La méditation, c'est bon pour le cerveau ?

Mesure par électroencéphalographie (EEG) de l'activité électrique du cerveau de Matthieu Ricard
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Mesure par électroencéphalographie (EEG) de l'activité électrique du cerveau de Matthieu Ricard - © Centre du cerveau CHU de Liège

C’est en tout cas ce que nous affirme, études à l'appui, le neurologue Steven laureys qui dirige le centre du cerveau au CHU de Liège et l'unité de recherches GIGA Consciousness et Coma Science Group de l'Université de Liège. Son livre "La Méditation, c’est bon pour le cerveau" sort ce mardi 10 septembre en librairie. 

Steven Laureys commence par nous parler de sa vie privée. Ce sont quelques galères et une rencontre – celle du moine bouddhiste et méditant Matthieu Ricard – qui l’ont amené à méditer et à en comprendre les bienfaits. Encore fallait-il les prouver scientifiquement. Il a donc fait passer une série de tests à Matthieu Ricard dans le laboratoire de son équipe.
 

Lorsque le moine méditait, avec plus de 250 électrodes sur le crâne, les scientifiques ont pu observer que certaines zones cérébrales étaient davantage développées que chez d’autres personnes qui ont 70 ans, comme lui. Les zones qui présentent le plus de changements, tant d’un point de vue de leur structure que du point de vue de leur fonctionnement sont l’hippocampe (déterminant pour la mémoire et les émotions), le cortex insulaire (important notamment pour la perception de la douleur), ou encore le cortex cérébral préfrontal (fondamental dans les prises de décisions). L’analyse du cerveau d’autres experts en méditation donne lieu aux mêmes observations.

La méditation comme alliée pour être en bonne santé ?

Steven Laureys nous explique que notre cerveau est aujourd’hui assailli de stimuli qui créent un stress chronique néfaste pour notre santé. Il faut donc "reconfigurer notre cerveau" notamment par la méditation. Elle pourrait offrir une solution à des problèmes de santé aussi variés que le burn-out, la dépression, l’insomnie, les douleurs chroniques, les maladies cardiovasculaires, etc.

Mais, le neurologue insiste, elle ne remplacera pas la médecine conventionnelle. Dans son livre, il met régulièrement en garde contre les "gourous" de la méditation qui encouragent une pratique exclusive de la méditation comme solution à tous les problèmes. Il y voit plutôt une aide complémentaire à la médecine pour aller mieux.

Et si l’on peut reconfigurer son cerveau, c’est parce qu’il est malléable. Grâce à la neuroplasticité cérébrale, on peut développer davantage certaines zones cérébrales que d’autres (exemple : les malentendants qui développement une plus grande acuité visuelle).

La méditation : fondement scientifique ou croyance ?

Si la méditation n’est plus considérée comme un tabou, comme un truc d’" hurluberlus hippies "(sic), si elle est aujourd’hui pratiquée par des chefs d’entreprises de la Silicon Valley, elle continue à susciter un certain scepticisme chez les neurologues. "Il y a encore beaucoup de réticences parmi les scientifiques, c’est pour ça qu’il faut s’en tenir à des études scientifiques fiables, utiliser des arguments scientifiques", nous a expliqué le neurologue quand on lui a demandé s’il ne craignait pas de ternir sa réputation de scientifique spécialiste du coma, en se penchant sur la méditation.

Mais nager à contre-courant ne lui fait pas peur. "La conscience après le coma, les expériences de mort imminente, ce ne sont pas des sujets de recherche faciles, mais ce n’est pas une raison pour qu’on ne les mène pas". Tout au long du livre, il cite des études publiées dans des revues scientifiques de prestige, ou plus confidentielles. Mille trois cents études cliniques ont été menées sur la méditation au cours des 20 dernières années. Steven Laureys souligne l’un des problèmes des chercheurs quand ils mènent des études sur la méditation : le problème de l’effet placebo. Comment créer une séance placebo ou une pseudo-séance de méditation ? Les chercheurs rivalisent d’imagination, remplaçant la séance de méditation par une séance de stretching, ou de discussion, ou d’écoute de musique relaxante. Une étude a ainsi montré les effets de la méditation sur la réduction de l’inflammation.

 

La méditation, l’équivalent du sport, pour le cerveau ?

Méditer, c’est entraîner son cerveau, tout comme le sport est un entraînement physique. C’est une gymnastique mentale qui peut produire des effets positifs sur l’esprit et sur le corps. Il existe plusieurs formes de sports, il existe aussi plusieurs formes de méditations.

Prenez la méditation de pleine conscience, elle consiste à se concentrer par exemple sur votre respiration, ou sur ce que vous entendez, ressentez, à un moment X. Vous devenez observateur de vos pensées, mais surtout, il s’agit de ne pas les juger, de simplement les observer.

La méditation, en groupe ou tout seul

Steven Laureys détaille les différentes formes de méditation, les cours collectifs, mais aussi les séances individuelles. Son slogan ? "Je fais ce que je peux". Même cinq ou dix minutes de méditation peuvent déjà faire du bien, nous dit-il. Il passe aussi en revue une série d’outils et d’applications qui peuvent aider à méditer.

Steven Laureys nous livre ici un mélange des genres, évoquant avec émotion des moments difficiles de sa propre vie, célébrant avec un enthousiasme qui frôle l’éloge son amitié avec le moine bouddhiste Matthieu Ricard, tout en exposant rigoureusement un résumé de l’état de la recherche scientifique sur la méditation.

Interview du neurologue Steven Laureys par Julie Morelle, dans notre JT du 31 mars dernier

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