"La violence sexuelle envers les femmes n'a pas attendu l'arrivée des réfugiés"

"La question de la violence sexuelle envers les femmes n'a pas attendu l'arrivée des réfugiés"
"La question de la violence sexuelle envers les femmes n'a pas attendu l'arrivée des réfugiés" - © SISKA GREMMELPREZ - BELGA

"Les victimes de viol l'ont bien cherché." C'est une phrase qu'on entend régulièrement... La société fait encore trop souvent peser sur les victimes de viol la responsabilité de cet acte violent qu'elles ont pourtant subi.

Deux cas de viols nous le rappellent tout récemment.

Une jeune femme de 17 ans a subi un viol collectif au mois de novembre à Ostende. Inconsciente au moment des faits, elle ne s'en rappelle pas. Elle a appris les faits la semaine passée lors de la découverte d'une vidéo que ses agresseurs avaient réalisée. Parmi les 7 agresseurs, dont deux étaient des réfugiés irakiens, certains ont prétendu qu'elle était consentante, d'autres que les femmes, de toute façon, doivent "écouter les hommes et éviter de se plaindre".

Le bourgmestre d'Ostende Johan Vande Lanotte (sp.a) a immédiatement réagi en déplorant que certains immigrés récemment arrivés ont une représentation erronée de la femme.

"Les conversations à teneur sexuelles auraient créé des attentes" chez le violeur

Mais cette représentation choquante ne se limite pas aux immigrés, loin s'en faut. Une seconde histoire toute récente nous le rappelle. Il s'agit d'un animateur radio d'une trentaine d'années qui était jugé mercredi à Gand. Il ne nie pas les faits, mais à part les 4500 euros dont il devra indemniser la victime, il n'a pourtant écopé d'aucune peine. "La femme a participé jusqu'à un certain moment à un jeu de séduction qui a débouché sur les faits", d'après le jugement rendu. Et le juge de poursuivre : "Les conversations à teneur sexuelles auraient créé des attentes" chez le violeur, qui les aurait mal interprétées.

Tant dans le premier cas que dans le second, "on" estime que la femme a sa part de responsabilité dans ce qui s'est passé. Et si même la justice aboutit à ce type de conclusions, l'image de la victime de viol, "pas si victime que cela", reste ancrée dans la société.

"La tentation est toujours grande de faire porter la responsabilité à la victime, réagit Joelle Delmarcelle, psychologue chez SOS Viol. C’est un combat permanent qui dure depuis des années et, quand on entend des cas comme ceux-là, le changement des mentalités n’est pas prêt de se faire."

"Tu l’as quand même un peu cherché"

C'est une phrase qu'on entend régulièrement quand on parle de viol. C'est malheureusement le cas dans l'ensemble de la société. La psychologue insiste : les demandeurs d'asile, pointés du doigt ces derniers mois, ne sont pas à l'origine de ce problème auquel les femmes sont confrontées. Cette situation se retrouve le plus souvent au sein-même des familles : "La question de la violence sexuelle faite aux femmes n’a pas attendu l’arrivée des demandeurs d’asile. Le problème est beaucoup plus large, et il se situe d’abord au sein même de la sphère sociale et familiale de la victime. Donc, la plupart des femmes victimes de viol connaissent leur agresseur".

Très souvent, la responsabilité est rejetée sur la femme victime. Il y a le regard, le doute, la peur de ne pas être crue.

Tout cela complique la possibilité pour une victime de se livrer. "Or, on sait que c’est particulièrement important pour quelqu'un qui a vécu un tel traumatisme de pouvoir en parler à quelqu’un d’extérieur pour pouvoir se reconstruire. Mais si le retour est fait de suspicions et de doutes, cela ne favorisera pas la prise de parole par la victime", conclut Joëlle Delmarcelle.

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