La pilule contraceptive ne séduit plus tellement

La pilule contraceptive ne séduit plus tellement
La pilule contraceptive ne séduit plus tellement - © Tous droits réservés

Alors que de plus en plus de femmes mettent en cause les effets secondaires de la pilule sur le moral et la libido, une enquête de la mutualité Solidaris pointe l’insatisfaction globale des femmes par rapport à ce moyen de contraception. La nouvelle tendance est d'arrêter purement et simplement tout moyen contraceptif. Bertrand Henne en parle dans Débats Première avec 4 invités.

L’étude de l’institut Solidaris a interrogé 4.600 femmes et hommes entre 14 et 55 ans dans le but de voir comment les choses avaient évolué dans notre rapport à la contraception depuis 2010, année de la dernière enquête. "De manière générale, il y a quelques chiffres qui sont interpellants", annonce Martin Wauty, directeur de l’institut Solidaris. "D’abord, 1,3% de la population (soit 31.000 citoyens belges) n’utilisent aucun moyen de contraception, parce qu’ils ont peur des effets secondaires. Ensuite, il y a 32% des femmes qui déclarent qu’elles ont eu une grossesse non planifiée, ce qui montre que l’objectif  de la pilule n’est pas encore totalement atteint. Enfin, 15% des femmes ont eu recours à une interruption volontaire de grossesse (IVG). La contraception reste donc un enjeu majeur".

La pilule contraceptive est connue par 95% des gens. Si 96% des femmes l’ont prise à un moment de leur vie, l’étude montre que 55% des femmes entre 14 et 55 ans la prennent à l’heure actuelle. Mais ce que l’étude révèle surtout, c’est la grande évolution dans les usages entre 2010 et 2017 : on passe de la pilule au stérilet, ou on change de type de pilule plus facilement. Alors qu’en 2010, 25% de la population déclarait avoir changé de pilule, aujourd’hui, ce chiffre monte à 50%. "La population belge semble se dire que l’hypermédicalisation n’est peut pas si bonne que ça, et elle a aussi l’impression qu’on lui cache des choses, elle a besoin de comprendre. Tout cela mis en parallèle de l’attention croissante pour la santé, la vague du bio, le naturel, converge dans un même sens", conclut Martin Wauty.

"La pilule est un médicament, pas un bonbon"

Soraya Ghali, journaliste au Vif L’Express et auteure d’une vaste enquête sur le sujet explique que "les jeunes filles et jeunes femmes, qui prennent la pilule depuis 10-15 ans, se demandent de plus en plus si elles doivent continuer cette pratique ou pas. Par ailleurs, il y a également une lassitude face au fait de devoir ingérer un comprimé tous les jours. Par ce geste, elles prennent conscience que c’est un médicament et pas un bonbon." Car qui dit médicament, dit évidemment contraintes : ne pas l’oublier, la prendre à heure fixe, sans parler des effets secondaires. "Les femmes que j’ai rencontrées m’ont parlé de la baisse de libido, mais elles ont encore du mal à en parler avec leur gynécologue. Elles en parlent plus facilement avec leurs copines ", explique Soraya Ghali. "Celles qui ont arrêté la pilule disent souvent qu’elles ont retrouvé leur libido.

Jean-François Legrève, gynécologue, confirme qu’aujourd’hui, les femmes qui le consultent ne le font plus uniquement dans le but d’avoir leur prescription, mais souhaitent aussi des informations autour de cette pilule. "On en rediscute avec chacune des patientes, et c’est en fonction de leur désir. Si elles ne souhaitent pas d’hormones, alors je leur propose des stérilets non hormonaux voire aucune contraception lorsqu’elles en émettent le souhait. Quand elles ont des craintes autour des risques liés à la pilule et que ça fait plus de 2 ans qu’elles prennent la pilule, je leur dis que les risques thrombo-embolique ou cardio-vasculaires sont quasi inexistants. Mais les craintes sont très variables d’une patiente à l’autre." 

Une application pour se passer de contraception?

L’un des internautes de La Première explique sur Facebook que le gynécologue de sa femme lui a conseillé d’arrêter la pilule après 20 ans car les risques seraient plus importants. Cette recommandation est-elle fondée? Pour Anne Verougstraete, gynécologue à Erasme, ce genre de conclusion doit être émise au cas par cas. "Tout dépend des facteurs de risque, que l’on a ou que l’on n’a pas. On ne peut pas en faire une vérité générale. La pilule a des tas d’effets secondaires positifs également : diminution de l’acné, douleurs menstruelles moins importantes,… La diminution de la libido ne se produit heureusement pas chez tout le monde."

Certaines femmes décident aussi d'arrêter tout moyen contraceptif et de contrôler les choses de façon naturelle. La bonne idée? Pas forcément, selon Anne Verougstraete. "Il faut suivre des cours pour faire ça correctement, car c'est très compliqué. Les applications que l'on trouve sur internet ne sont pas du tout fiables, hormis une seule. Il s'agit d'une application suédoise qui a été validée scientifiquement et qui s'appelle Natural Cycles

Toutefois, Anne Verougstraete nous met en garde face à cette vague de la contraception naturelle :  "Jusqu'à 2011, on voyait une stabilité des IVG chez les jeunes de moins de 18 ans. Mais depuis, année après année, on constate une augmentation des IVG à cause de l'arrêt de la pilule."

▼ L'intégralité du débat autour de la pilule contraceptive - Débats Première ▼

 

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