"La notion de mariage semble être l'objet d'un grand malentendu"

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Comme le veut la tradition, la Saint-Valentin est le moment pour faire le point sur l'état de son couple, voire pour déclarer sa flamme. Mais où en est le couple aujourd'hui ? Quel sens donner à cette notion dans notre société hyper connectée en proie à des crises successives ? Pour faire le point sur le sujet dans différents domaines, nous avons posé les cinq mêmes questions à des spécialistes.

Etat des lieux avec Nathalie Frogneux, docteur en philosophie et professeur à l'UCL où elle donne notamment le cours de philosophie de la famille et du couple.

 

Pour vous, c’est quoi un couple, aujourd’hui ?

Contrairement à la relation amoureuse ou sexuelle qui peut être très éphémère ou secrète, le couple suppose un minimum d’engagement et de visibilité sociale. Or, aujourd’hui, cet engagement pose problème, bien plus que la relation. En effet, le couple repose désormais avant tout sur les émotions et les sentiments qui sont par définition mouvants et passagers ; d’où l’apparition de nouvelles difficultés inhérentes à une tension lors de  la formation et la vie des couples entre le caractère changeant des sentiments et l’exigence d’une stabilité requise par l’engagement.

Comment cette notion de "couple" a-t-elle évolué ?

Depuis le milieu du siècle dernier, le couple est de plus en plus basé sur la dimension intime et sentimentale du moi sur le moi émotionnel. Or, ce moi s’examine constamment et pratique régulièrement l’introspection pour se connaître et vérifier ses sentiments. C’est vrai aussi lorsqu’il s’agit de vérifier que l’on est amoureux ou heureux en couple, comme s’il fallait vérifier sans cesse l’accord optimal entre deux psychologies singulières.

Par ailleurs, la dimension sexuelle n’apparaît plus comme une partie intégrante de la relation amoureuse, mais comme autonome. La satisfaction sexuelle s’avère donc être un critère important pour évaluer l’entente entre les partenaires, puisque la sexualité semble être la dimension la plus intime du moi émotionnelle, celle par laquelle il se révèle en toute authenticité. C’est pour cette raison que les relations sexuelles avant un engagement sont quasiment prescrites dans nos sociétés occidentales contemporaines et que la beauté physique est réduite à une esthétique du sex appeal.

Pourquoi désire-t-on vivre en couple aujourd’hui ?

Parce que l’amour fait du bien surtout parce qu’il nous procure de la reconnaissance et rassure les ego fragilisés que nous sommes tous devenus dans le monde contemporain. Le fait d’avoir été élu comme unique par l’autre et d’être ainsi reconnu et confirmé dans son moi intime fait beaucoup du bien ! La reconnaissance dans la sphère de l’amour nous semble aujourd’hui beaucoup plus fondamentale que celle qui nous vient de la sphère professionnelle ou sociale, puisque notre moi authentique est ce moi émotionnel. Mais de là surgit un malentendu, c’est que les souffrances de l’amour qu’elles soient la solitude, les difficultés à séduire, à être séduit, les déceptions, les ruptures sont interprétées comme autant de problèmes psychologiques. Mais cette interprétation occulte le fait que ces tendances ne sont pas individuelles, mais portées socialement et culturellement.

La notion de mariage a-t-elle encore un sens dans notre société ?

Bien sûr la notion de mariage a encore un sens, mais elle semble être l’objet d’un grand malentendu, car le mariage pour la vie peut apparaître comme un immense défi, un idéal qui augmente la souffrance lors de chaque échec amoureux.

Quel impact ont les nouvelles technologies dans la formation, la durabilité et la rupture d’un couple aujourd’hui ?

Les nouvelles technologies ont considérablement ouvert le champ des partenaires possibles, augmentant ainsi la concurrence entre ceux qui constituent la meilleure offre. En effet, tout laisse penser que nous nous comportons dans le champ amoureux comme sur le marché des possibles. Et là, nous ne devons plus seulement trouver une relation " suffisamment bonne ", mais la meilleure relation possible dans un savant ajustement de l’offre et de la demande amoureuse et sexuelle. Dès lors, si un autre partenaire potentiel apparaît, il faudra évaluer la perspective de bonheur qui s’offre ainsi et peut-être saisir l’occasion d’optimiser son capital de séduction. Et pour ce faire, il faudra peut-être se délier de son engagement précédent. La recherche du meilleur partenaire ne semble donc pas s’achever avec un engagement amoureux. Cette insécurité constante en amour rend aussi vulnérable les amoureux.

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