La revendication des attentats par Daesh: entre mensonge, stratégie et propagande

Le lieu où ont été blessés deux militaire de faction, boulevard Emile Jacqmain.
Le lieu où ont été blessés deux militaire de faction, boulevard Emile Jacqmain. - © LAURIE DIEFFEMBACQ - BELGA

Par un communiqué d’Amaq, le groupe terroriste État islamique (Daech) a revendiqué l’attaque commise vendredi soir à Bruxelles par Haashi Ayaanle, un Belge d’origine somalienne. L’assaillant était l’un des soldats de l’État islamique peut-on lire dans ce communiqué. Cette revendication est-elle crédible ? C’est ce que nous avons demandé à Michael Dantinne, criminologue et coordinateur du centre d’études sur le terrorisme et la radicalisation à l’ULg.

Le désir d’être crédité des attentats commis

Crédible, cette revendication l’est certainement assure Michael Dentinne, dans la  mesure où elle émane de l’agence officielle de communication de l’État islamique, ce qui est une de ses particularités. "Mais il faut bien réfléchir à ce qu’est une revendication. C’est un acte de réclamation. Si on définit simplement le terrorisme comme le fait, pour un groupe terroriste, d’essayer d’infliger des dommages insupportables à ce qui est identifié comme un adversaire pour qu’il cède ou qu’il crée lui-même sa propre perte, il faut le signer et c’est ça la revendication. Ça l’est à un point tel dans l’histoire, par exemple, qu’un certain nombre de groupes indépendantistes allaient jusqu’à donner les identités des assaillants, les numéros de série des armes ou les projectiles utilisés dans un attentat pour que l’acte leur soit bien crédité. "

Un acte de recrutement et un acte de polarisation

La question et aussi de savoir si Daech ne revendique pas tous les actes commis par des isolés pour faire croire à sa suprématie ou pour cacher des faiblesses.

Pour Michael Dantinne, nous vivons dans une phase historique d’exportation du djihad depuis que les vannes des voyages en Syrie et en Irak sont fermées pour les raisons que l’on connaît. Je ne dirais pas qu’ils vont revendiquer tout, ils vont peut-être procéder plutôt par contre-indication. " Il faut réfléchir à ce qu’une revendication tend à faire. C’est un acte fédérateur pour les sympathisants, un acte surmotivant, qui peut pousser au passage à l’acte de ceux qui y sont tout près. C’est un acte de recrutement et un acte de polarisation".

Pour savoir ce qui va être revendiqué, explique le criminologue, il faut se baser sur la dialectique du communiqué. "C’est toujours la même chose. C’est un acte qui va être signé pour désigner le camp des ‘kufars’ (mécréants, athées) et les cavaliers du djihad pour polariser ce monde. Et si ces indications sont là, l’EI va revendiquer l’attaque"

Vers une banalisation des attentats

Ce genre d’action, comme l’attaque des militaires en rue a-t-elle encore un effet sur la population ? Ne s’installe-t-il pas une forme de lassitude à côté de tout cela ?

Pour Michael Dantinne plutôt que de lassitude, il faudrait parler de banalisation. "C’est à la fois étrange et inquiétant. Même pour Daech, ce devrait être une source de réflexion. Quand il y a un temps de latence entre le moment d’une attaque et celui de sa revendication, cette dernière est accueillie avec ‘soulagement’. Cela permet de catégoriser les faits: "Oui, c’est un acte terroriste". Il ne faudrait pas que, dans les citoyens lambda, en arrivent à être soulagés d’apprendre que c’est un attentat. Comme s’il était plus normal de mourir de la main d’un sympathisant de Daech que de celle d’un déséquilibré, auquel cas, ce serait la faute à ‘pas de chance’. En réalité, c’est la faute ‘à pas de chance’ et c’est inacceptable dans les deux cas "

Au vu des procédés utilisés par les terroristes (véhicules-béliers, couteaux…), l’État islamique semble faire la preuve de son son incapacité à monter des opérations d’envergure. Mais pour Michael Dantinne, il existe vraiment une volonté de faire plier l’adversaire par des attaques isolées, non coordonnées, mais qui germent de partout. " C’est évidemment quelque chose d’anxiogène. Mais n’oubliez jamais que le terrorisme, est une étiquette que nous collons sur un acte, nous allons le définir comme terrorisme. Et il faut bien aussi savoir que pour toute une série de sympathisants, ce même acte n’est pas un acte terroriste, c’est un acte de légitime défense. Il faut toujours garder à l’esprit que le terrorisme et l’attentat parlent de manière différente, à partir des mêmes faits, à des groupes opposés."

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