La neige imprévue de lundi: activée par un lac et une centrale des plus polluantes en Europe

Une très fine ligne neigeuse visible de l'Allemagne à la Belgique
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Une très fine ligne neigeuse visible de l'Allemagne à la Belgique - © NASA Modis data

Souvenez-vous, ce lundi la neige était l'invitée surprise sur une partie de nos régions.

Si des flocons étaient bien prévus, les bulletins météo n'avaient pas envisagé qu'un tel manteau neigeux puisse se former.

Or, poussée par un vent de nord-est, une bande nuageuse et neigeuse très étroite s'est étirée de la frontière hollandaise (à cheval entre la province de Liège et le Limbourg), a ensuite longé le versant nord du sillon Sambre-et-Meuse en touchant au passage la Hesbaye liégeoise puis le nord de la région namuroise et le sud du Brabant-Wallon. 

Beaucoup d’automobilistes furent très surpris. Venant de zones non enneigées et débarquant tout à coup dans des endroits où la neige tombait à gros flocons, jusqu'à s'accumuler parfois entre 6 et 7 cm. 

De la neige industrielle

Rapidement questionnés, plusieurs météorologues ont émis l'hypothèse que cet épisode neigeux avait sans doute été favorisé par les particules polluantes émises par les industries situées dans l'ouest de l'Allemagne. En effet, les particules fines en suspension dans l'air peuvent jouer le rôle de noyaux de condensation, autrement dit, de supports. Cela permet à l'humidité, présente sous forme de vapeur d'eau (gazeuse), de condenser ce qui forme ensuite un nuage (de gouttelettes) qui peut faire pleuvoir, ou neiger en hiver. Oui mais pour cela il faut aussi l'ingrédient majeur : de l'humidité. Or la masse d'air d'origine continentale était très sèche. 

Une image satellite révèle l'origine exacte du nuage

Un apport humide aurait été favorisé par de petites étendues d'eau allemandes. Ce qui fait pencher la balance vers cette théorie, c'est une image satellite de la NASA captée ce mardi. Comme vous pouvez le voir (photo principale en haut de cet article) la trace neigeuse y est très nette, une balafre qui débute entre Cologne et Düsseldorf en Allemagne, qui s'étire ensuite vers Maastricht aux Pays-Bas puis qui s'élargit progressivement sur la Belgique.  On distingue aussi que l'origine de la trace est vraiment très étroite ce qui fait de cet épisode neigeux un micro-phénomène météo. 

Cocktail pour la neige : eau et particules de charbon brun

Lorsqu'on zoome sur l'image, il est possible de distinguer l'endroit exact d'où ont démarré les chutes de neige. Et en comparant avec la vue satellite de Google Map, c'est la révélation ! À cet endroit se trouve un petit lac, le Straberger See (entouré en jaune). C'est donc sans doute un micro effet de lac qui aurait été à la genèse de notre nuage. Puis à quelques kilomètres vers le sud-ouest, celui-ci a rencontré la centrale thermique de Neurath (entourée en rouge). Là, le nuage aurait encore été alimenté en humidité grâce aux nuages artificiels s'échappant des tours de refroidissements mais ce sont aussi des particules fines que notre nuage a ici croisées par milliards avant de nous rendre visite.

Plus au sud, la centrale de Niederaussem (entourée en mauve), dont le nuage moins humide n'a pas donné grand-chose.

La deuxième plus grosse émettrice de CO2 en Europe

La géante centrale thermique de Neurath produit de l'électricité grâce au lignite. Un charbon composé de 65 à 75 % de carbone. C'est la source d’énergie thermique la plus polluante au monde. Le lignite émet beaucoup plus de CO2 que le gaz et même le charbon. Sans compter le soufre, l’oxyde d’azote, les nanoparticules. Selon le WWF, l'Allemagne compte quatre des cinq centrales thermiques à charbon les plus émettrices de CO2 de l'Union européenne. Si la centrale la plus polluante se trouve en Pologne, à Belchatow, les quatre suivantes sont situées sur le sol allemand : il s'agit des centrales du n°2 allemand de l'énergie RWE de Neurath et de Niederaussem (dans l'Ouest), suivies de celles du Suédois Vattenfall à Jänschwalde et Boxberg (dans l'Est). 

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