La télémédecine: quels avantages? Quelles limites?

La pandémie a permis l’essor de la médecine à distance, par téléphone ou par vidéo. Depuis la première vague, les consultations par télémédecine ont commencé à être remboursées par l’INAMI. Résultat : il y a eu 10 millions de téléconsultations en 2020 en Belgique, selon les chiffres de l’Absym, l’association belge des syndicats médicaux. Ca signifie que 10% de toutes les consultations médicales ont été faites à distance, majoritairement par téléphone. Qui est-ce que cela concerne ? Quelles leçons peut-on déjà tirer ? On fait le point.

Comment ça fonctionne ?

Soit le médecin propose directement au patient de consulter par téléphone, soit le patient cherche lui-même une consultation à distance. Il peut alors utiliser une plateforme telle que Doctena, qui le met alors en contact avec des cabinets médicaux qui proposent la téléconsultation.


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Depuis le 1er janvier, les ordonnances sont virtuelles. "Le médecin peut envoyer par e-mail ou WhatsApp la photo du code-barres de l’ordonnance. Le patient peut alors aller à la pharmacie en montrant son smartphone", explique le Dr. Philippe Devos, président de l’Absym.

Après la consultation, "le patient ne paie rien, il n’y a pas de ticket modérateur [montant à sa charge], la tarification se fait directement à l’Inami", continue le Dr. Devos.

Mais attention, pour cela, le médecin doit être situé en Belgique. "Sur un certain nombre de sites vous pouvez prendre rendez-vous avec des médecins partout dans le monde, par exemple français. A ce moment-là, le coût de consultation (aux alentours de 25 euros) est totalement à votre charge," prévient le président de l’Absym."Par ailleurs, si vous prenez un rendez-vous pour une téléconsultation en France, le médecin ne va rien pouvoir vous prescrire… ce qui est quand même problématique."

La téléconsultation peut fonctionner pour 30 à 40% des consultations habituelles

Mais qui est donc concerné par ces consultations à distance ? "Les études montrent que la téléconsultation peut fonctionner pour 30 à 40% des consultations habituelles", explique le Dr. Devos. "Actuellement, on fait surtout du suivi de patients qui ont des maladies chroniques – comme le diabète - ou qui sont atteints de cancer. Ca commence généralement avec une première consultation physique et puis on convient d’un suivi téléphonique pour voir comment le patient évolue. On a aussi des patients opérés à l’hôpital, qui appellent le chirurgien en vidéo par la suite pour qu’il puisse voir si tout va bien au niveau de la plaie chirurgicale."

Un gain de temps

Selon le Dr. Devos, on s’est rendu compte grâce à la pandémie des avantages de la téléconsultation. "Dans certaines situations, c’est un gain de temps pour les patients et ça rend les choses plus efficaces", explique-t-il.

Ainsi, continue le président de l’Absym, "une étude qui a été réalisée aux Etats-Unis – mais qui est tout à fait transposable chez nous – montre qu’un patient lambda consacre généralement 2h de son temps pour une consultation chez le médecin de 30 minutes. Il y a en effet les temps de déplacements, d’attente, etc. On a déjà tous passé du temps dans une salle d’attente d’un médecin. Si on peut s’en passer, on préférerait être chez soi et se préparer à manger. C’est plus confortable pour tout le monde."

On a plus de 10 ans de recul

Mais évidemment, tout ne peut pas se faire par téléphone et l’examen clinique du malade est encore indispensable pour une série de pathologies. "Si un patient a mal au ventre, et que c’est nouveau, je dois pouvoir mettre la main sur son ventre et l’examiner", explique le Dr. Devos. "Décider de se voir ou non, ça peut se faire au moment de la prise de rendez-vous".


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Certains pays comme les Etats-Unis et le Canada n’ont pas attendu la pandémie pour miser sur la télémédecine. Là-bas, il existe déjà depuis plusieurs années des services digitaux qui permettent d’entrer en contact avec un médecin en restant chez soi. "Il y avait un réel besoin parce que, là-bas, certains villages sont reculés de plus de 100km par rapport au médecin le plus proche. Ca leur a permis de prendre beaucoup d’avance. Et aujourd’hui, on a plus de 10 ans de recul", explique le Dr. Devos.

Grâce à ce recul, "de nombreux papiers scientifiques permettent déjà de définir ce qui est faisable ou pas en consultation à distance", continue-t-il. "On sait que 60% des consultations doivent se faire de manière physique."

 

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La télémédecine en Belgique : ça fonctionne comment ? Ca s'adresse à qui ? © Carsten Koall - Getty Images

Le patient devrait toujours avoir le choix

Mais quel que soit le motif de la consultation, le président de l’Absym considère qu’il est important que le patient puisse toujours avoir le choix. "On ne peut pas imposer au malade de ne communiquer avec son médecin que par téléphone ou vidéo. Le choix d’opter pour une consultation à distance doit être un choix commun pour le médecin et le patient. Il faut que ce soit un consentement bilatéral," estime-t-il.

"Certains ne veulent pas consacrer deux heures à une visite chez le médecin. D’autres apprécient ce moment relationnel et sont prêts à consacrer du temps pour ça", continue le Dr Devos. "Je pense par exemple à des patients plus âgés qui sont contents de voir leur médecin afin de leur parler d’autres petites choses de leur vie".

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