A Votre Avis : Jean-Marc Nollet pointe des tests de résistance des centrales dépassés

A Votre Avis : Jean-Marc Nollet pointe des tests de résistance des centrales dépassés
A Votre Avis : Jean-Marc Nollet pointe des tests de résistance des centrales dépassés - © Tous droits réservés

Après le documentaire diffusé dans Questions à la Une, qui a montré une réalité qui fait froid dans le dos tant les centrales semblent fragiles face au risque d'attaque terorriste, le débat d'A Votre Avis est revenu sur le sujet avec un plateau très équilibré, qui a opposé les anti et les pro-nucléaires. Les premiers ont, bien sûr, enfoncé le clou, et notamment Jean-Marc Nollet, qui a brandi plusieurs documents officiels pour appuyer ses propos. Les seconds ont tenu à nuancer.

Des tests insuffisants et dépassés selon Jean-Marc Nollet

Visiblement bien préparé pour l'exercice de ce jeudi soir, le député fédéral Ecolo est venu avec plusieurs documents, qu'il dégaine comme pour tirer à chaque fois une nouvelle balle dans le cœur des réacteurs nucléaires et de ses partisans. Il reprend des documents officiels de l'AFCN qui expliquent qu'il n'est "pas possible de garantir une résistance totale contre des attaques terroristes du type dont a fait l'objet le World Trade Center. Les chutes d'avion terroriste font partie d'un certain risque résiduel". Il déplore en outre les calculs de résistance, qui ont été réalisés à l'époque de la construction des centrales avec des Boeing 767, qui sont beaucoup moins rapides (150m/s au lieu de 240m/s) et moins lourds (150 contre 410 tonnes) que les actuels Boeing 747.

Jan Bens, le directeur de l'Agence fédérale pour le contrôle nucléaire (AFCN) et Thierry Saegeman , directeur du nucléaire en Belgique pour Engie Electrabel, répliquent : oui, dans le cas des plus vieilles centrales, construites lorsque les avions étaient moins gros, les bâtiments seront endommagés, mais pas les combustibles nucléaires. "Ce que les études ont montré, ce n'est pas la chute de l'avion-même, mais le carburant de l'avion qui s'enflamme. C'est exactement le même risque que ce qui a provoqué l'effondrement du World Trade Center en 2001. Du coup, nous avons investi dans des moyens anti-incendies", explique Thierry Saegeman, qui précise encore que le risque zéro n'existe pas. Cependant, pour lui, le plus important est de pouvoir gérer l'accident, faire en sorte qu'on puisse à tout de même arrêter le réacteur, le refroidir et éviter un rejet radiologique. "Pour ça, nous avons tous les systèmes nécessaires en place."

Un jeu d'attaque-défense

On pouvait s'y attendre, le débat a été complètement polarisé. D'un côté, les acteurs de l'industrie du nucléaire en Belgique ont directement défendu leurs chapelles, comme Thierry Saegeman. Puisque la meilleure défense est souvent l'attaque, il critique d'entrée de jeu le reportage, qu'il juge sensationnaliste et qualifie de "docu-drame (...) volontairement anxiogène et qui présente aussi des informations totalement fausses". Il s'indigne notamment d'entendre dans ce documentaire Jean-Marc Nollet, présent aussi sur le plateau, qualifier le sabotage de Doel 4 d'acte terroriste: "Le parquet fédéral a démenti qu'il s'agit d'un acte de ce type", avance-t-il.

Le député fédéral Ecolo, quant à lui, persiste et signe : il s'agit bien d'un acte potentiellement terroriste. Il trouve d'ailleurs scandaleux que l'on ne sache toujours pas qui est l'auteur de ces faits. "Il est possible qu'il travaille encore dans la centrale", s'inquiète-t-il, en précisant encore que Jan Bens avait d'abord affirmé qu'il ne voulait pas que Doel 4 redémarre avant d'avoir l'identité de l'auteur, avant de revenir sur sa décision et de relancer le réacteur.

L'intéressé répond et nuance les propos: " L'important, c'est que nous ayons pris les mesures pour faire en sorte que ça ne se répète pas. Que ce soit le coupable du sabotage ou un autre qui voudrait l'imiter". À l'instar de son confrère Thierry Saegeman, Jan Bens regrette le côté biaisé du reportage, qui liste les menaces possibles, sans jamais évoquer les mesures qui sont prises pour contrecarrer ces menaces. Tout en avouant qu'il n'a pas voulu apparaître dans le reportage: "Nous n'allions pas donner les détails des mesures que nous prenons pour réduire les risques, c'est là qu'intervient la confidentialité. On ne dit pas aux gens qui veulent commettre des actes malveillants comment on se protège contre eux", se justifie-t-il. 

"Nier la réalité ne va pas la faire disparaître"

Quand Sacha Daout lui demande si Greenpeace Belgique pourrait tenter une action similaire à celle de ses collègues français, qui se sont introduits sur un site nucléaire pour prouver le manque de sécurité, Juliette Boulet, porte-parole de l'association, ne dément pas. Oui, c'est possible. Selon elle, nier une réalité qui existe ne va pas aider à la faire disparaître, et c'est pour cette raison que Greenpeace se donne pour mission d'alerter la population sur les risques qu'engendrerait une prolongation du nucléaire. "Imaginez si ça n'avait pas été des activistes de Greenpeace, mais des djihadistes rompus au combat en Syrie?", renchérit Éric Guéret, réalisateur du reportage, qui a filmé pour son reportage l'action des militants de Greenpeace France. 

Face à ce débat polarisé opposant les acteurs de l'industrie nucléaire à leurs détracteurs, Eric Guéret propose la démocratie : selon lui, il faut désormais laisser les gens décider eux-mêmes du sort du nucléaire. Maintenant qu'ils sont informés et plus, selon ses dires, désinformés, ils doivent choisir eux-mêmes, en connaissance de cause des risques et des avantages qu'offre le nucléaire, ce qu'il convient de faire : sortir, ou prolonger? Une chose est sûre, le débat à propos de l'énergie nucléaire risque bien d'être prolongé encore quelques années. 

Retrouvez tous les meilleurs moments de l'émission A Votre Avis, ainsi que l'intégrale, sur la page Auvio de l'émission

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