La recherche fondamentale en Belgique: un investissement nécessaire

Quel avenir pour la recherche en Belgique? Chat ce mercredi à 12h
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François Englert, codécouvreur du Boson de Higgs, est le onzième Belge à se voir décerner un prix Nobel. Quelles sont les conséquences d'une telle consécration ? Permet-elle d'aider le secteur de la recherche en Belgique ? Quel avenir avec la régionalisation de cette matière ? Philippe Toint, vice-recteur de la Recherche, et André Fuzfa, professeur au département de mathématique à l'Université de Namur ont répondu aux questions de nos internautes. Pierre Vanderhaeghen, plus jeune prix Francqui de l’histoire, a également donné son avis assez critique.

La recherche fondamentale représente "le socle des recherches plus appliquées, qu'elles soient technologiques ou sociales. Elle sont donc un vrai investissement dans le futur !" s'exclame Philippe Toint. Elle n'a certes pas de rentabilité sociale immédiate, mais elle reste incontournable. "Bien des collègues en Belgique, à l'étranger et moi-même travaillons sur la nature de la gravitation, la composition de l'Univers, les possibles nouvelles particules élémentaires, et bien d'autres choses fondamentales encore", explique André Fuzfa.

Mais les difficultés sont légion. La question du financement n'est pas des moindres: "Je dirais que c'est plus difficile au niveau de l'obtention des financements: il faut convaincre de l'intérêt de ces questions, de la faisabilité du programme de recherche malgré son caractère spéculatif ou risqué. Des gens comme Brout, Englert et Higgs ont été des visionnaires, et au début ça n'est pas si bien passé que ça... ", ajoute André Fuzfa.

Fuite des cerveaux

Et la cohorte des chercheurs qui déserte le pays s'agrandit. "La Belgique perd 21,7% de ses chercheurs, et accueille par contre 18.2 % d'étrangers", précise Philippe Toint. "Ce solde déficitaire global est propre à notre pays (France: solde + 5%, Pyas-Bas : + 1.3 %, USA : + 32.9%, Suède : + 23.7%)", précise-t-il. "Les débouchés en tant que chercheurs et professeurs dans les universités sont en effet trop rares". Si les initiatives pour retenir les chercheurs existent, elles restent rares...

Or, ajoute André Fuzfa, "il ne faut pas non plus penser que ces recherches sont inutiles: elles ont bien des retombées dans la vie de tous les jours, un jour ou l'autre. Les retombées peuvent être directes ou indirectes. Quelques exemples que vous pouvez étayer à l'aune de l'histoire des sciences: Copernic et le développement de la physique de Newton et du calcul infinitésimal ; les théories de la relativité et le GPS ; la recherche du boson de Higgs et le développement technologique de la supraconductivité (au LHC) et du World Wide Web (au CERN)".

Mais "la tendance générale à la baisse des crédits de recherche se confirme. Au niveau wallon, - 13% entre 2009 et 2013, au FNRS : -2% entre 2011 et 2013" regrette Philippe Toint.

Mais c'est aussi une question d'attractivité: le rôle de l'école est souligné par nos intervenants. "Générer des vocations est une utilité à court terme de la recherche fondamentale, ces vertus technologiques n'apparaissent que bien plus tard, et avec une bonne dose de recherche appliquée. Elle doit donc garder une présence forte au niveau de la recherche universitaire mais ne doit pas au détriment de la recherche fondamentale pour laquelle l'université est la seule niche", ajoute André Fuzfa.

L'"impact sociétal", une notion dangereuse?

Mais en quoi le paysage de la recherche est-il différent aujourd’hui, par rapport à l'époque où François Englert a mené ses recherches? 

"Je suis très content qu’il y ait un Nobel belge vivant", réagissait  Pierre Vanderhaeghen. Le scientifique a participé à la rédaction d'une carte blanche qui critiquait vivement la proposition de Jean-Marc Nollet, ministre de la Recherche en Fédération Wallonie-Bruxelles, de sélectionner les projets de recherche fondamentale sur base de leur "impact social potentiel".

Si "c’est normal que le pays s’enorgueillisse" d’une telle nouvelle, "il ne faut pas que l’arbre cache la forêt".

"Nous avons encore de très belles pousses", ajoute-t-il. Mais, et c’est ce qu’il critiquait dans une carte blanche, "la recherche de base est vraiment insuffisamment financée par rapport à la recherche appliquée". "La recherche ne doit pas nécessairement permettre la création de cinq industries sur le sol wallon dans les mois qui suivent une découverte", dit-il.

Revenant sur "l’impact sociétal" comme critère de sélection des recherches que le ministre Jean-Marc Nollet voulait instaurer au FNRS : "C’est prendre les scientifiques pour ce qu’ils ne sont pas, et limiter leurs recherches à ce qui est directement utile aux gens".

On fait le mieux pour tout le monde en soutenant la meilleure recherche qui soit pour la connaissance. Il ne veut pas "jeter la pierre sur les décideurs", mais il espère que la reconnaissance des travaux de François Englert permettra un meilleur soutien à la recherche sur le long terme.

RTBF

 

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