La production de cigarettes de contrebande, un business purement illégal mais très lucratif

Hier, une vaste opération des douanes (la plus importante à ce jour), réalisée avec l’appui de la police, a mis à mal un réseau illégal de fabrication de cigarettes. L’opération se menait simultanément dans dix lieux différents. Résultat : des dizaines de millions de cigarettes saisies, ainsi que des dizaines de tonnes de tabac.


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Dix sites qui étaient ciblés par les douanes. Quatre étaient dédiés à la production de cigarettes avec tout le matériel nécessaire, à Aartselaar, mais aussi à Tongres, Eeklo et Frasnes-lez-Anvaing. Les autres sites étaient dédiés à la logistique et au stockage. Selon les premières estimations, le tabac et les cigarettes saisis représentent plus de 21 millions de manque à gagner en accises et TVA. Hier, en tout, 45 personnes ont été arrêtées, principalement des personnes venant d’Ukraine.

La Belgique, plaque tournante ?

Florence Angelici est la porte-parole du SPF Finances, le service public fédéral en charge des douanes. Après cet énorme coup de filet, peut-on dire que la Belgique est une plaque tournante pour ce trafic de cigarettes ? " La Belgique est située au cœur de l’Europe et on a énormément d’antennes logistiques, donc ce n’est pas étonnant qu’on voie de plus en plus ce phénomène s’étendre. Mais la concentration la plus importante reste la Pologne. Donc, ce n’est pas nous le cœur, et c’est un phénomène européen puisqu’en 2020, on a trouvé 318 sites sur l’ensemble du territoire européen, contre 18 en Belgique " explique la porte-parole.

Comment s’organise ce type de réseau, un peu comme pour le trafic de drogue ? " On peut comparer avec les bandes organisées pour la drogue. Ce sont des réseaux hyper organisés. On a même des managers régionaux. On va avoir des filières, donc ceux qui vont s’occuper d’installer les fabriques, ceux qui vont s’occuper d’écouler les cigarettes. Il faut aussi faire tourner les ouvriers entre ces différentes fabriques " détaille Florence Angelici. Et il y a aussi d’autres points, comme l’impression sur les paquets, le calibrage des machines… Celui-ci est rendu possible par le travail d’ouvriers hyper spécialisés. Ce qui va de pair avec une logistique, car il faut nourrir ces ouvriers qui restent enfermés 24 heures sur 24 dans ces entrepôts pendant des mois.

D’où vient la matière première, le tabac et les autres composants, comme le papier de cigarette, etc. ?

" Le tabac, généralement, vient du Brésil, et tant qu’il n’est pas coupé, tant qu’il n’est pas prêt à être fumé, il n’est pas soumis à accises, donc il pourra circuler librement. Mais dès le moment où vous commencez à le sécher et à le préparer, à ce moment-là, c’est soumis à accises, donc on rentre dans l’infraction puisque tout ce qui est soumis à accises doit être très fortement régulé. Il n’y a pas de libre circulation, la douane doit savoir où ça se passe, les quantités qui arrivent, les quantités qui ressortent. Et là, ce n’est évidemment pas le cas " explique Florence Angelici.

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Logement des travailleurs clandestins, qui dorment sur place (Aartselaar, le 4 août) © AFP

De l’or en barres

A partir de ce moment, comme c’est illégal, la douane pourra donc intervenir. Tout d’abord via une enquête, qui va permettre de trouver le lieu de ces opérations illicites. Et donc d’agir via des amendes, un démantèlement, une destruction et de " faire en sorte que ça cesse ".

Donc c’est une fois qu’on voit que ce tabac a été transformé, que l’on peut agir. Les chiffres d’hier stipulent la saisie de 28 millions de cigarettes. Pour 2020, ce sont 400 millions de clopes qui ont été mises hors circuit rien qu’en Belgique (sans parler donc de celles qui sont en circulation). Le marché est donc extrêmement lucratif.

Au SPF Finances, on confirme : " Il faut savoir que quand vous achetez un paquet de cigarettes, vous avez une grande partie (80-85%) du prix qui est des accises et de la TVA. Quand ces criminels revendent les cigarettes, même si c’est la moitié du prix, il n’y a pas cette quantité d’accises. Ils se font donc beaucoup d’argent. Les investissements sont lourds pour lancer ces fabriques, mais ils sont vite rentabilisés " nous informe la porte-parole, Florence Angelici.

Et pour les chaînes de fabrication, rien de plus simple… On peut les trouver sur internet. " Les machines qui vont permettre de fabriquer des cigarettes sont des machines chinoises qu’on peut retrouver sur le site Alibaba. Après, il faut pouvoir les calibrer, il faut pouvoir les installer, il faut pouvoir les utiliser. Et c’est là que des ouvriers qualifiés, qui viennent généralement de l’Est, vont pouvoir se charger de ce genre de machines ".


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Reportage de notre 1930 de ce mercredi 4 août :

Royaume-Uni et France dans le viseur

D’autres problèmes, autres que les accises viennent se greffer sur ce type de criminalité. Il y en a un lié à la détention de la marque. Un autre au niveau de l’argent et de la criminalité qui existe autour de ce phénomène. " Et puis, on a un problème sanitaire pour les personnes qui vont fumer ces cigarettes puisqu’il n’y a pas de contrôle qualité. On ne sait pas précisément ce qui s’y trouve. Ces cigarettes sont donc encore plus mauvaises que celles qui sont fumées par les fumeurs qui fument du tabac légal " prévient Florence Angelici.

Où pourrait-on être susceptible de retrouver ces fausses cigarettes ? " Chez nous, c’est moins courant qu’au Royaume-Uni, par exemple, mais ça va plutôt se vendre à la sauvette ou dans les marchés. Au Royaume-Uni, on va jusqu’à en trouver dans certains night shops ".

Le principal marché se situe donc Outre-Manche, mais aussi en France où les accises ont nettement augmenté. " C’est marginal, mais on commence aussi à voir des cigarettes produites pour d’autres territoires également, comme la Belgique", s’inquiète-t-on du côté du SPF Finances.

Qui donne un petit truc pour vérifier si on a à faire à un paquet de cigarette produit dans les règles : " Vous avez la bandelette fiscale qui vous permet de déterminer que c’est bien un paquet vendu en Belgique avec des droits d’accises légaux ".


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