La reconnaissance faciale, alliée de la sécurité, beaucoup moins de la liberté individuelle

La reconnaissance faciale est une technologie qui a déjà bien colonisé notre quotidien au travers de nos objets connectés. Elle a aussi investi certains lieux publics pour des raisons de sécurité comme les aéroports. Elle est omniprésente dans des pays comme la Chine où tous les citoyens sont littéralement pistés. Mais elle pose un certain nombre questions éthiques, notamment sur l’utilisation de nos données personnelles, en particulier nos données biométriques. Et notre législation pour le moment n’a encore rien prévu en matière de reconnaissance faciale.

Nous allons vivre une expérience assez épatante, nous embarquons en voiture avec Clémentine François et Jérôme Wertz, les deux cofondateurs d’une petite start-up liégeoise. La voiture équipée d’une caméra va nous servir pour l’expérience. La jeune femme va, imperceptiblement, tomber dans les bras de Morphée. C’est alors que retentit une alarme. Un petit dispositif intelligent, a apparemment détecté sa somnolence. Leur logiciel a émis une alarme pour avertir la conductrice qu’elle s’endort et qu’elle doit impérativement s’arrêter.

Heureusement, il ne s’agissait que d’une simulation mais sur nos routes, la somnolence au volant est responsable de 20% des accidents graves.

Le logiciel traque, entre autres, l’ouverture de l’oeil

« Ce que l’on voit sur l’écran, c’est l’image de mon visage dans l’infrarouge, dans laquelle on analyse l’ouverture de l’œil (..) et on peut voir qu’il y a aussi des repères au niveau du nez qui permettent de voir l’orientation du visage », explique Jérôme Wertz.

Grâce à toutes ces informations, le logiciel en question, peut déduire l’état de vigilance, de stress de la personne. « C’est complexe parce qu’il ne s’agit pas juste de développer des algorithmes, il s’agit de comprendre l’être humain. Nous travaillons en collaboration avec des experts en facteurs humains, en médecine, en médecine du sommeil et évidemment des ingénieurs », précise Clémentine François, responsable scientifique de la société.

En réalité, ce logiciel utilise ce qu’on appelle la reconnaissance faciale. Une technologie qui permet d’identifier une personne à partir de l’image de son visage et de vérifier qu’elle est bien la personne qu’elle prétend être.

Des points précis du visage pour créer une empreinte faciale

Concrètement, à partir d’une photo ou d’une vidéo, un logiciel génère une empreinte faciale. Cette empreinte s’appuie sur des points précis du visage, la base des oreilles, la distance entre les deux pupilles, la forme du nez, celle des sourcils et même du grain de la peau. L’empreinte ne tient ni compte des cheveux ni des vêtements. On peut ensuite comparer l’empreinte aux visages présents dans des bases de données. Les applications sont multiples.

La reconnaissance faciale permet déjà, par exemple, de déverrouiller notre smartphone. Mais elle a aussi, pour des raisons de sécurité, investi les aéroports, où l’on peut ainsi vérifier un passeport en comparant la photo avec l’image de la personne sur une caméra.

Au carnaval de Nice cette année, les autorités de la ville ont même expérimenté une recherche de personnes au milieu de milliers d’autres. 1000 volontaires avaient donné leur accord pour se faire pister dans la foule.

La reconnaissance faciale à la rescousse des disparus

Chez nous, la reconnaissance faciale pourra peut-être aider à retrouver des personnes disparues. Olivier Bogaert, Commissaire à la Computer Crime Unit de la police fédérale nous éclaire : « Grâce à l’interconnexion des services offerts par les transports en commun, on pourrait imaginer, qu’un logiciel de reconnaissance faciale, ayant été informé de la disparition de la personne, pourra la localiser et signaler instantanément qu’elle est peut-être à tel endroit. Ce qui permettra à la police d’intervenir rapidement si c’est une personne dont la vie est en danger ».

A risque pour notre liberté individuelle

Mais, alliée de la sécurité, la reconnaissance faciale peut aussi poser des risques pour la liberté individuelle. La Chine, avec ses 200 millions de caméras installées, surveille, au sens propre du terme, les allées et venues de tous ses citoyens. Dans certaines provinces, la police est équipée de lunettes capables d’identifier les plus de 16 ans, en moins d’une seconde. Pire, ceux qui traversent au rouge au passage pour piétons ou commettent une autre infraction au code de la route sont publiquement dénoncés.

Pour Olivier Bogaert, c’est une question de législation de choix qui ont été faits au niveau du pays : « C’est la loi qui prévoit là-bas que les images peuvent être utilisées pour établir une cotation d’un citoyen dans son comportement. Et le citoyen considéré comme fautif, peut se voir refuser un certain nombre de choses ».

Chez nous, on n’en est pas encore là. La législation sur l’utilisation des images de caméras de vidéosurveillance vient d’être adaptée pour les caméras intelligentes. Mais elle devra encore évoluer si l’on veut vraiment encadrer la reconnaissance faciale.

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