Nouvelle variante du coronavirus : "On ne doit pas forcément être pessimiste quant aux modifications du virus"

Deux modification de la protéine S du virus sont observable sur la nouvelle variante britannique du virus
Deux modification de la protéine S du virus sont observable sur la nouvelle variante britannique du virus - © CDC on Unsplash

Depuis plusieurs jours, une mutation du Covid-19 décelée outre-Manche inquiète les politiques européens. Si bien que plusieurs pays ont décidé de fermer durant plusieurs jours leurs liaisons de passagers avec la Grande-Bretagne. D’après les premières informations disponibles concernant ce mutant, il se propagerait plus rapidement que les formes précédentes du coronavirus. Mais alors, faut-il s’inquiéter de ce nouveau variant du coronavirus ? "Pas forcément", répond le virologue et ancien recteur de l’ULiège Bernard Rentier.

Depuis qu’il est passé à l’homme, le virus s’adapte en permanence à son environnement lors de ses transmissions. "Le virus accumule un peu moins de deux mutations chaque mois, ce qui fait environ 22 depuis son apparition. Le variant anglais, présente plus de changements que la moyenne avec 17 mutations, non pas par rapport au virus originel, mais par rapport au variant le plus récent", présente Etienne Simon-Lorière, responsable du groupe de recherche génomique évolutive des virus à l’ARN à l’Institut Pasteur, interrogé par Franceinfo.

Une transmission facilitée

Si cette variation inédite du Covid-19 est notable, c’est avant tout car deux mutations concernent la protéine Spike, c’est-à-dire la branche avec laquelle le Sars-CoV-2 s’accroche aux cellules humaines. C’est pour cette raison que bon nombre de scientifiques estiment qu’il s’agit d’une variante du virus qui circule davantage car elle est capable de s’accrocher plus facilement à nos cellules et s’y introduire.


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Toutefois, Bernard Rentier invite à ne pas être manichéen quant à la vision que l’on a d’un mutant lorsqu’on parle de virus. "On ne doit pas forcément être pessimiste quant aux modifications du virus… Il y a un effet Hollywood à croire que les mutants sont forcément mauvais alors que les mutations d’un virus peuvent aussi atténuer sa virulence", tempère-t-il. Les effets du virus peuvent donc être moins dangereux.

Le signe d’un virus qui se fait moins virulent ?

Pourtant ce type de modification dite "positive" pour le virus, car elle lui permet de se transmettre davantage que ses formes précédentes, n’est pas inhabituelle dans l’évolution d’une maladie infectieuse. Il présente d’ailleurs des similitudes avec le virus de la grippe qui apparaît chaque année au début de l’hiver pour disparaître ensuite avec le retour des beaux jours. "Ce genre de mutation est assez connue pour tous les virus, surtout ceux qui ont tendance à muter comme le virus de la grippe qui peut se transmettre plus rapidement en fin d’épidémie", précise le virologue.

Il explique que ces mutations qui permettent une reproduction et donc une transmission plus rapide du virus sont typiques des virus à ARN qui se modifient rapidement et sont généralement accompagnées d’une diminution de la pathogénicité, c’est-à-dire des dégâts qu’il peut provoquer lorsqu’il attaque l’homme.


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Toutefois, si cela peut donner l’espoir que le virus devienne moins dangereux dans les mois qui viennent, c’est à prendre au conditionnel car ce nouveau mutant est encore en cours d’examen et la baisse potentielle de pathogénécité est encore loin d’être avérée. "Les chercheurs britanniques sont en train d’analyser les modifications du virus et sa pathogénicité", raconte le virologue liégeois. "Dans les semaines qui viennent, nous devrions avoir plus d’informations sur la corrélation éventuelle entre la modification de l’accès du virus aux cellules humaines et celle de sa pathogénicité."

Conférence de presse du Centre fédéral de crise 21/12/2020

Les précisions de Yves Van Laethem, infectiologue et porte-parole interfédéral Covid-19, sur la nouvelle souche.

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