La révolution du renseignement géospatial: une start-up belge voit grand

La révolution du renseignement géospatial
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Cela fait moins de deux ans que l’ingénieur Benoit Deper a lancé sa start-up Aerospacelab à Mont-Saint-Guibert. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que l’entreprise belge a de l’ambition puisqu’elle compte devenir un des leaders mondiaux du renseignement géospatial. Jusqu’il y a peu, le renseignement via satellite était uniquement réservé aux grandes puissances comme les Etats-Unis, la Russie ou la Chine, et essentiellement à des fins militaires et stratégiques. Mais aujourd’hui, avec la miniaturisation des satellites, les choses bougent. Actuellement, un satellite coûte environ 50 000 euros/ le kilo en production, et il faut compter la même chose pour le lancement, nous explique Benoît Deper. En comptant que les petits satellites d’observation pèsent environ 30 kilos, cela signifie qu’à partir de 3 millions d’euros, on peut déjà envisager d’envoyer son propre satellite. Aerospacelab a d’ailleurs l’ambition d’en envoyer cinq en orbite d’ici la fin de l’an prochain. On envoie ces satellites en orbite basse, c’est-à-dire entre 300 et 600 kilomètres d’altitude. Ensuite, ces satellites, on peut les positionner et les faire pointer vers une zone d’intérêt au sol. Et là, on prend une photo, et puis on en extrait l’information pour nos clients. La particularité d’Aerospacelab est que l’entreprise gère toute la chaîne, depuis la fabrication des satellites jusqu’à l’analyse des images et l’offre de renseignements géospatiaux aux clients intéressés, qu’il s’agisse d’entreprises ou d’autorités publiques.

Qui a besoin de renseignements géospatiaux ?

Les renseignements que l’on peut extraire d’images satellite sont souvent impressionnants de précision. Jonathan Denies, qui a rejoint le projet dès le tout début, nous montre à titre d’exemple des images des dépôts pétroliers du port d’Anvers. Rien qu’en voyant ces cuves d’en haut, on peut connaître la quantité de carburant qu’il y a dans chacune. Comment ? Et bien parce que le plafond de chaque cuve monte et descend, en fonction du niveau. Et plus il est bas, plus l’ombre observée sur l’image est grande. Un algorithme permettra donc de calculer en quelques secondes la quantité totale des réserves dans une zone donnée. Aux Etats-Unis, des investisseurs se basent aujourd’hui sur des renseignements géospatiaux pour anticiper le cours boursier d’une chaîne de supermarchés comme Walmart. Les images satellites permettent en effet, en temps réel, de compter le nombre de voitures sur chaque parking de magasin.

Les renseignements géospatiaux peuvent aussi intéresser les autorités publiques. En Australie, le gouvernement s’est appuyé sur des images satellite pour définir le nombre de piscines construites sans permis. En cas de catastrophe naturelle, les renseignements géospatiaux permettent d’identifier de manière très rapide et très complète les routes qui restent accessibles après des inondations ou un tremblement de terre. Ce qui peut être utile pour des services de secours. On peut aussi imaginer une situation où des gens doivent être évacués d’une zone en crise, précise Benoît Deper. Quand on a plusieurs satellites déployés, ils passent au-dessus d’une même zone sur une base très régulière, toutes les heures, toutes les demi-heures…

Espionnage moderne ?

Le cadre légal pour ce type d’activités est encore balbutiant. Rien n’a vraiment été adapté depuis la guerre froide, admet Benoît Deper. Aucun obstacle à ces activités ne se dresse donc pour le moment. Et à la question de savoir s’il s’agit d’espionnage, le fondateur d’Aerospacelab se défend. Nous pouvons observer des objets de plus d’un mètre, comme des voitures par exemple. Et il faut préciser que nous pouvons voir un objet à un instant T mais que nous ne pouvons pas le traquer. Nous ce qui nous intéresse, c’est le macro, le côté flou de l’information. On ne fait pas du micro. Nous ne sommes certainement pas des espions.

Aerospacelab est aujourd’hui la seule entreprise européenne à proposer ce service. Et à l’échelle mondiale, seules deux entreprises américaines font la même chose. Notre ambition est de rendre le renseignement géospatial accessible à tous. Je ne peux pas vous donner de prix, mais l’objectif est qu’il soit proportionnel aux informations fournies, autrement dit que ce soit rentable pour les clients de faire appel à nous. Aerospacelab comptait 5 employés en mars 2018, il y en a aujourd’hui 44. On ambitionne encore de doubler ce chiffre l’an prochain, nous explique l’ambitieux patron. Reste à trouver les profils. 90% des employés sont des ingénieurs spécialisés en électronique, en sciences géospatiales ou encore en intelligence artificielle, et beaucoup viennent de l’étranger.

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