La sécheresse perdure en Belgique: situation exceptionnelle? Va-t-elle durer encore longtemps?

Des pelouses rousses, des cultures à arroser ou même peut-être vos plantes d’extérieur, un soleil bien présent et une pluie bien absente. Il fait sec, très sec, le pays doit faire face à une vague de sécheresse.

Est-ce une situation exceptionnelle ? Pour y répondre, Pascal Mormal, météorologue à l’IRM (Institut royal météorologique de Belgique) était l'invité de Jour Première avec Sophie Brems. 

Pascal Mormal : Les deux derniers mois sont vraiment très secs. Si on regarde la station de référence, qui est Uccle, on a un duo mai-juin qui est le plus sec depuis le début des relevés. Donc effectivement, la situation est assez variable d’une région à l’autre, mais en tout cas, pour une grande partie du pays, on peut qualifier la sécheresse actuelle d’assez extrême.

Sophie Brems : L’année de référence, vous me disiez, c’est bien sûr celle de 1976, où là, on a vraiment connu une sécheresse importante et très longue. On n’est pas encore dans la même situation ?

Pascal Mormal : Non, il faut savoir que 1976 est vraiment une année tout à fait hors norme au niveau de la sécheresse, parce que la sécheresse était également combinée avec une importante vague de chaleur. À Uccle, on a par exemple observé 15 jours consécutifs entre la fin juin et le début juillet où les températures ont dépassé les 30 degrés, donc c’est tout à fait exceptionnel pour le pays. Ici, la sécheresse est assez intense, c’est vrai, mais les températures ne sont pas encore tout à fait exceptionnelles, puisqu’on n’a pas encore franchi le seuil des 30 degrés. Donc, quelque part, ça tempère un peu la gravité de la situation. Il faut savoir aussi que la fin de l’automne et le début de l’hiver ont été assez arrosés et assez pluvieux, donc quelque part la situation n’est pas si critique qu’elle pourrait l’être. Parce qu’il ne faut pas oublier que l’année passée, on avait également connu une longue période sans précipitations notables. Donc, heureusement quelque part qu’on a eu ces pluies assez abondantes de la fin de l’automne et du début de l’hiver.

De moins en moins de précipitations

Sophie Brems : Cette année vous faites quand même ce constat que de plus en plus, depuis les années 80, on a moins de précipitations.

Pascal Mormal : On ne peut pas dire qu’on a moins de précipitations. Au niveau des sécheresses, on ne peut pas encore vraiment parler d’une augmentation du phénomène. En revanche, on constate vraiment une augmentation sensible des vagues de chaleur. Par exemple, si on regarde la période depuis 1900 jusqu’à aujourd’hui, on voit que par exemple jusqu’aux années 1980, on avait environ une vague de chaleur et une vague de froid une fois tous les quatre ans. Or, aujourd’hui, depuis une trentaine d’années, les vagues de chaleur sont passées à une fois tous les deux ans, tandis que les vagues de froid c’est seulement une fois tous les 10 ans. Donc là, il y a vraiment quand même un marqueur assez sensible, on peut le dire, du réchauffement climatique, en tout cas pour nos régions.

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Le réchauffement climatique ?

Sophie Brems : Qu’est-ce qui explique cette sécheresse ? Il y a moins de dépressions ? C’est vraiment un phénomène météorologique ?

Pascal Mormal : Évidemment, ça peut faire partie tout à fait naturellement du climat belge, qui est un climat variable. Mais ce qui préoccupe un peu ici les scientifiques, c’est effectivement la répétition de ces systèmes de blocage. Il faut savoir que maintenant, depuis plusieurs semaines, voire même plusieurs mois, on est sous la protection d’un anticyclone qui nous empêche de "bénéficier" des précipitations qui nous viennent de l’océan. Pour l’instant, ces précipitations ont effectivement du mal à arriver jusqu’à nous, ce qui explique aussi le déficit important des pluies.

Sophie Brems : Des blocages qui existent alors depuis plusieurs années et qui se répètent, c’est ça  ?

Pascal Mormal : Oui, ce sont des blocages qui ont tendance à se reproduire un peu plus souvent ces dernières années. Maintenant, la période de référence d’étude est encore un peu trop courte pour vraiment en tirer des conclusions définitives, mais c’est vrai que c’est un phénomène qui tend à être assez préoccupant s’il devait se poursuivre dans le futur.

Sophie Brems : Et que l’on peut peut-être imputer au réchauffement climatique, mais ça, c’est évidemment le temps et le laps de temps qui nous le dira.

Pascal Mormal : Effectivement.

Le nord du pays le plus touché

Sophie Brems : C’est vrai qu’il y a eu quand même quelques pluies d’orage, surtout en France. Chez nous, ces pluies d’orage sont un peu remontées dans le sud du pays et la Flandre semble plus touchée par la sécheresse. On est un petit pays, mais il y a parfois vraiment des inégalités comme ça dans la météo.

Pascal Mormal : En tout cas, pour le moment, on constate que c’est vraiment au niveau du sud du sillon Sambre-et-Meuse qu’on est le moins touché. Par contre, toute la partie nord du pays est vraiment très impactée. C’est d’une part lié au fait qu’en Flandre, les nappes phréatiques sont davantage des nappes de surface, alors qu’en Wallonie on bénéficie de nappes un peu plus profondes. On a aussi la chance d’avoir des barrages, donc quelque part, les réserves en eau potable sont quand même un peu plus importantes qu’en Flandre. Aussi, il y a eu fin mai-début juin une série d’orages assez importants. Même s’ils étaient localisés, ces orages ont quand même donné des quantités de précipitations assez importantes et ils ont évidemment davantage touché le sud du pays, ce qui explique un peu qu’il y a eu plus de précipitations et qu’on est donc un peu moins dans une situation de sécheresse dans le sud du pays.

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Est-ce que cela va durer ?

Sophie Brems : Oui, la Flandre qui a par exemple interdit de fumer dans certains domaines provinciaux. Le feu d’artifice a été annulé hier soir à Alost, le feu d’artifice pour la Fête de la Communauté flamande. Un petit mot encore : est-ce que ça va durer ?

Pascal Mormal : Là pour le moment, on va encore avoir de très belles journées jusqu’au week-end puis au début de la semaine prochaine. Les températures vont remonter vers les 30 degrés, même dans le centre du pays. À partir du milieu de la semaine prochaine, on peut s’attendre éventuellement à quelques orages et peut-être à un retour temporaire d’un flux d’ouest, donc un flux qui pourrait quand même nous amener des perturbations et un peu de pluie, mais on ne peut pas encore quantifier ces pluies. En tout cas, il est peu probable qu’elles vont suffire, dans un premier temps en tout cas, à recharger les sols et à recharger les nappes phréatiques. Donc, la situation reste encore assez tendue pour les prochains jours et malheureusement aussi pour les prochaines semaines.

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