Fin de la stérilisation des transgenres? "Une mesure insuffisante"

Illustration: des homosexuels, bisexuels et transgenres manifestent pour le respect des droits humains lors de la "Belgian Pride"
Illustration: des homosexuels, bisexuels et transgenres manifestent pour le respect des droits humains lors de la "Belgian Pride" - © LAURIE DIEFFEMBACQ

Toute personne qui souhaite officiellement changer de sexe est, pour le moment, tenue de suivre un traitement hormonal et se faire stériliser de façon irréversible. Une obligation qui devrait bientôt disparaître. Mais les premières personnes concernées disent leur déception.

Les transgenres qui souhaitent également changer de sexe sur leur passeport doivent actuellement se faire stériliser de façon définitive. Du changement devrait intervenir en la matière selon l'accord de gouvernement, rapportait vendredi ma presse néerlandophone. Le parlement devrait bientôt se pencher sur une adaptation de la loi de 2007, qui posait la condition de la stérilisation préalable, "à la lumière des obligations internationales en matière de droits humains". . "Le but est bien d'enregistrer, à terme, des progrès dans ce dossier éthique", assure la députée Carina Van Cauter (Open Vld). "Il s'agit ici d'une violation flagrante de l'intégrité physique."

Mais au sein de la communauté transgenre, c'est loin d'être l'euphorie. Si la stérilisation est bien une lourde question, d'autres préoccupations fondamentales ne sont pas rencontrées par la loi belge.

Un changement qui ne règle rien

"Nous centrons nos propos et notre actions sur les discriminations", explique Max Nisole, président de l'association Genres Pluriels. "La stérilisation est un vécu certes très difficile, mais il se rattache plus au mal être, au pathos ou à la souffrance individuelle". Sans nier l'importance de cette souffrance, Max Nisole souhaite, lui, mettre en lumière les raisons pour lesquelles cette pratique a été mise en place.

"On définit toujours une personne par rapport à un sexe", explique-t-il. Si la loi belge, comme celle de la plupart des pays qui avaient adopté un législation dans le domaine, a préconisé la stérilisation en 2007, c'est pour éviter, par exemple, qu'un homme puisse être enceint.

"Or, il y a confusion: une personne peut se définir selon quatre critères différents: l'orientation sexuelle, le sexe biologique, les identités de genres et les expressions de genre", réagit Max Nisole. Qui met en cause la psychiatrisation de cette question, entrainant la focalisation sur l'identité de sexe. En d'autre mots, une personne peut se sentir homme, avoir une apparence féminine, et être attiré par les femmes, par exemple, explique-t-il.

La disparition de la stérilisation, en ce sens, ne règle pas le problème fondamental de la reconnaissance.

"On EST transgenre"

Sur la page Facebook de l'association, un membre s'exprime ainsi: "Le noyau de la violation des Droits Humains c'est la psychiatrisation. C'est la psychiatrisation qui cause en 2e étape l'obligation de stérilisation et cette focalisation malsaine autour des chirurgies des parties génitales. La psychiatrie a un problème de français de base : elle confond être et avoir. On A une maladie, on n'EST pas une maladie. Ex : on A un cancer on n'A pas transgenre. On EST transgenre. La psychiatrie n'est pas compétente pour les questions d'identités de genres".

"Nous portons notre combat contre ces discriminations", insiste-t-Max Nisole. Il faudrait ainsi reconnaitre à une personne les quatre identités citées plus haut.

"C'est une lutte qui concerne aussi la majorité de la population, par exemple les femmes", insiste-t-il, en regrettant que Genres Pluriels n'ait jamais été associée aux discussions précédant cette proposition de loi.

W. F.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK