La sœur d'Oussama Zariouh parle: "Mon frère n'était pas un extrémiste"

L'enquête se poursuit autour d'Oussama Zariouh, l'auteur de l'attentat manqué de la gare Centrale à Bruxelles, mardi soir. Les enquêteurs tentent de déterminer qui était véritablement ce Marocain de 36 ans, abattu par un militaire alors qu'il projetait de commettre un carnage. Loup solitaire? Membre d'un réseau? Acte d'un déséquilibré? 

Après des perquisitions et des interpellations menées ce mercredi, la RTBF a pu interviewer longuement par téléphone Imane, la plus jeune sœur d'Oussama Zariouh. Celle-ci vit à Nador, dans le nord du Maroc avec les parents du terroriste présumé. Elle ne croit pas à la version officielle.

"Oussama était un musulman normal"

"Oussama était une personne totalement normale, un enfant aimé de ses parents, attentif à ses parents", raconte Imane, qui a appris tardivement l'implication de son frère dans l'attaque de mardi soir. "Tout le monde le connaissait, tout le monde le connaissait comme une personne normale. La famille, les voisins, on a été étonné d'entendre ce qui s'est passé. Il travaillait, il avait sa voiture, sa maison..."

Pour Imane, Oussama n'a pas pu se radicaliser, au point de vouloir passer à l'acte. Toujours selon la famille, il pratiquait sa religion, l'islam, "de manière paisible". "Il priait, faisait son ramadan comme un musulman normal, comme peut l'être un catholique ou un juif normal. Moi, je suis sa sœur: il ne m'a jamais demandé de porter le hijab (le voile islamique). Par contre, Oussama aimait la vie. Il avait des projets. Il était sur le point d'acheter un taxi à Bruxelles. Il avait le projet de se marier, il devait revenir au Maroc, après le Ramadan, pour se fiancer. Malheureusement, il a été tué trop tôt."

"Mon frère condamnait les attentats"

"Jamais de la vie", expliquent les proches d'Oussama Zariouh, ce dernier n'a parlé d'une sympathie éventuelle pour le groupe terroriste Etat islamique ou d'un départ en Syrie ou en Irak. Pourtant, les enquêteurs ont bien retrouvé au domicile molenbeekois d'Oussama des indices semblant "démontrer que le suspect avait des sympathies pour l'organisation terroriste EI", comme l'a indiqué le parquet fédéral mercredi. "Mon frère était contre ça. Il n'a jamais parlé de cela. Une fois, il a parlé des attentats pour dire qu'il était contre. Il était éloigné de tout cela. Pourquoi? Parce qu'il vivait déjà sa vie, il travaillait dans une boutique de télécoms. Il n'avait pas le temps de penser à tout cela."

Qu'a-t-il donc pu se passer? Pour Imane, ce qu'on reproche à son frère doit être prouvé. "Il n'y a pas de preuves. On veut voir les vidéos. Il y a tout de même des caméras dans la gare, non? On veut avoir une preuve (de sa présence) car c'est facile de déclarer: Oussama Zariouh a commis un attentat en Belgique. Moi aussi je pourrais affirmer n'importe quoi. Mais il nous faut des preuves (de son implication), surtout quand les autorités disent qu'on a trouvé des documents de Daesh à son domicile."

Un avocat en Belgique

Outre Oussama, deux autres membres de la fratrie Zariouh (qui compte six enfants) vivent en Belgique. "Nous allons prendre un avocat pour savoir ce qui s'est passé, qu'on nous apporte des preuves, des enregistrements. A mon frère et à ma sœur, on leur a juste annoncé qu'il était mort et qu'il était l'auteur de l'attentat, c'est tout."

Au Maroc, la police judiciaire locale a également effectué son enquête. "Mon père a été interrogé. Ici aussi, on lui a juste dit qu'Oussama qu'était mort, rien de plus."

Les proches d'Oussama Zariouh se déclarent sous le choc. "Ma mère a dû être hospitalisée. Moi-même j'ai dû aller à l'hôpital." Le papa, également souffrant, considérait Oussama comme "son fils préféré. Tout le monde l'adorait."

"Pourquoi a-t-il été abattu"?

Aujourd'hui, les Zariouh veulent connaître les circonstances de l'intervention des militaires dans la gare Centrale. "Nous voulons savoir. Pourquoi a-t-il été abattu? Pourquoi ne donnent-ils pas de preuves de l'implication de mon frère? Pourquoi lui a-t-on tiré une balle dans la tête alors qu'ils auraient pu viser les jambes?" Selon l'enquête du parquet de Bruxelles cette fois, "il ressort des premiers éléments de l'enquête et notamment du visionnage des caméras de surveillance, que les militaires ont ouvert le feu sur le suspect alors que celui-ci s'approchait dangereusement d'eux. En effet, l'auteur des faits courait vers les militaires avec un objet dans la main et criait "Allah Akbar". Selon nos informations, Oussama Zariouh a été touché au thorax et pas à la tête.

Imane Zariouh lance enfin un message à la presse. "Journalistes, cessez d'écrire n'importe quoi! J'ai lu qu'Oussama ne s'entendait pas avec sa famille. C'est faux! Je suis sa petite sœur et on discutait tout le temps. Il m'a appelée pour me souhaiter un bon ramadan. On dit aussi qu'il était extrémiste. C'est faux!"

Deux explosions gare Centrale

Pour rappel, selon les premiers éléments de l'enquête, Oussama Zariouh est entré à 20h39 dans la gare centrale. "Il est passé par la salle des guichets, puis est descendu en direction de voyageurs qui se trouvaient au pied des escaliers. Après s'être un peu éloigné, il est revenu au milieu de ce groupe à 20h44. Il a saisi sa valise en criant et en provoquant une explosion partielle. Heureusement, personne n'a été blessé", a communiqué mercredi le parquet fédéral.

 "La valise a immédiatement pris feu. L'homme a alors abandonné son bagage en flammes et est descendu sur le quai à la poursuite d'un chef de gare. Entre-temps, le sac a explosé une deuxième fois de façon plus violente. Il contenait des clous et des bonbonnes de gaz. L'homme est ensuite remonté dans le hall où il s'est précipité sur un militaire en criant " Allah Ouakbar ". Le militaire a immédiatement ouvert le feu en touchant l'individu à plusieurs reprises. Cet individu est décédé sur place, des suites de ses blessures."

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