La traite des êtres humains en Belgique? "Sans demande, il y aurait moins d'offre"

La traite des êtres humains en Belgique? "Sans demande, il y aurait moins d'offre"
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La traite des êtres humains en Belgique? "Sans demande, il y aurait moins d'offre" - © SAMUEL KUBANI - AFP

La fondation Samilia a reçu le prix de la démocratie et des droits de l'homme du parlement de la fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) ce mercredi. Il s'agit d'une fondation qui agit pour alerter et même réinsérer les victimes potentielles face à la traite des êtres humains. Mais que représente la traite des êtres humains en Belgique? Au micro de la Première, la directrice de Samilia, Sophie Jekeler apporte son éclairage.

Ca représente quoi cette question de la traite des êtres humains en Belgique?

Sophie Jekeler: "La condition dans laquelle certaines victimes se trouvent peut être assimilée à l'esclavage. Elle recouvre à la fois l'exploitation sexuelle, qui est peut-être la forme la plus connue, la prostitution forcée, ou bien l'exploitation économique. Cette exploitation peut se retrouver dans tous les secteurs: du transport, de la construction, de la confection, l'exploitation domestique aussi, la servitude domestique…"

"Cela concerne aussi le fait aussi d'obliger quelqu'un à commettre un crime ou un délit, on pense à des mineurs qui sont forcés d'aller voler dans les maisons.

Il y a des milieux assez étonnants, par exemple le monde du football ?

"Nous avons, grâce à un de vos confrères, été en contact il y a quatre ans avec une équipe composée de jeunes footballeurs africains, la plupart sans papiers, sans permis de séjour, qui étaient échoués sur un terrain vague d'Anderlecht où ils s'entraînent tous les matins. La plupart avaient été exploités. Les familles avaient été escroquées dans leur pays d'origine et avaient dû payer des sommes parfois très importantes. On ne peut pas parler dans tous les cas de traite des êtres humains, mais il en existe. Nous avons d'ailleurs actuellement un dossier ouvert à l'auditorat du travail de Bruxelles sur cette question-là."

Face à ces réseaux, souvent mafieux, est-ce que c'est facile d'informer et de sensibiliser les victimes? 

"Les victimes elles-mêmes sont généralement peu conscientes de leur situation d'exploitation, parce qu'elles viennent de pays où les droits de l'homme ne sont pas aussi bien défendus que chez nous. Comme la plupart sont venues ici avec un rêve, elles sont prêtes à tout accepter. Evidemment, les exploiteurs en profitent. C'est donc très difficile d'entrer vraiment en contact avec elles pour leur expliquer leurs droits et leur expliquer qu'en Belgique, les choses sont autrement."

"Il est aussi très important d'informer le grand public que sans demande, il y aurait moins d'offre aussi. La traite des êtres humains reste encore un phénomène très peu connu. C'est donc là tout l'intérêt de faire des campagnes de prévention, de sensibilisation chez nous".

Les pouvoirs publics font-ils leur job ?

"Oui, la Belgique est un des pays modèle, un des pays phare de la lutte contre la traite des êtres humains. Nous avons été les premiers en Europe, en 1995, à adopter une loi qui accordait à ces femmes le statut de victime. Auparavant, il faut savoir qu'elles étaient considérées comme des migrantes illégales et renvoyées dans leur pays sans autre forme de procès dans leur pays, où elles étaient exploitées de manière encore plus difficile.

"En Belgique, nous avons trois centres d'accueil spécialisés pour accueillir les victimes qui ont été mis en place par le gouvernement. Ce sont aussi bien des victimes d'exploitation sexuelle que d'exploitation économique. Nous avons également des cellules spécialisées au niveau de la police fédérale, des associations de terrain qui font du travail aussi de manière très efficace. Le problème, c'est l'identification des victimes. Pour cette raison, j'ai décidé il y a 15 ans de créer une structure pour travailler en amont. Parce que je trouvais vraiment désolant de voir ces jeunes filles arriver, tout à fait naïves et sans aucune connaissance.

A quoi sert un prix comme celui du parlement de la FWB?

"C'est très symbolique, mais très utile aussi. Je rends vraiment hommage à tous les parlementaires et au président qui ont instauré ce prix. Nous nous battons dans un domaine peu connu et c'est une manière de mettre le projecteur sur la traite des êtres humains, sur toutes les personnes qui travaillent à la combattre."

 

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