La méfiance du citoyen, la dépendance vis-à-vis des firmes pharmaceutiques : ces deux gros écueils pour la vaccination, selon la mutualité chrétienne

"Ce qui se passe ne renforce pas la confiance du citoyen". Elisabeth Degryse, vice-présidente de la Mutualité chrétienne, ne mâche pas ses mots : avant toute chose, il faut arriver à restaurer la confiance, car c’est le plus gros problème rencontré actuellement.

Le deuxième écueil, relève-t-elle encore, interrogée par Thomas Gadisseux dans Matin Première, c’est "la dépendance vis-à-vis des firmes pharmaceutiques". Outre les problèmes rencontrés quant aux risques éventuels du vaccin AstraZeneca, il y a aussi "l'approvisionnement : à Liège, on a dû suspendre la vaccination, faute de vaccins.

Il y a quelques semaines, c’est avec Pfizer qu’on avait des problèmes d’approvisionnement". C’est compliqué, il faut s’adapter en permanence, mais surtout, "il faut permettre à un maximum de gens de bénéficier du vaccin à un prix acceptable".

Et, pour la Mutualité chrétienne, aller un pas plus loin encore, en faisant du vaccin un bien public, en brisant le monopole conféré aux firmes pharmaceutiques via leurs brevets.


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"On se préoccupe des pays riches, dont on dit que pour la fin 2021, la population pourra être vaccinée. Mais d’une part, chez nous, il faudra veiller à ce que tous puissent en bénéficier, y compris les sans-abri, les migrants, les personnes qui passent au travers des mailles du filet de la sécurité sociale".

Et puis, il y a, via le programme Covax l’engagement de procurer des vaccins à 20% des pays en voie de développement. "20% ce n’est pas gigantesque ! Faisons donc en sorte de faire sauter les brevets pour que le vaccin devienne bien public, et adaptons s'il le faut, les lignes de production !".

Transfert des données du patient

La confiance de la population, actuellement, elle est au centre de la problématique vaccinale : qu’en est-il du transfert des données du patient, du respect du secret médical ? "On ne donnera pas de données médicales : il sera dit que Monsieur Dupont doit être vacciné, mais sans donner sa pathologie".

Les généralistes, qui regrettent de ne pas être associés concrètement dans la campagne de vaccination, sont ceux qui peuvent, via des codes, préciser les comorbidités de leurs patients.

"Nous, on couvre avec notre cohorte, notre liste, 1,2 million de personnes avec des comorbidités. ce n'est certainement pas la totalité de la population. En tout cas pas ceux qui ont eu des comorbidités déclarées après le 30 juin 2020, parce qu'il fallait extraire à un moment les données". Mais il faut être prudent, ce n'est pas parce qu'on présente un élément de comorbidité qu'on est forcément personne à risque. Dès lors un conseil, essentiel,: "allez voir votre généraliste, posez-lui la question si vous avez des doutes si vous pensez être une personne à risque".

À date prévue

Prend-on pour autant du retard dans la campagne, l’ensemble des processus (avec les avis des uns et des autres, les recours, les textes qui doivent être passés au crible des différents gouvernements) ne semblent-ils pas fort longs ? Elisabeth Degryse souligne qu’il n’y a pas de retard, à ce stade : "les données seront envoyées à date prévue, pour le 2 avril, on pourra bel et bien vacciner les personnes concernées dans la foulée".

Confiance toujours : et ce certificat vaccinal européen, présenté par la Commission européenne : risque-t-on d’aller vers un droit à se déplacer à deux vitesses ? D’un côté ceux qui sont vaccinés, ou qui ont eu le Covid, ou produisent un test négatif, d’un autre ceux qui se verraient bridés ? "J’espère bien que non ! Il ne faut en aucun cas entraver la libre circulation de la population. Il faut réfléchir à tout cela et quand cette pandémie s’arrêtera, arrêter aussi avec le certificat".

Chaque dose utilisée, c’est bien!

Quant aux personnes non prioritaires qui arrivent à se faire vacciner, Elisabeth Degryse reconnaît que si c’est "injuste", il faut admettre qu’au niveau logistique, avec des vaccins qu’on doit transporter, conserver à différentes températures, etc. ce n’est pas chose aisée. Il n’empêche : surtout ne pas jeter de doses : "chaque dose utilisée, c’est bien"!

Et la vice-présidente de la mutualité chrétienne de plaider pour qu’on "reste calme" dans tout ce processus qui nécessite, il faut le dire, une "adaptation permanente".

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