Aller à l'école les pétrifie: la phobie scolaire, un phénomène en hausse, à ne pas négliger

Plusieurs mois de suivi sont nécessaires pour "vaincre" le retrait scolaire anxieux.
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Plusieurs mois de suivi sont nécessaires pour "vaincre" le retrait scolaire anxieux. - © Laura Jadot

Ça commence par des maux de ventre et d’autres fois avec des crises d’angoisses. La raison ? Aller à l’école les pétrifie. Le "refus scolaire anxieux", un symptôme qui touche en moyenne 5% des jeunes en consultations pédopsychiatrie. L’implantation "Les ados de Robert Dubois" à Bruxelles propose une structure spécialisée pour ces élèves. En Wallonie et en Flandre, c’est plus compliqué. Nous nous sommes intéressés à ce cas avec la VRT.

Cela est déjà arrivé à beaucoup de parents : votre enfant fait une crise de colère car il ne veut pas aller à l’école. Si pour certains c’est le caprice d’un matin, pour d’autres, ce n’est pas à prendre à la légère. Si le jeune est stressé à l’idée de se rendre à l’école, il pourrait présenter des signes de "phobie scolaire". C’est le cas de Selim, 16 ans : "Le matin avant de devoir partir à l’école, je commençais à paniquer. J’ai complètement arrêté d’y aller, ce n’était plus vivable pour moi".

Mouna Al Husni Al Keilani est pédopsychiatre à l'Hôpital universitaire des enfants Reine Fabiola (HUDERF), ces jeunes, elle en rencontre tous les jours. "Ça touche 1 à 2% des jeunes en âge scolaire, explique-t-elle. C’est-à-dire entre 6 à 18 ans. Ce sont des jeunes qui n’arrivent pas à se rendre à l’école et qui manifestent des troubles psychologiques ou émotionnels, au moment de s’y rendre".

Des réactions à ne pas prendre à la légère

Plus familièrement appelé "phobie scolaire", les médecins parlent aujourd’hui de "refus scolaire anxieux". Un terme un peu flou, à ne pas confondre avec l’absentéisme ou le décrochage scolaire. Le retrait scolaire anxieux n’est pas considéré comme une maladie, mais plutôt comme un "symptôme" dont les facteurs sont multiples, nous explique la spécialiste.

Une situation qui peut varier, selon l’âge du patient : "Les jeunes enfants peuvent dire qu’ils ont mal au ventre, qu’ils sont malades, demander à leurs parents de rester à la maison par des crises de colère. Les adolescents vont avoir des manifestations qui y ressemblent mais qui vont être moins explosives : ça peut être un refus avec des crises d’angoisse ou alors vraiment des aspects plus dépressifs comme des jeunes qui n’arrivent pas à se lever pour aller à l’école qui ont l’air tristes, qui ne font plus rien de leurs journées et qui restent tout le temps à la maison", ajoute la pédopsychiatre. Dans la majorité des cas, une séparation dans la famille, une dépression ou du harcèlement scolaire sont à l’origine de ces réactions.

Dans ces cas, une prise en charge est nécessaire, le plus rapidement possible, en consultant dans un premier temps un psychologue et/ou un pédopsychiatre. Ces derniers détermineront si oui, ou non, l’élève doit être hospitalisé.

Si le jeune est concerné par une anxiété scolaire et qu’il n’est pas pris en charge, il risque de présenter de lourdes conséquences au niveau de sa sociabilisation et de sa scolarité. "Au plus on attend, au plus le pronostic est mauvais" insiste le Dr Al Husni.

Une école spécialisée à Bruxelles

En 2015, l’école Robert-Dubois (enseignement spécialisé de type 5B, pour des élèves présentant des maladies ou en convalescence) ouvre, avec le soutien de la Ville de Bruxelles, une nouvelle section "Les ados de Robert Dubois". Un endroit qui accueille uniquement des jeunes du secondaire en retrait scolaire anxieux. L’école n’est pas certificative, mais permet aux adolescents concernés de suivre son cursus scolaire dans une implantation plus adaptée à sa santé, tout en collaborant avec l’équipe éducative de son école d’origine.

Depuis sa création, plus de 100 élèves sont passés par "Les ados de Robert Dubois". 80% d’entre eux ont réussi à réintégrer une école.

Pas le même suivi selon les régions

"Les ados de Robert Dubois" est donc à l’heure actuelle, le seul établissement spécialisé accueillant uniquement des jeunes en situation de phobie scolaire à Bruxelles. A ce stade de l’année, il est complet et cinq élèves sont en liste d’attente.

En Wallonie, des structures se mettent en place mais il n’existe pas d’école spécialisée en retrait scolaire anxieux. Un élève wallon se tourne en général vers le SAS (Service d’accrochage scolaire), un psychologue de sa région ou apprend via un service d’école à domicile. Si ces dispositifs ne suffisent pas, ils sont placés en hôpital psychiatrique. Et certains de ces services nous l’ont affirmé, "il y a de plus en plus d’adolescents qui présentent cette anxiété, dans quelques années, nous ne pourrons plus les accueillir, il manquera de la place pour les autres enfants, souffrant de pathologies plus graves. Il faudra trouver une solution".

En Flandre, le phénomène est peu connu. Il n’y a pas de chiffres pour le nord du pays, mais des cas existent. Notre collègue de la VRT a rencontré plusieurs professionnels en Flandre, psychologue, pédopsychiatre, tous sont formels : la phobie scolaire est bien présente, mais il n’existe pas d’établissement spécialisé comme à Bruxelles. Certains élèves se font aider dans des hôpitaux, par des psychologues, d’autres, prennent des médicaments pour se rendre à l’école "sereinement".

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