La plante de cannabis, possible source de nouveaux antibiotiques

L’antibiotique, ce médicament à l’origine de la capacité de l’humain à combattre les maladies, devient de moins en moins efficace, au fur et à mesure que les bactéries évoluent et s’adaptent, devenant résistante à ces substances. Depuis plusieurs années, la course contre la montre est lancée entre scientifiques et bactéries, alors qu’aucune nouvelle classe d’antibiotique n’a été commercialisée depuis près de 20 ans, et que de plus en plus d’espèces de bactéries se montrent multirésistantes.

Une découverte de chercheurs de l’université canadienne McMaster apporte quelques espoirs : ils ont identifié des composants antibactérien dans les plantes de cannabis, "qui pourraient relancer le développement de nouveaux médicaments", annonce d’emblée le communiqué de presse de l’université.

Le cannabigerol, substance prometteuse

Plus particulièrement un composé, le cannabigerol (CBG) a révélé un effet antibiotique sur la famille des staphylocoques dorés (Staphylococcus aureus) résistants à l’antibiotique méthicilinne (appelés MRSA).

"Nous avons testé 18 cannabinoïdes disponibles commercialement, et ils montraient tous une activité antibiotique, certains plus que d’autres, détaille Eric Brown, professeur de biochimie et de sciences biomédicales à McMaster, et co-auteur de l’étude. Celui sur lequel nous nous sommes focalisé est un cannabinoïde non-psychotrope, appelé CBG, et est le plus prometteur."

Le plus prometteur, car il arrive à bout de bactéries qui ont déjà développé des résistances contre un autre antibiotique. Concrètement, l’équipe de recherche a découvert que le CBG empêchait les bactéries de former un biofilm, c’est-à-dire qu’il évite que ces microorganismes se lient entre eux, et sur des surfaces, et il détruit les biofilms déjà créés, ainsi que les cellules résistantes aux antibiotiques.

Des recherches possibles grâce à une déstigmatisation du cannabis

"Le CBG s'est révélé merveilleux pour lutter contre les bactéries pathogènes. Les résultats suggèrent un réel potentiel thérapeutique pour les cannabinoïdes en tant qu'antibiotiques."

Si cette découverte ouvre le chemin vers le développement de nouveaux antibiotiques, il faut toutefois rester très prudent : comme le soulignent les auteurs de l’étude, car il faut encore déterminer le degré de toxicité du composé, et le réduire au maximum, en le rendant spécifique aux bactéries visées.

Si ces recherches ont pu avoir lieu, c’est aussi parce que l’usage récréatif du cannabis a été légalisé au Canada il y a deux ans. "L'investissement dans ce type de recherche a été quelque peu stigmatisé, mais il existe de plus en plus de preuves anecdotiques de l'utilisation médicale du cannabis. La stigmatisation semble s'estomper" constate Eric Brown.

Archive du 17/10/2018 - Libéralisation du cannabis au Canada

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