La parole raciste se libère: quelle est la responsabilité de nos hommes politiques?

Vous avez peut-être déjà été choqué par des insultes à caractère racistes, antisémites ou sexistes qui pleuvent régulièrement sur les réseaux sociaux. Depuis hier, deux événements se télescopent dans l'actualité.

D'une part, la présentatrice de la météo sur la Une, Cécile Djunga a rendu publics quelques messages qu'elle reçoit depuis un an: "Vous êtes trop noire, on ne vous voit pas à l'écran", ou "Sale négresse rentre dans ton pays!"

D'autre part, l'émission Pano de la VRT a diffusé un reportage sur le mouvement conservateur d'extrême droite "Schild & Vrienden", dont certains membres, sur des groupes Facebook secrets ont posté des messages à caractère ouvertement racistes, antisémites, homophobes et sexistes comme: "Sale nègre", "Cette rolex est une montre de juifs", "Vous ne pouvez pas être raciste s'il n'existe qu'une seule race", etc.

Plus de 80 ans après l'une des pages les plus sombres de notre histoire, ces messages sont publiés et assumés sur des réseaux sociaux.

Comment expliquer qu'une parole aussi violente à l'encontre de certaines minorités se libère à ce point?

Pour Andrea Rea, professeur de sociologie à l'ULB, "les réseaux sociaux contribuent à augmenter l'expression de ces attitudes homophobes et racistes". Quand vous êtes face à quelqu'un, dans la vraie vie, vous risquez que la personne interagisse avec vous, qu'elle vous réponde. "Quand vous savez que la personne risque de réagir, cela vous inhibe. Le dispositif des réseaux sociaux va réduire cette inhibition".

On se sent légitimé dans les propos que l'on tient

Pour Andrea Rea, les réseaux sociaux ne suffisent pas à expliquer cette libération de la parole. Les gens qui tiennent des propos racistes, antisémites, sexistes, homophobes, se sentiraient davantage autorisés à les tenir qu'auparavant. "Car nous avons en Europe un certain nombre de gouvernements où les hommes et femmes politiques critiquent telle ou telle population, telle appartenance ethnique, qui identifient la personne d'origine étrangère comme étant responsable de tous les maux de la société d'aujourd'hui.  Cela libère encore davantage la parole parce qu'on se sent légitimé dans ses propos".

L'insulte raciste, cache-sexe de la tentation autoritaire?

D'autres observateurs de la société vont encore plus loin. "Ce qui se cache derrière un mouvement comme Schild & Vrienden, c'est un projet politique, explique Eric Corijn, professeur de philosophie à la VUB. C'est une conception de la société qui verse dans la tentation autoritaire, qui prend appui sur un état fort, […] qui a une approche répressive de la problématique sociale. Et dans ce courant-là, qui est porté par le courant politique N-VA mais aussi par le gouvernement actuel en général, il y a cette frange extrémiste très jeune. […] C'est une nouvelle génération radicalisée qui se montre, pas tout à fait coupée d'un mouvement plus large qui représente 30 % de l'électorat flamand".

Le mouvement plus large pointé par Eric Corijn, c'est la N-VA.

Il y a une ambiance générale où c'est devenu acceptable

"Quand on a une ministre en Flandre qui dit que le racisme est relatif, alors évidemment, on autorise ce qui d'habitude est réprimé. Et tout cela est accentué par les réseaux sociaux. IL n'y a donc pas de cause à effet [entre le discours politique décomplexé et ce type de dérapage] mais il y a une ambiance générale où c'est devenu acceptable et dans l'acceptable, la radicalité trouve sa place aussi".

Les politiques et les médias responsables?

"Moi je pense que le racisme a toujours existé. Je pense qu'il commence à poser problème quand il est porté par un discours politique et qu'il devient une base d'exclusion et de jugement sur la population. Et là, il est absolument clair que sur le problème des migrants, des sans-papiers, du voile, de l'islam, il y a systématiquement un étiquetage de certaines personnes qui naturellement, pour les plus radicaux, mène à des conceptions de renvoi, pour ne pas dire d'extermination. Et donc il y a une responsabilité de nos dirigeants politiques pour l'instant. Et même des médias qui en font une information comme une autre".

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK