La notion de "perte culturelle", cette arme politique

Le président américain le disait encore en décembre dernier : "Les Etats-Unis perdent leur culture à cause de l’immigration". Cette notion de perte culturelle est souvent utilisée politiquement de nos jours. Mais qu’est-ce que la culture aujourd’hui ? Et comment cette "perte culturelle" peut-elle influencer notre rapport aux autres ? Dans l’émission Au bout du jour, Eddy Caekelberghs a posé trois questions à David Berliner, l’auteur de "Perdre sa culture".

 

Comment peut-on définir la culture au XXI ème siècle ?

"La culture représente un ensemble de traits, de pratiques, de représentations, d’institutions qui est caractéristique d’un groupe humain. C’est ce qui lie ces humains, et ce qui va différencier ce groupe d’un autre groupe. Au cœur même de la notion de culture il y a donc la notion de différence.

D’un côté vous avez l’usage scientifique, anthropologique de la notion de culture, qui est là pour décrire ce qui rassemble des individus autour de caractéristiques communes. Et puis vous avez l’instrumentalisation politique de cette notion et de son déclin.

C’est une histoire qui est aussi vieille que le monde. Après tout, nous-même nous avons tendance à nous définir par rapport aux autres. Et la rhétorique de la perte de culture, elle est aussi vieille que l’histoire de l’humanité. Ce discours de perte est constamment réactivé à certains moments de l’histoire. Ce qui fait de ce discours une arme politique."  

 

Lorsque l’on parle de perte culturelle. Est-ce que cela veut automatiquement dire qu’il y a une non reconnaissance de l’autre et de sa culture ?

"On le voit bien chez ces générations de juifs (et d’autres) dont le trauma a été reconnu, qu’il y a un nouveau rapport au monde qui s’installe une fois que la perte a été reconnue politiquement et socialement.

En parallèle, ne pas inscrire une véritable histoire sédimentée de la migration, une histoire des populations qui ont pratiqué cette migration souhaitée ou non, cela participe à un trauma. Nous devons étendre le domaine de la mémoire à toutes ces populations qui ont eu des situations traumatiques, qui ont été victimisées. Parce que tant que leur perte ne sera pas reconnue, elles auront un sentiment de manque et d’absence."

 

La notion de culture s’oppose-t-elle alors à la notion de cosmopolitisme si chère à la mondialisation et qui prétend qu’il existe une grande culture universelle dans laquelle évolue l’Homme comme citoyen du monde ?

"La notion de culture avec sa connotation de "protection de sa culture" peut être dangereuse, il y a un risque d’être recroquevillé sur soi-même. Cependant, la notion de cosmopolitisme peut être travaillée avec la notion de culture. Mais pour cela il faut que la culture soit utilisée de manière réflexive, non-exclusiviste. Il faut utiliser la notion de façon multidirectionnelle pour montrer que la culture naît d’une pluralité d’influence. La culture est toujours en mouvement, dynamique, plastique, fluide. C’est là qu’elle rejoint la notion de cosmopolitisme.

Il faut donc trouver un équilibre entre ce cosmopolitisme d’un côté, et ce besoin d’avoir un héritage culturel de l’autre. Le problème aujourd’hui est qu’il y a quelque chose de l’ordre du viscérale dans ces débats autour du déclinisme. Cela prend aux tripes des gens, et c’est lié à la montée du nationalisme et du populisme."

 

La culture est-elle forcément liée à une religion ?

Comment peut-on transmettre une culture ?

En réalité Eddy Caekelberghs a posé bien plus de trois questions à David Berliner. Ecoutez l’entretien dans son intégralité

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