La mère d'un djihadiste belge inculpée de financement du terrorisme

Véronique Loute est la maman de Sammy Djedou, l’un des premiers Belges à avoir rejoint la Syrie pour combattre dans les rangs de l’État islamique. Il a 27 ans lorsqu'en août 2016 il est tué par une frappe américaine à Raqqa. Aujourd'hui, Véronique Loute est inculpée d'appartenance à une organisation terroriste et de financement du terrorisme.

"Le 4 juin dernier, j'ai reçu la visite de policiers qui m'ont privé de liberté. Ils m'ont emmené dans leurs locaux rue Royale pour m'interroger. Ils avaient pris soin d'éplucher tous mes comptes bancaires et ont remarqué que j'avais envoyé plusieurs milliers d'euros (65.000 euros) à mon fils Sammy entre 2013 et 2015."

De l'argent qui transite par la Turquie

Pour faire parvenir l'argent à son fils, la maman l'envoyait  en Turquie à un collecteur de l'État islamique, lequel s'arrangeait ensuite pour faire parvenir l'argent au jeune djihadiste. 

"Moi j'envoyais l'argent à mon fils et uniquement à lui. C'est lui qui me donnait par téléphone le nom de l'intermédiaire. Mais moi je le faisais pour qu'il puisse subvenir aux besoins de sa famille, de sa femme et de ses deux enfants. Jamais je n'ai envoyé d'argent en me disant que c'était pour acheter des armes ou pour financer des attentats."

Garder le lien

Lorsqu'on lui demande si elle n'a pas fait preuve de naïveté en envoyant des sommes d'argent aussi importantes, Véronique Loute répond : 

"Cet argent c'est le mien. Jamais je n'en ai emprunté. Et puis si je le faisais, c'était pour garder le lien avec lui. Je suis une maman. Une mère qui s'inquiète pour son enfant qui se trouve en zone de guerre. Alors bien sûr, je me suis peu un peu doutée qu'il ne faisait pas de l'humanitaire comme il me le disait au début. Mais jamais je ne me suis dit que cet argent allait peut être servir à l'État islamique." 

En connaissance de cause ?

Des explications qui ne convainquent pas la juge d'instruction en charge du dossier. Le 21 juin, Véronique Loute est inculpée de participation à une activité d'un groupe terroriste par la fourniture de moyens matériels à ce groupe terroriste. Une inculpation que contestera prochainement son avocat Alexis Deswaef devant la chambre du conseil :

"L'élément intentionnel qui constitue l'élément indispensable pour être condamné pour ce type d'infraction n'est pas présent ici. Ma cliente ignorait totalement que les sommes d'argent qu'elle versait auraient pu servir aux activités terroristes de l'État islamique. Comme dans tous ces dossiers, on est en présence d'une maman qui envoie de l'argent à son fils et qui espère ne pas perdre le peu de relation qu'il lui reste avec son enfant. Ce lien c'est un coup de téléphone de temps en temps tout au plus."

Et l'avocat de s'interroger aussi sur les priorités du parquet fédéral en matière de terrorisme :

"La justice manque de moyens. Et il y a des dizaines d'affaires à traiter en matière de terrorisme. Est-ce une priorité de poursuivre des mamans qui ont envoyé de l'argent à leur fils en Syrie. N y a t-il pas d'autres priorités alors que l'arriéré judiciaire ne cesse de gonfler. Et puis pensons à certaines entreprises comme Lafarge qui financent directement le terrorisme en toute connaissance de cause. Au nom du business. Qu'on m'explique quelles sont les priorités."

Jusqu'ici, une seule mère de djihadiste et sa fille ont été condamnées en Belgique pour avoir envoyé de l'argent à son fils en zone de guerre. Un crime passible de 5 à 10 années de prison.

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