Le sepsis, une tache aveugle mortelle en Belgique

Chaque année en Europe, 3,4 millions de personnes sont touchées par le sepsis et 680.000 patients en meurent. Un tiers des survivants meurt dans l’année qui suit, ce qui signifie qu’en définitive, un patient sur 5 décède, même après traitement.

Qu’en est-il en Belgique ? Les chiffres ne sont tout simplement pas disponibles, car le sepsis n’est pas suivi ni enregistré, aussi incroyable que cela puisse paraître.

À l’occasion de la journée mondiale du sepsis, une table ronde parlementaire a réuni des spécialistes pour réclamer, dans une proposition de résolution, d’établir un plan national sepsis en Belgique, prévoyant au moins la collecte permanente de données sur la prévalence du sepsis, le traitement administré chez nous, le moment où le sepsis est identifié et le nombre de décès qu’il cause.

Un agent pathogène… Et ça part en vrille

Le sepsis, jadis communément appelé septicémie, est un tableau clinique grave provoqué par la présence d’une bactérie, d’un virus, d’un champignon ou d’un parasite pathogène ou de sa toxine dans le corps. La nouvelle définition consensuelle internationale du sepsis adoptée en 2016 décrit le sepsis comme un dysfonctionnement d’organes potentiellement mortel lié à une réponse immunitaire dérégulée à une infection.

L’institut Pasteur décrit la différence entre sepsis et septicémie : pour cette dernière, il faut qu’il y ait la présence de bactéries (voire de champignons ou de virus) dans le sang. Le terme septicémie a été créé en 1837 par le médecin français Pierre Piorry. Le sepsis est le terme anglo-saxon et international employé pour caractériser une réponse inflammatoire généralisée associée à une infection grave (sans qu’il y ait nécessairement de présence pathogène dans le sang).

Les agents pathogènes peuvent être des bactéries, des champignons, des virus ou des parasites. Cette définition souligne les trois caractéristiques du sepsis : la présence d’une infection, une réaction immunologique violente entraînant un dysfonctionnement d’organes potentiellement mortel.

Krista Bracke, ancienne animatrice radio à la VRT, en a fait les frais, même si elle en a heureusement réchappé, en 2009, suite à ce qu’elle croyait n’être qu’une simple grippe : "Une armée de streptocoques biogènes, des bactéries carnivores, m’ont attaquée. Les médecins m’ont donné une "bombe antibiotique, disons. Ils ne savaient pas encore ce que j’avais. Ils ont vu que c’était vraiment grave. A cause des streptocoques, le sang ne circulait plus et les organes ne fonctionnaient plus".

Plus d’un mois dans le coma plus tard, les dégâts du sepsis sont là : nécrose des tissus et amputation. "On a vu que mes pieds, mes jambes, étaient nécrosés, ils étaient noirs comme la nuit, comme carbonisés. Une double amputation était nécessaire", raconte-t-elle courageusement. De même, Krista a perdu 2 doigts de sa main droite. La kiné a été longue, l’apprentissage de l’autonomie, avec des prothèses, pénible. Aujourd’hui, Krista ne retravaille toujours pas.

L’importance d’une identification précoce

La crise du coronavirus nous a montré qu’il était important de mener une politique efficace de prévention et de contrôle des infections dans les hôpitaux pour lutter contre les infections nosocomiales et la résistance aux antibiotiques.


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Une étude publiée dans The Lancet révèle qu’à Wuhan (Chine), 100% des décès dus au Covid-19 étaient associés à un sepsis.

L’Organisation Mondiale de la Santé a adopté en mai 2017 une résolution relative au sepsis qui appelle les pouvoirs publics à fournir des efforts en matière de prévention, d’information, de recherche, de traitement et de suivi dans ce domaine.

A l’initiative de Robby De Caluwé (Open Vld), également président de la commission spéciale Covid de la Chambre, une table ronde a réuni ce lundi des professeurs et experts comme Erika Vlieghe (UA), et Jean-Louis Vincent (Erasme) pour discuter de ce problème et proposer des solutions.

La proposition de résolution déposée à la Chambre par les députés De Caluwé et Nathalie Muylle (CD&V) réclame, outre la création d’un plan national contre la septicémie en Belgique, la mise en œuvre d’une campagne d’information visant la détection précoce et le traitement du sepsis à l’intention des professionnels de la santé et du grand public.

L’idée est aussi de créer une structure de coopération multidisciplinaire “réseau sepsis” chargée de développer des directives scientifiques et politiques et chargée du suivi de leur application sur le terrain et, le cas échéant, de leurs actualisations, ainsi que du soutien des groupes de patients. Il s’agit aussi d’élaborer des directives sur un diagnostic précoce, et sur le traitement de la maladie.

Le professeur Jean-Louis Vincent, intensiviste et consultant à l’Hôpital Erasme, explique que "l’idée est de promouvoir une prise de conscience collective, non seulement au niveau des médecins, mais au niveau des infirmières et de tout le personnel de santé, pour qu’ils apprennent à reconnaître précocement le malade qui risque d’aller moins bien et qui dès lors, devrait être admis rapidement en soins intensifs. D’où, l’idée d’essayer, en Belgique, de développer un programme comme les pays voisins. Cela existe en France, en Suède, mais la Belgique est en retard".

Pour le spécialiste, il est important de mettre en place dans les hôpitaux belges des systèmes de réponse rapide, que tout le monde pourrait appeler à l’hôpital, lorsqu’un malade semble aller moins bien, dans un quelconque secteur de l’hôpital. Un cadre et une information complète, du patient comme du corps médical, pourraient sauver des vies.

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