La navigation a le vent en poupe chez les jeunes : ils sont de plus en plus nombreux à passer leur permis

"Commence par avancer, prends un alignement et essaye de garder un cap", lance Michel Clouwaert, le président du Brussels Royal Yacht Club (BRYC) à son élève. "Comme ça, tu sens un peu le bateau et sa puissance", explique celui qu’on appelle le "Commodore".

À la barre de l’Ariès, le bateau-école de 11 mètres de long, Lucas est concentré. Il a le regard vif, partagé entre les instruments à bord, l’avant du bateau et le canal de Bruxelles, à deux pas du pont Van Praet et de l’incinérateur. Pour sa deuxième sortie, celui qui a tout juste 30 ans est encore un peu tendu. Au menu de la matinée : amarrage, désamarrage, appontages, manœuvres et demi-tours au port. Et s’il reste un peu de temps, l’élève et son instructeur tenteront même le passage de l’écluse de Molenbeek.

Besoin d’évasion

"C’est un tout autre univers, les sensations sont très différentes. Il faut appréhender le bateau", résume Lucas avec un sourire de plus en plus palpable à force d’enchaîner les manœuvres. Le plus compliqué à gérer, c’est le manque de repères. D’habitude, je suis plutôt terrestre."

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L’Ariès, le bateau-école du BRYC pour se familiariser avec la navigation à moteur sur les plans d’eaux intérieures. © RTBF

Comme Lucas, les nouveaux élèves ont été très nombreux ces derniers mois à frapper à la porte du BRYC. Effet du confinement sans doute. L’occasion a fait le larron : l’offre de cours en ligne a permis de continuer à donner les formations pour le permis théorique et peut-être aussi de toucher un nouveau public. "On sent qu’il y a beaucoup de demandes. Je ne sais pas trop l’expliquer mais, pour moi, c’est clairement un effet du confinement", avance Lucas.

C’est incroyable ce sentiment de voyager tout en restant au même endroit.

"C’était le bon moment pour suivre les cours. J’avais du temps et une envie de renouveau. La navigation, c’est l’occasion pour moi de me réapproprier mon environnement. J’ai l’impression de m’évader alors que je me trouve à peine à quelques kilomètres de là où je passe mes journées. C’est incroyable ce sentiment de voyager tout en restant au même endroit."

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Le "Commodore" du BRYC prodigue ses conseils pour les manœuvres. © RTBF

Des candidats de plus en plus jeunes

Le Commodore du BRYC et son équipe sont sur le pont depuis que les beaux jours sont revenus. "L’engouement est tel qu’on a dû multiplier les offres de cours. Et c’est vrai qu’on constate un net rajeunissement parmi les élèves, indique Michel Clouwaert. Avant, on avait plus des élèves plus avec le profil du pensionné qui prépare ses vieux jours. Mais depuis quelques mois, ça évolue. On a beaucoup d’élèves nettement plus jeunes."

Du côté du SPF Mobilité, on confirme ce phénomène. "Les chiffres sont en hausse pour toutes les licences", explique Joris Bollen, chef du service Enregistrement et Brevets. Il existe en Belgique trois types de permis : le brevet de conduite restreint pour les plans d’eaux intérieures, le brevet de conduite général pour les eaux intérieures, les ports de la Côte et la mer jusqu’à 6 milles marins et, enfin, le "yachtman" pour les eaux intérieures, la Côte et la mer entre 6 et 200 milles marins.


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Changements au 1er juillet

"Malgré la réduction de la capacité d’accueil en raison du Covid, nous avons multiplié le nombre d’examens, indique le responsable du SPF Mobilité. On est déjà à plus du double en 2021 par rapport à 2020 ou même 2019. Une tendance qui s’explique avant tout par les modifications annoncées dans l’obtention des permis." En effet, à partir du 1er juillet, ceux qui souhaitent obtenir leur permis navigation devront non seulement passer l’examen théorique mais aussi un examen pratique dans un centre agréé. L’obtention du permis sera un peu plus compliquée, de quoi encourager certains à franchir le cap plus rapidement.

Du coup, c’est la cohue dans les centres d’examens à l’approche du 1er juillet. C’est bien simple, ils affichent tous complets jusqu’à la fin du mois de juin. "Nous faisons actuellement face à une demande exceptionnellement élevée de demandes de participation aux examens ", peut-on lire sur le site du SPF Mobilité.

En vogue chez les jeunes

Cette tendance se marque particulièrement chez les jeunes. Les chiffres le montrent : il y a eu autant de jeunes âgés entre 16 et 30 ans qui ont passé leur permis navigation durant les 4 premiers mois de cette année que l’année dernière. "Fin avril 2021, les candidats au permis âgés entre 16 et 40 ans étaient déjà près de 3000 alors qu’il y en a eu 3058 personnes sur l’ensemble de l’année 2020", confirme le SPF Mobilité.

Dès que vous êtes sur l’eau, vous avez un point de vue très différent sur les choses. C’est la découverte d’un autre monde.

Michel Clouwaert du BRYC explique cet engouement des jeunes pour la navigation par les changements de législation mais pas uniquement. "Pour moi, il y a aussi clairement un effet confinement’. Dès que vous êtes sur l’eau, vous avez un point de vue très différent sur les choses. C’est la découverte d’un autre monde. Ça correspond à un réel besoin de liberté qui parle à de plus en plus de monde et aux jeunes notamment."

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À Nieuport, les jeunes se préparent à amarrer sous l’averse. Le beau temps pointe déjà à l’horizon. © RTBF

Partager sa passion

Des jeunes tentés par la navigation, on ne les trouve pas que sur le canal de Bruxelles. Autre ambiance, direction de la Côte cette fois. Le rendez-vous est fixé au Koninklijke Yacht Club à Nieuport (K.Y.C.N.). Ils ont à peine 20 ans mais dès qu’ils le peuvent, ils prennent le large à bord du Rackham, un voilier de 11 mètres amarré dans le port de plaisance.

Et dans la bande, il y a notamment Lucie qui vient de passer son permis "yachtman". Son envie ? Partager sa passion avec le plus de personnes possibles et encadrer des cours. "J’aimerais qu’un maximum de monde puisse en profiter parce que la voile, c’est une expérience à vivre au moins une fois dans sa vie." Matthieu aussi a les yeux qui pétillent quand il parle de la navigation. "Je suis un passionné de la mer depuis mes 13-14 ans. Quand je suis sur l’eau, je ressens une grande liberté. On a parfois l’image que la mer, c’est quelque chose d’inaccessible si on ne vient pas de ce milieu-là, si nos parents ne sont pas marins. Mais moi, par exemple, mes parents ne sont pas du tout issus de ce milieu. Et pourtant, c’est ma passion !"

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Cette fois, c’est parti pour la haute mer. Matthieu hisse les voiles. © RTBF

Des projets plein la tête

Pour Lucie et Mathieu, difficile d’expliquer pourquoi mais c’était le bon moment pour passer les différents permis. Avec le confinement, ils ont eu plus de temps. "Le confinement m’a permis de me concentrer sur les syllabus, d’utiliser mon temps le mieux possible pour passer les examens", confie Lucie. Et puis, il y avait aussi le besoin de se projeter. Matthieu, lui, a carrément passé les trois permis de navigation au mois de mai. "J’ai tout fait dans la foulée, le restreint, le général et le yachtman avant que la législation ne change. Cela me permet d’avoir un papier qui certifie ma capacité à naviguer. Maintenant que c’est fait, je peux naviguer tranquillement", dit-il en tapant son pantalon comme pour montrer qu’il a désormais son permis en poche.

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Diego, Matthieu et Lucie prennent le large dès qu’ils en ont l’occasion. © RTBF

Le navigateur en herbe constate lui aussi que de plus en plus de jeunes commencent à naviguer. "Certains avec parfois des projets ambitieux, c’est super. Des jeunes qui veulent aller vers le sud. On a tous besoin de rêver et la voile permet vraiment ça. Quand on regarde l’horizon, quand on est face à la mer, ça donne envie d’aller toujours plus loin et de ne jamais s’arrêter."


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Tout devient possible

"Et puis, la mer, c’est toujours une aventure", s’enthousiasme Matthieu. Quand on est à la barre d’un bateau, on peut se dire ‘ça y est, je pars vers les Antilles ou je pars vers le nord’. C’est vraiment passionnant, sur un bateau, on a la sensation que tout devient possible."

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