La schizophrénie nous réserve encore des surprises

La recherche sur la schizophrénie avance.
La recherche sur la schizophrénie avance. - © IFPA

Tanya Luhrmann, anthropologue et psychologue américaine, a mené une enquête sur l'influence du contexte culturel sur les schizophrènes. La où l'étude devient originale, c'est qu'elle a comparé plus de soixante patients, venant de trois pays de continents différents (USA, Ghana, Inde). Les résultats des patients américains sont édifiants, ceux des ghanéens stupéfiants, ceux des indiens particulièrement amusants.

Avec plus de 50 millions de personnes touchées par la schizophrénie, cela en fait une des maladies mentales les plus répandues dans le monde, avec les troubles bipolaires, les troubles obsessionnels-compulsifs et les troubles "borderline". Et dans 20 à 30% des cas de schizophrénie avérée, cela abouti à des hallucinations auditives.

C'est précisément une découverte sur les hallucinations auditives que l'on doit à Tanya Luhrmann et à son équipe de recherche de Standford : les voix qu'entendent les patients atteints de schizophrénie varient selon les contextes culturels des malades.

Les patients atteints ne sont donc pas égaux devant la maladie, d'un continent à un autre, les troubles rencontrés diffèrent énormément.

"Les scientifiques spécialisés en psychiatrie ont tendance à ne pas étudier la variation culturel dans le processus de la maladie. Alors qu'on devrait le faire. C'est important pour la recherche et cela peut nous en apprendre beaucoup plus sur les maladies psychiatriques" précise Tanya Luhrmann.

"Nous avons demandé aux participants s'ils savaient qui leur parlaient, s'ils avaient des conversations avec ces voix et que leur disaient ces voix. Ensuite, nos questions se sont concentrés sur la perception que les schizophrènes avaient de ces voix : qu'est-ce qui est le plus dérangeant dans celles-ci et ont-ils fait l'expérience de voix "positives". Pour finir, nous leur avons demandé si les voix qu'ils entendaient évoquaient la question de Dieu ou du sexe", ajoute-elle.

Des résultats très variés

Alors qu'un bon nombre des patients ghanéens et indiens ont indiqué entendre des voix "positives", aucun américain n'a fait la même déposition sur les vingt patients étudiés. Ces patients étasuniens sont d'ailleurs plus nombreux que leurs homologues africains et asiatiques à ressentir ces voix comme "un véritable bombardement" et souvent "très violentes". Lurhmann enchaîne en énonçant que ces patients, dans la majorité des cas, ne savaient pas qui leur parlaient. Elle remarque que d'une manière générale, ces malades avaient une relation moins personnelle avec leurs voix que les deux autres groupes étudiés.

Au Ghana, où la société accepte plus facilement que les esprits existent, peu ont évoqué ces expériences comme mauvaises. Que du contraire. La moitié de l'échantillon ghanéen décrivaient ces voix comme "positives". Traditionnellement, le pays est très religieux et l'étude le confirme : 16 patients assimilent ces voix à celles de Dieu.

En Inde, 11 patients sur 20 ont déclaré que ce sont des voix douces, voir des voix familières qui leur parlaient. Certains évoquent la métaphore d'un aîné qui conseille un cadet. Les voix qui se manifestent sont ressenties comme spirituelles, magiques, voir agréables (c'est la communauté de patients qui a le plus de voix qui leur parlent de sexe). Pour s'en rendre compte, un patient a avoué que les voix lui ordonnaient souvent de... faire le ménage ! 

Vers de nouvelles solutions thérapeutiques

Cette étude fait avancer la recherche sur la maladie au stade supérieur. Grâce à son travail, nous pouvons désormais affirmer que les schizophrènes d'une société individualiste (USA) ne vivent pas leur maladie comme un patient venant d'une société collectiviste (Ghana, Inde). 

Mais pour Tanya Lurhmann, l'avancée majeure réside dans une nouvelle approche thérapeutique. "L'accent va pouvoir être mis dorénavant sur l'amélioration des relations qu'entretiennent les malades avec leurs voix intérieures. On va les aider à nommer ces voix, à les identifier précisément. En faisant cela, à l'avenir, nous espérons pouvoir diminuer leurs 'voix destructrices'".

Mathieu Menif avec Slate

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