"La pénurie des médecins généralistes va s'accentuer"

La pénurie des médecins généralistes va s'accentuer de plus en plus
La pénurie des médecins généralistes va s'accentuer de plus en plus - © RTBF

Selon le cabinet de la ministre de la Santé, 232 communes belges n'ont plus assez de médecins généralistes. Arnaud Ruyssen évoque cette pénurie avec Bernard Vercruysse, président du conseil fédéral des cercles de médecins généralistes. "Une pénurie qui va s'accentuer dans le futur", prévient-il.

Bernard Vercruysse estime dans Matin Première qu'on peut parler de "pénurie" dans certaine régions. "Peut-être plus dans les régions rurales". Mais à cela s'ajoute le problème du futur. Parce que les généralistes actifs ont, en majorité, plus de cinquante ans, relève le président du conseil fédéral des cercles de médecins généralistes. Ces médecins relativement âgés vont donc arrêter de travailler. "Et la relève des moins de 30 ou 40 ans n'est pas là", constate-t-il. 

Pas de menace pour les patients mais pour la santé des médecins

L'invité d'Arnaud Ruyssen se refuse de parler pour l'instant d'une quelconque menace pour l'accès aux soins dans les zones rurales. Il y voit plutôt une menace pour la santé de ces médecins: "On voit une série de généralistes débordés, ils continuent à voir tous les patients parce qu'ils ont l'habitude de travailler énormément". Mais l'accès pourrait être mis à mal dans un avenir proche, "parce que cette surchage de travail n'est pas possible". Certains médecins généralistes arrêtent même de travailler à cause de cette charge de travail trop forte, explique Bernard Vercruysse. 

Tout le monde n'est pas de cet avis. Jacques de Toeuf, ex-président de l'ABSyM (association belge des syndicats médicaux) estimait de son côté qu'on était loin de la pénurie. Selon lui, un tiers des généralistes ne voient pas plus de cinq patients par jour. Bernard Vercruysse tient à relativiser ces propos. Il affirme ne viser que les médecins généralistes "actifs", pas ceux qui gardent un numéro INAMI mais qui ne consultent presque plus. 

Dans le studio de Matin Première, l'invité d'Arnaud Ruyssen estime qu'il manque de "vrais" médecins généralistes. Selon lui, beaucoup de médecins ayant le titre de "généralistes" ne pratiquent pas de médecine générale, mais sont spécialisés dans un domaine ou un autre. "Mais ils ont suffisamment d'activité, ils sont repris dans les chiffres", précise le président du conseil fédéral des cercles de médecins généralistes. C'est donc parfois un peu difficile de savoir quels sont les généralistes actifs, surtout dans les grandes villes où le recensement est moins évident. 

Il faut une place mieux définie

Le constat est clair, la carrière de médecin généraliste ne fait plus vraiment rêver. "La profession a fortement évolué en trente ans", explique Bernard Vercruysse en précisant que le type de travail lui semble "plus lourd" aujourd'hui. "La médecine spécialisée devenant de plus en plus pointue, il y a de moins en moins de médecins qui peuvent prendre en charge la totalité des personnes", relève-t-il. 

Bernard Vercruysse revendique une place "mieux définie" pour le généraliste. "Parce que dans le système de soins de santé tel qu'il existe, le patient consulte où il veut, qui il veut, quand il veut", explique-t-il. Mais selon lui, il vaudrait mieux voir le patient d'abord, "pour mieux l'orienter" chez le spécialiste quand c'est nécessaire. 

Spécialiste, un choix d'excellence ? 

Pour l'invité de Matin Première, "il faut donner des nouvelles lettres de noblesse à la médecine générale". Des pistes ? Il évoque notamment un meilleur salaire en dressant des comparaisons avec d'autres pays. Bernard Vercruysse explique qu'en Belgique, le différentiel entre le revenu des spécialistes et de généralistes est le plus grand. 

Mais pour lui, la base du problème n'est pas là. Il en appelle à une revalorisation "au niveau du monde scientifique": dans les facultés de médecine, l'option généraliste doit être vue comme un "choix d'excellence" et "pas un choix de 'si je ne suis pas pris dans une spécialité, je ferai généraliste'", explique-t-il. Selon lui, un discours est encore trop présent. Celui qui dit que "tu es trop bon que pour faire médecin généraliste". Bernard Vercruysse regrette que médecin généraliste soit, quelque part, considéré comme "moins scientifique".  

Les primes, "ça aide, mais ça ne suffit pas"

Les primes offertes aux nouveaux médecins établis en zones rurales "aident certainement" ces médecins, assure le président du conseil fédéral des cercles de médecins généralistes. "Mais ce n'est pas déterminant dans une carrière", prévient-il.

Il n'y a plus de numerus clausus pour l'instant. Ce qui fait plus de médecins en bout de course, donc. Ce n'est pas la solution selon Bernard Vercruysse. On aurait beau avoir trois plus de médecins, on n'aurait sans doute pas trois fois plus de généralistes, déplore-t-il. Une profession qui ne fait, apparemment, plus vraiment rêver. 

AdC et A. Ruyssen

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