La qualité du service des urgences est en danger

La qualité du service des urgences est en danger
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Un nouveau système de financement des services d’urgences des hôpitaux prévoit des budgets calculés en fonction du nombre de patients qui passent aux urgences dans chaque hôpital. Le système déjà en application partiellement entrera complètement en vigueur en 2017 et plusieurs hôpitaux tirent aujourd’hui la sonnette d’alarme. Certains, disent-ils, risquent avec ce système de perdre une partie de leur financement et de devoir se défaire de la moitié voire même des deux-tiers de leur personnel.

Invité de L'Expresso sur La Première, Renaud Mazy, l’administrateur délégué de l’UCL témoigne : "C’est un système qui à l’origine pouvait sembler un peu plus juste puisqu'il prévoit le financement en fonction du nombre de passages au niveau des urgences. Mais pour pas mal d’hôpitaux académiques dont Saint-Luc, ça a un effet délétère puisque ça va nous faire perdre le financement de 26 infirmières au niveau des urgences dans des services qui sont déjà très saturés".

Les cliniques universitaires Saint-Luc disposent pourtant d'un gros service d'urgences, alors comment expliquer ces pertes d'emploi à venir ? "Le service des urgences de Saint Luc est un des plus grands du pays avec un bâtiment qui est en pleine croissance justement pour suivre cette croissance, cette demande", explique Renaud Mazy, "ici en fait, comme nous ne faisons pas passer tous les patients par les services des urgences, nous allons perdre en partie du financement par rapport aux hôpitaux qui font passer tout le monde par les urgences. Un exemple : une mère qui vient accoucher ne passe pas par les urgences à Saint-Luc. Dans d’autres services d’urgences, elle est accueillie au niveau des urgences et part ensuite au bloc d’accouchement. C’est valable aussi pour les patients gériatriques".

Autrement dit, ce nouveau système de financement va avoir un effet pervers. Alors que depuis plusieurs années on essaye de désengorger les urgences, certains hôpitaux vont faire passer un grand nombre de patients par les urgences alors qu’ils pourraient passer par les consultations, tout cela pour obtenir des budgets.

"C'est ça qui est le plus délétère, c’est que Saint-Luc, depuis des années, est précurseur en matière de désengorgement des unités d’urgences. Nous avons mis en place un centre de médecine d’urgence en face de médecine généraliste, juste en face du service des urgences de Saint-Luc, justement pour désengorger nos services des urgences. Et ce système-là pourrait pousser tout le monde justement à faire passer l’ensemble des patients par les services des urgences. C’est une enveloppe fermée et donc celui qui a le plus de patients qui passent aux urgences aura le plus de financements et les autres perdront", explique l’administrateur délégué de l’ULC.

Cette mesure de financement a pourtant été discutée avec l’INAMI et avec des représentants des hôpitaux. Mais selon Renaud Mazy, "la conférence des hôpitaux académiques n’a cessé de protester auprès de la ministre Onkelinx contre ce système qui bien malgré tout l’a mis en place. Dans une enveloppe fermée. C’est comme un gâteau : si vous coupez des morceaux plus grands pour certains convives, les autres auront moins de gâteau".

Pour pallier le problème, il propose un financement en fonction des pathologies soignées au service d’urgences : "C’est un système qui serait beaucoup plus efficace en fonction des pathologies, de la sévérité des patients qui passent au niveau des urgences. Et évidemment en fonction aussi du nombre de passages. Ça doit rester mais ce système doit être impérativement amendé. Et 26 emplois d’infirmières qui devraient disparaître si on n’arrive pas à obtenir la modification de ce système".

Renaud Mazy estime aujourd'hui qu'il n'a pas d'autre choix que de tirer la sonnette d'alarme : "Soit vous trichez, soit vous essayez de faire amender le système. Nous avons décidé de faire amender le système et de maintenir la qualité des soins à Saint Luc".

 

RTBF

 

 

 

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