La mode "islamique" ou "modeste": un secteur en plein essor mais qui divise

Un modèle présente les créations d'un designer malaisien, Aini Bakker, durant un défilé de mode islamique à Kuala Lumpur.
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Un modèle présente les créations d'un designer malaisien, Aini Bakker, durant un défilé de mode islamique à Kuala Lumpur. - © MANAN VATSYAYANA - AFP

La mode "islamique", la mode "modeste" comme l’appellent certains, a le vent en poupe. De grandes enseignes proposent des collections destinées aux femmes musulmanes. Mutation logique pour certains, mode choquante pour d’autres, pro et anti s’opposent. Les grandes marques, elles, profitent de ce secteur en plein essor.

Marks & Spencer (M&S) se lance dans la mode islamique. La célèbre marque anglaise de prêt-à-porter propose désormais des maillots de bain-burqa, surnommés "burkinis". Contraction de "burqa" et "bikini", les burkinis couvrent le corps entier à l’exception du visage, des mains et des pieds.

En vente sur internet également, le prix pour cette tenue s’élève à 49,50 £, soit près de 63 euros. Ce maillot long est disponible en deux couleurs et est "très léger, ce qui vous permet de nager sans problème avec". Ces produits étaient déjà en vente dans les magasins M&S en Lybie et à Dubaï mais ils sont désormais disponibles en Grande-Bretagne.

Un secteur en plein essor

Marks & Spencer surfe sur la vague de la mode "pudique", se calquant sur d’autres grandes marques occidentales qui proposent aux femmes de confession musulmane des vêtements et des voiles adaptés.

En septembre 2015, H&M lançait un spot publicitaire qui mettait en scène différents styles vestimentaires dont celui d’une femme voilée. Le géant suédois propose des collections "permettant à chacun d’habiller sa personnalité".

En Grande Bretagne, la marque japonaise Uniqlo a également lancé récemment la commercialisation de voiles islamiques (hijabs) dans sa boutique londonienne.

Dans le monde de la haute couture cette fois, la maison italienne Dolce & Gabbana lance sa collection de "hijabs" (voiles laissant le visage découvert) et "abayas" (tuniques longues).

Un dessin mal venu

Le célèbre caricaturiste français, Plantu n'a pas manqué de réagir à cette actualité avec un dessin représentant deux femmes portant le hijab. Mais l’une d’elles arbore aussi une ceinture d’explosifs.

Le dessin a rendu furieux les internautes. Plantu s'explique en une seule phrase : "Je veux défendre l'image de la femme".

Évolution de la mode qui divise

Il s’agit là d’un signe d’ouverture des grandes marques occidentales, que tout un chacun ne partagera pas. Si certains créateurs trouvent cette évolution logique, d’autres sont scandalisés.

Pierre Bergé, qui fut l’associé et le compagnon d’Yves Saint Laurent critique les créateurs impliqués. "J’ai toujours cru qu’ils étaient là pour embellir les femmes, pour leur donner la liberté, pas pour être complices de cette dictature", déclare-t-il dans un entretien sur les ondes d’Europe1.

Enfermement des femmes vs droit d’être à la mode

Dans certains pays, régis par les lois islamiques, ne pas couvrir son corps relève du délit et peut même conduire à une condamnation à mort dans les territoires radicalisés. Il est compréhensible que certains s’inquiètent de voir transposer dans des sociétés ouvertes et libres des codes religieux aussi extrêmes.

La ministre française des Droits des femmes, Laurence Rossignol, a fustigé l’essor du style vestimentaire islamique: "Lorsque des marques investissent ce marché (…) parce qu’il est lucratif, elles se mettent en retrait de leur responsabilité sociale et font, d’un certain point de vue, la promotion de cet enfermement des femmes", a souligné Mme Rossignol au micro de la radio française RMC.

L’écho inverse vient de la fondatrice franco-turque de Dice Kayek, Ece Bege : "Celles qui portent ce type de vêtements ont envie et ont le droit d’être à la mode. C’est une question d’air du temps".

Marché qui rapporte

Signe d’ouverture, certainement mais les grandes marques profitent avant tout d’un marché qui est porteur. Elles grossissent leurs offres et par la même occasion, leurs rentrées d’argent. Les musulmans, qui représentent 22% de la population mondiale, ont dépensé 266 milliards de dollars en habillement en 2013. Un chiffre qui pourrait atteindre 484 milliards de dollars d’ici 2019.

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