La société sans papier: un monde futur ou un mythe qui a la vie dure?

La société sans papier existera-t-elle un jour? Un monde sans imprimante où tout sera numérisé est-il possible? Après un demi-siècle de bureautique, la question n’a toujours pas trouvé de réponse.  

Le concept de "Paperless Society" remonte à 1978, lorsqu’il fut inventé par un professeur anglo-américain  Frederick Wilfrid Lancaster de l’université de l’Illinois. Or, en 1978, il n’existait encore que d’énormes ordinateurs centraux qui géraient des millions de cartes perforées. Les ordinateurs Apple et IBM n’existent pas, et moins encore des imprimantes personnelles. Pourtant, ce visionnaire pressentait que l’impression informatisée serait un véritable fléau. Surtout pour l’environnement. Les derniers chiffres de GFK montrent qu’en un an, le nombre d’imprimantes vendues en Belgique est en légère baisse, passant de 671 000 à 640 000 unités (moins 4,5%), mais que le nombre des feuilles A4 vendues connaît une légère hausse de 2%. Or, une étude, de Lexmark cette fois, montre que 93% de l’impact environnemental d’une imprimante laser de bureau est généré par le papier.

La société sans papier: une utopie selon les Belges

Deux critères militent pour une société sans papier: la numérisation des données, que l’on peut consulter à l’écran, et l’écologie. Pour éviter d’abattre des arbres inutilement.

Dans les faits, l’idée fait son chemin, mais il reste du boulot. Voici quelques jours est sortie une étude sur le marché de l’impression. Commanditée par Epson qui est -entre autres- un producteur d’imprimantes, cette étude assure que 75 % des employés belges pensent que "le concept de bureau sans papier est une utopie"

27 pages par jour

Selon une étude qu’Epson présente comme "indépendante",  réalisée auprès de 2400, 77% des Belges interrogées veulent disposer d’une imprimante. En moyenne, l‘employé belge imprime 27 pages par jour (29 pour la moyenne européenne). Et leur utilisation est éphémère, puisque la moitié de toutes ces impressions représentent désormais des déchets directs (17%) ou une utilisation à court terme (28%).

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Pour une large part, l'information passe encore par le papier. © Marc Piscotty - AFP

Comment faire disparaître les imprimantes?

La bonne nouvelle est qu’aujourd’hui plus d’un tiers des entreprises (34%) numérisent les documents plutôt que d’en conserver une copie papier. Dans les petites entreprises, le taux serait de 21%. Et selon une autre étude, évoquée par le magazine professionnel Profacility (2015) Près de 20% des entreprises ont abandonné le papier (17%).

Mais cela fait encore 66% du monde professionnel qui préfère travailler sur un document physique.

Pour créer une société sans papier, il faut commencer par réduire le nombre des imprimantes disponibles dans les bureaux. La grande tendance, depuis quelques années, consiste à remplacer les petites imprimantes individuelles par quelques grandes imprimantes d’étage. L’usage de badges permet d’identifier (culpabiliser ?) au bout du mois, les gros consommateurs de papier.

Ainsi, lentement sera développée la virtualisation de l’environnement de travail. Mais cela a un prix: l’augmentation des coûts d’infrastructure et du personnel informatique.

Les principaux freins à la numérisation des documents

La principale raison est que 56 % des entreprises belges interrogées (par Epson) continuent à vouloir imprimer les contrats et les factures. Les entreprises impriment un peu moins les articles de presse et les mails et très peu les photos et les pages web.

Pour la petite touche communautaire, précisons que l’impression est répartie à 40% pour la Flandre, 34% pour la Wallonie et 26% pour Bruxelles. Compte tenu de sa population, la Flandre imprime mois que les Wallons et beaucoup moins que les Bruxellois.

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Les factures et les contrats sont les documents qui résistent le plus à la numérisation. © SISKA GREMMELPREZ - BELGA

Quels incitants pour un bureau ou une maison sans papier ?

Il y a les incitants technologiques.  Les nouveaux ersatz du papier. Comme la feuille multiusage qui peut être imprimée, puis effacées pour un nouvel emploi. Toshiba a beaucoup travaillé sur ce concept.

Sony, un autre Japonais, vient lui de créé la feuille de papier DPT-RP1

Une sorte de tablette très mince utilisant l’e-ink popularisée sur les liseuses électroniques sur laquelle on peut écrire, lire ou encore annoter des documents. Son écran antidérapant facilite l’écriture manuscrite sur les feuilles digitales. On peut donc l’utiliser à l’infini. L'appli se charge de convertir les sites web ou les documents au format PDF. L’objet devrait sortir en juin prochain au Japon. Son prix sera de 800 euros.

Mais c’est de l’Etat que devra venir l’exemple. C’est le cas au Danemark, où l’administration publique numérique est obligatoire. Tout individu de plus de 15 ans doit avoir une adresse mail officielle. Le Danemark a une administration dématérialisée. Et ça réduit la consommation de papier.

En France, c’est l’échange de factures électroniques avec l’Etat qui devient obligatoire. C’est déjà le cas depuis le premier janvier pour les grandes entreprises. Et cela va s’étendre chaque année aux entreprises plus petites pour se généraliser en 2020. Cette pratique est d’ailleurs déjà obligatoire au Danemark et en Norvège,

Et la Belgique dans tout ça? La facture électronique est à l’Agenda Numérique du secrétait d’Etat Alexander De Croo. En décembre 2016, le ‘Service Public Fédéral Technologie de l’Information et de la Communication’ (Fedict) a donné son feu vert pour le déploiement de la plate-forme de facturation électronique des autorités belges.

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Le papier devient un déchet après quelques minutes ou quelques heures d'utilisation. © Tous droits réservés
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