vie dans toutes ses dimensions".

La lutte contre le racisme n’est pas une chose simple selon Mireille-Tsheusi Robert, pour qui de nombreux obstacles empêchent de mettre en place ce combat : "Il y a des circonstances où simplement dire qu’il y a un problème de racisme c’est problématique. Par exemple lorsqu’on amène la question de l’urbanisme colonial, avec les statues de Léopold 2 ou le fait que la colonisation n’est pas ou peu abordée dans les programmes scolaires. Donc il y a vraiment des œillères sur plusieurs sujets".

La question du racisme en Belgique est liée au passé colonial selon Mireille-Tsheusi Robert : "C’est un lourd héritage et on ne s’en est pas encore défait. Les stéréotypes et préjugés sont encore présents. Il ne faut pas minimiser non plus ce qu’on appelle les privilèges blancs. C’est-à-dire qu’on veut conserver la situation actuelle, parce qu’on a peur de perdre du terrain, de perdre du confort s’il faut la justice pour tous."

Un racisme structurel

Depuis la mort de George Floyd et les manifestations qui ont suivi, nombreux sont ceux qui dénoncent un racisme structurel et institutionnalisé dans différentes démocraties et la Belgique ne ferait pas exception : "C’est peut-être encore plus le cas en Belgique qu’ailleurs. Je dis ça parce que je vis ici et il y a un ras-le-bol. Mais pour en revenir aux événements d’hier, je ne pense pas qu’il y ait une colère. Il aurait pu y avoir deux ou trois fois plus de gens sans le Covid-19. Et donc je pense qu’il y avait de la détermination positive à obtenir justice, réparation et égalité voire équité.

Elle ajoute: "En génétique il a déjà été prouvé que le racisme a un impact sur notre ADN. Les traumas intimes ou collectifs tel que la Shoah, la colonisation ou autre, Laissent des traces et des lésions qui fragilisent l’ADN jusqu’à la troisième ou quatrième génération. Et c’est là la nécessité et la vertu de la lutte. Et cette vertu ce n’est pas seulement pour les noirs, c’est aussi pour nos amis blancs. Parce que les stéréotypes racistes qui nous ont été inculqués pendant des siècles, ne peuvent pas être extirpés d’un coup. Il faut donc guérir tout ça. Et vu que ce n’est pas une maladie, il faut se défaire de ça et se déconstruire".

Moins de casse qu’ailleurs

Mireille-Tsheusi Robert est aussi revenue sur les incidents qui ont émaillé la fin de la manifestation : "Je ne pense pas que l’image de la manifestation a été ternie (par les émeutiers). Si c’est le cas, c’est uniquement auprès de personnes qui ne comprennent pas les grands enjeux. Un groupe de 20-30 personnes qui casse ne peut pas ternir l’image de 10.000 personnes. Donc je pense que ceux qui ceux qui ont une vue d’ensemble, la hauteur de pensée suffisante, ces personnes peuvent le comprendre.

Mireille-Tsheusi Robert conclut par ces mots: "Il faut savoir que partout dans le monde il y a eu de la casse et je pense que nous sommes l’un des pays où il y a eu le moins de casse. On dit souvent que quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt. Donc ne regardons pas le doigt".

Je ne pense pas que l’image de la manifestation a été ternie

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