La pollution chimique altère le cerveau des enfants

La pollution chimique altère le cerveau des enfants
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La pollution chimique altère le cerveau des enfants - © CC0 Public Domain

Le 7 juillet la revue scientifique Environmental Health Perspective publiait le rapport du projet TENDR, acronyme du "Targeting Environmental Neuro-Developmental Risks" (Regard sur les risques environnementaux du neuro-développement). Pour la première fois, 48 scientifiques se sont réunis pour dégager un consensus : il faut se mobiliser pour réduire l'exposition aux produits chimiques toxiques qui peuvent générer des troubles du neurodéveloppement (développement du cerveau) chez les enfants. La protection des cerveaux des générations d'aujourd'hui et de demain est, pour ces chercheurs, une priorité. Ils affirment dans leur rapport que "les enfants américains sont de nos jours trop largement soumis au risque de développer des troubles neurodéveloppementaux qui affectent le cerveau et le système nerveux. C’est inacceptable. Ces troubles sont à l’origines de maladies telles que l’autisme, le déficit d’attention et l’hyperactivité, des défaillances intellectuelles et d’autres troubles du langage et du comportement. Ces maladies sont complexes et peuvent émaner de causes multiples : génétiques, sociales et environnementales. Cependant la contribution de substances chimiques pourrait être évitée."

Quelles composantes toxiques ?

Les scientifiques citent entre autres l'organophosphore, les polybromiphényléthers, l'hydrocarbure aromatique polycyclique, le dioxyde d'azote, le plomb, le mercure et le polychlorobiphenyle.

Selon eux, elles sont partout, dans l’air, l’eau, la nourriture, la terre, et dans nos produits de consommation. Or une vaste majorité des produits commercialisés ne sont soumis à aucun test de neuro-toxicité environnementale et autres effets sur la santé. Seule une minorité des substances chimiques sont testées sur les adultes, et encore moins le sont sur les enfants.

Quelle régulation aux États-Unis ? 

Les experts concluent au dysfonctionnement du système américain, incapable d’apprécier des preuves scientifiques avérées et de prendre des décisions adéquates quant aux substances chimiques environnantes dans un objectif de protection de la santé.

"Des  mesures [surveiller, évaluer et réduire l’exposition aux composantes chimiques neurotoxiques] sont impérativement nécessaires si on veut protéger le développement de cerveaux sains afin que les générations de maintenant et de demain puissent atteindre leur meilleur potentiel" annonce le rapport. 

Selon les chercheurs, les États-Unis ont déjà protégé leurs citoyens contre certaines de ces composantes, en interdisant notamment les pesticides aux organophosphores, mais il reste du travail à faire. Suite à cette interdiction, l’industrie a remplacé ce produit par une autre substance tout aussi dangereuse. Le même schéma s'est reproduit pour les objets destinés aux enfants.

Les scientifiques concluent leur rapport en appelant les commerces à éliminer les composantes dangereuses de leur étalage, en priant les professionnels de la santé de diffuser auprès de leurs patients les risques auxquels ils s’exposent en s'entourant de ces produits toxiques et il implore les politiques de prendre leurs conclusions au sérieux et de réduire les risques auxquels les enfants sont exposés.

Un consensus inattendu

Ceci est réellement un accord historique" a déclaré Irva Hertz-Picciotto, co-directrice du projet TENDR et professeur de santé publique aux instituts UC Davis et UC Davis MIND. "Il y a dix ans, ce consensus n'aurait pas été possible, mais les chercheurs se sont désormais unanimement accordés : les substances chimiques toxiques nuisent au développement du cerveau de nos enfants. En tant que société nous pouvons éliminer ou réduire de manière significative les expositions à ces composantes toxiques et se retourner contre les systèmes de régulation inadéquats qui ont autorisé ces proliférations. Ces actions peuvent, en retour, réduire le taux très élevé de troubles neurodéveloppementaux."

Législation en Europe

En Europe la loi régulant l'utilisation de substances toxiques est plus stricte. Depuis 2006, le règlement REACH (enregistrement, évaluation, autorisation et restriction des composantes chimiques) fournit un cadre législatif pour la fabrication et l'utilisation des produits chimiques dans l'Union Européenne. Il transfère la responsabilité de veiller à la sûreté des produits chimiques fabriqués, importés, commercialisés et employés dans l’Union européenne des autorités publiques vers le secteur privé. Une Agence Européenne des Produits Chimiques (ECHA) a été créée à l'issue de ce règlement. Elle est chargée de la mise en œuvre de la directive et de la promotion de la protection de la santé humaine et de l'environnement. L'utilisation de produits chimiques étant de la responsabilité des organes privés, l'ECHA aide les entreprises à se conformer à la législation en promouvant l'utilisation sûre des substances chimiques et en fournissant des informations sur ces dernières. Cette directive témoigne d'une législation plus protectrice en Europe qu'aux États-Unis : elle limite l'utilisation du plomb aux restauration d’œuvres d'art uniquement (et la bannit des peintures classiques), et le mercure n'est plus autorisé sur des objets en contact avec l'eau comme les bateaux, ou comme produit de traitement du bois.

Cependant pour le député français Jean-Louis Roumégas, ce n'est pas encore suffisant. Il explique que la Commission européenne propose des critères selon lesquels les effets nocifs doivent être avérés avant que des mesures ne soient prises. Selon lui, il faudrait s'insérer dans une logique de précaution plus soutenue.

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